lundi 28 décembre 2015

231 Guy de Pourtalès 2 : la lettre de Chopin à Titus Woyciechowski

Quelques informations sur la lettre de Chopin à Titus Woyciechowski du 25 décembre 1831, dans laquelle est évoquée le général Ramorino : la version de Guy de Pourtalès


Classement : biographie de Frédéric Chopin ; période française (1831)




Troisième partie : La nationalité de Frédéric Chopin, notamment :



Ceci est une suite des pages 

Cette lettre est une des plus connues de la correspondance de Chopin, notamment parce qu’il y fait état des manifestations en faveur du général Ramorino, qui ont eu lieu peu après l’arrivée de celui-ci à Paris, alors qu’il logeait non loin de l’appartement occupé par Chopin à cette époque. Ce passage, notamment une phrase, pose un problème d’interprétation, concernant les sentiments exprimés par Chopin au sujet de ces manifestations.

Je donne ci-dessous le texte écrit à ce sujet par Guy de Pourtalès dans son livre sur Chopin.

Références
*Guy de Pourtalès, Chopin ou le poète, Paris, Gallimard, coll. « Vies des hommes illustres », 1927, chapitre
*Korespondencja Fryderyka Chopin Tom drugizebrał i opracował Bronisław Edward Sydow, Varsovie, Państwowy Instytut Wydawniczy, 1955, pages 207-212
*Correspondance de Frédéric Chopin L’ascension 1831-1840, édition de Bronislas Edouard Sydow, Paris, Richard-Masse éditeurs, 1954, pages 55-63
*Edouard Ganche, Frédéric Chopin Sa vie et ses œuvres 1810-1849, Paris, Mercure de France, 1937 (19ème édition), pages 81-83 : « Frédéric Chopin en France, Chapitre 1 : 1831-1834 » (voir les pages Edouard Ganche biographe de Chopin 2 Frédéric Chopin)


Texte

« Page 48
VI
« Je ne sais s’il y a une ville sur terre où l’on trouve plus de pianistes qu’à Paris. »

Quand la patache qui amenait Chopin eut franchi les barrières de Paris, le jeune musicien grimpa sur le siège à côté du cocher. Il ne savait où porter les yeux, si sur les monuments ou sur une foule tellement dense qu’on pouvait croire à une nouvelle révolution. Ce n’était pourtant que la joie de revivre qui jetait cette multitude dans la rue et forçait les chevaux à prendre le pas. Le cocher s’y reconnaissait comme pas un parmi les vêtements symbolique de messieurs les bourgeois et il les désignait à son voyageur. Chaque parti politique arborait sa livrée. L’Ecole de Médecine et les Jeune France se distinguaient par la barbe et les cravates. Les Carlistes avaient des gilets verts, les Républicains des gilets rouges, les Saint-Simoniens des gilets bleus. Beaucoup s’enorgueillissaient de longues redingotes dites «  à la propriétaire » qui tombaient jusqu’aux talons. On voyait des artistes costumés en Raphaël, cheveux jusqu’aux épaules et bérets à larges bords. D’autres adoptaient le moyen âge. Nombre de femmes s’habillaient


page 49

en pages, en mousquetaires, en chasseurs. Et dans cette fourmilière les camelots brandissaient leurs brochures : « Demandez l’Art de faire des amours et de les conserver ; demandez les Amours des prêtres ; demandez l’Archevêque de Paris et Mme la duchesse de Berry ». Frédéric s’en trouva d’abord un peu scandalisé. Puis il fut out agréablement surpris de voir défiler un groupe de jeunes gens qui criaient : Vive la Pologne ! « C’est en l’honneur du général Ramorino, cet Italien qui cherche à délivrer nos frères polonais de la botte russe », expliqua le cocher. Il fallut s’arrêter pour laisser passer le populaire. Puis l’on arriva devant les Postes, et Chopin descendit, fit charger son bagage sur un cabriolet et se rendit au bureau de logement où on lui indiqua deux chambres au quatrième étage, n° 27 du boulevard Poissonnière.
Il s’y trouve bien parce que ses fenêtres ont un balcon d’où il peut voir en enfilade les boulevards. La longue perspective d’arbres emprisonnés entre deux rangées de maisons l’étonne. « C’est là en bas, songe-t-il, que s’écrit l’histoire de France. » A peu de distance, dans la rue d’Enfer, M. de Chateaubriand rédige ses Mémoires et écrit lui aussi : « Que d’événements ont passé devant ma porte !... Mais après le procès de Louis XVI et les insurrections révolutionnaires, tout est petit en fait de jugement et d’insurrection. » Et dans le même temps, une de ces jeunes femmes habillées en bourgeois compose dans sa mansarde des romans qu’elle signe du nom de George Sand et s’exclame : « Vivre, que c’est doux ! Que c’est bon, malgré les chagrins, les maris, l’ennui,


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les dettes, les parents, les cancans, malgré les poignantes douleurs et les fastidieuses tracasseries ! Vivre, c’est enivrant ! Aimer, être aimé ! C’est le bonheur, c’est le Ciel ! »
Dès le lendemain de son arrivée, Frédéric se plonge dans la foule et s’enivre de solitude. Elle est plus totale ici qu’au fond des forêts d’Allemagne et l’artiste en éprouve tout ensemble les excitations et la crainte. Il se laisse aller au flot lorsque subitement celui-ci s’épaissit, s’organise, et Chopin se trouve emporté par une colonne compacte qui défile drapeau en tête pour acclamer Ramorino. Alors la peur le saisit vraiment, il se dégage, revient chez lui par des rues détournées, grimpe jusqu'à son balcon et assiste de haut à cette tempête d’enthousiasme. Les magasins se ferment, un escadron de hussards arrive au galop et balaye la populace qui siffle et conspue les soldats. Jusqu'au milieu de la nuit c’est un vacarme qui sent l’émeute. Et Chopin d’écrire à Titus : « Je ne puis te dire l’impression désagréable que m’ont produite les voix horribles de cette cohue mécontente. » Décidément il n’aime pas le bruit, ni la foule ; la politique n’est pas son fait.
Musique, musique, seule évasion possible puisque seul méthode de penser par les sentiments. […] »


A venir
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Création : 28 décembre 2015
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