dimanche 12 janvier 2014

149 Sur un permis de séjour de Chopin en 1831 et sur le comte Rambuteau

Quelques informations sur un « permis de séjour » accordé à Chopin à la fin de 1831 et sur une démarche en sa faveur du comte Rambuteau


Classement : biographie ; Frédéric Chopin





Dans le livre de Marie-Paule Rambeau, Chopin L’enchanteur autoritaire (L’Harmattan, 2005), on trouve quelques informations intéressantes à propos des formalités consécutives à son arrivée en France fin septembre 1831.
Les astérisques renvoient aux notes sous les textes.

Le « permis de séjour » de Chopin
Elle écrit, page 250 : 
« Ferdinand Paër* […] qui venait de prendre la direction de la musique de chambre du Roi […] lui facilita d’abord l’obtention d’un permis de séjour de la Préfecture de la Seine*, en précisant qu’il avait quitté la Pologne avant l’Insurrection. Les Polonais étaient en effet étroitement surveillés par la police. Leur afflux, depuis la prise de Varsovie, posait de tels problèmes aux autorités françaises qu’en avril 1832, le premier ministre, Casimir Périer*, interdit l’installation à Paris et dans les départements limitrophes des émigrés civils et militaires, assignés à résidence dans des régions qui leur étaient désignées. Il n’était donc pas inutile que Chopin fût enregistré comme "né de père français et autorisé à rester à Paris pour y exercer son art (106)". »
La note 106 (p. 276) donne la référence de la citation : « Lettre de Paër à Sotte* du 1er décembre 1831, Correspondance de Frédéric Chopin, II, 19 »

Notes
* Ferdinand Paër (Ferdinando Paër, 1771-1839), compositeur italien vivant à Paris à partir de ca 1810.
* Préfecture de la Seine : ne doit pas être confondue avec la Préfecture de police de Paris (il n’est pas certain que Marie-Paule Rambeau ne fasse pas cette confusion)
* Casimir Périer (1777-1832) : banquier, président du conseil de mars 1831 à sa mort en mai 1832
* Sotte : la seule mention vraisemblable (sur Internet) est celle de « Gabriel (Joseph) Sotte », habitant la Haute-Vienne vers 1820-1830 ; pas d'autres renseignements disponible

Sur ce passage, voir la page La lettre de recommandation de Ferdinand Paër en faveur de Chopin (1831), qui contient le texte complet de la lettre et une mise au point.


Chopin et le comte Rambuteau
Page 256, Marie-Paule Rambeau donne une indication montrant que dès le mois de décembre 1831, Chopin était nommément connu du futur préfet Rambuteau* :
 « Le projet d’un concert le jour de Noël [1831] devait réunir autour de lui, Salle Pleyel*, les artistes qui avaient décidé de le parrainer, Kalkbrenner* et deux de ses élèves Osborne* et Stamaty*, Hiller*, Norblin* et Baillot*. Mais la participation des chanteurs, Adolphe Nourrit* et Mlle Danus* qui dépendaient de la direction de l’Opéra, fit reporter la date prévue. Malgré l’intervention personnelle du préfet Rambuteau, Véron* refusa le concours de la cantatrice (122). »
La note 122 (p. 277) indique : « Voir la lettre du comte de Rambuteau à Véron : « Plusieurs personnes qui portent un vif intérêt à Mr. Chopin, artiste polonais distingué, ont arrangé un concert en sa faveur. On désire vivement que M. Nourrit et Mlle Danus puissent obtenir la permission d’y chanter. Vous savez que cette permission dépend de vous, veuillez l’accorder. » in Le Romantisme par le livre, l’autographe et l’estampe, (1936), p. 92 »

Notes
* Rambuteau : Claude-Philibert Barthelot, comte de Rambuteau (1781-1869), préfet de la Seine du 22 juin 1833 au 24 février 1848 (prédécesseurs : Odilon Barrot, août 1830- février 1831 ; Pierre-Marie Taillepied, comte de Bondy) ; en décembre 1831, Rambuteau est seulement député de Saône-et-Loire
salle Pleyel : la première créée, ouverte le 1° janvier 1830, 9, rue Cadet
* Camille Pleyel (1788-1855) : musicien, directeur de la société Pleyel, organisateur de spectacles musicaux
* Frédéric Kalkbrenner (1785-1849) : musicien allemand, formé au Conservatoire de Paris, installé à Paris à partir de 1826, naturalisé français peu après
* George Alexander Osborne (1806-1893), musicien britannique originaire d’Irlande
*Camille-Marie Stamaty (1811-1870) : musicien français (père d’origine grecque, un moment consul de France à Civitavecchia)
*Ferdinand Hiller (1811-1885) : musicien allemand, un des amis de Chopin par la suite
*Louis Norblin (1781-1854), musicien français (il avait la particularité d’être né à Varsovie de Jean-Pierre Norblin, venu en Pologne au service du prince Czartoryski, et de se considérer comme polonais) ; en 1831, il était membre du Quatuor Baillot
*Pierre Baillot (1771-1842) : violoniste français ; premier violon à l’Opéra, professeur au Conservatoire
*Adolphe Nourrit (1802-1839) : ténor français ; après son suicide à Naples le 7 mars 1839, Chopin assure la partie musicale de son service funèbre à Marseille le 24 avril.
* Mlle Danus : pas de renseignements disponibles
*Louis Véron (1798-1867) : médecin, puis journaliste politique et culturel, directeur de l’Opéra de Paris de février 1831 à août 1835
  

Commentaires
Ces passages du livre de Marie-Paule Rambeau sont intéressants, notamment en introduisant l’idée 
a) que Chopin a obtenu en 1831 un permis de séjour, non pas seulement en France, mais dans la capitale.
b) qu’il était nommément connu du comte Rambuteau qui est intervenu en sa faveur dès décembre 1831.

Néanmoins, ils posent des problèmes :
1) est-ce de la préfecture de la Seine que Chopin a pu obtenir ce permis de séjour ? 
Il paraîtrait plus logique que ce soit de la préfecture de police.
2) la lettre adressée par Rambuteau à Véron date-t-elle vraiment de décembre 1831 (comme cela est implicitement indiqué) ? 
Si on suit le dictionnaire des parlementaires (cf. site de l’Assemblée nationale), Rambuteau n’est devenu préfet de la Seine qu’en juin 1833 ; jusque là, sa seule fonction publique est un mandat de député. La lettre a-t-elle été écrite à Véron par le député Rambuteau en décembre 1831, sur des bases personnelles ? Ou par le préfet Rambuteau, mais dans ce cas, il s’agirait d’une autre occasion ? 
Le fait que Véron n’ait pas donné suite à la requête peut indiquer que Rambuteau n’avait pas un pouvoir particulier à ce moment, donc qu'il n'était pas préfet de la Seine.

En l’occurrence, il faudrait se reporter aux documents eux-mêmes pour résoudre ces problèmes. Mais il me semble que Marie-Paule Rambeau fait une erreur sur au moins un point, sinon deux.

Il faudrait aussi se reporter à la lettre de Paër pour mieux situer ce qui semble se référer à la teneur du permis de séjour : "né de père français et autorisé à rester à Paris pour y exercer son art".



Création : 12 janvier 2014
Mise à jour : 23 novembre 2015
Révision : 6 novembre 2014




























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