mardi 1 janvier 2013

7 L'article d'Emmanuel Langavant sur la nationalité de Chopin

L’article d’Emmanuel Langavant existe ; il est moins piteux que le site, mais pas tellement.


Classement : Chopin chez Emmanuel Langavant





Cette présentation de l’article d'Emmanuel Langavant « Chopin – musicien français » est une annexe de la page « Les travaux d’Emmanuel Langavant sur la nationalité de Chopin ».


Disposant d’abord d’une référence inutilisable, « De la nationalité de Frédéric Chopin: Revue "Diplômés", n° 153, juin 1990 », j’ai trouvé la référence exacte dans un ouvrage de la musicologue Danièle Pistone : « Chopin – musicien français », dans Diplômées, n° 153, juin 1990. Le titre de l'article correspond donc à celui utilisé pour le site.

La revue Diplômées 
Quoique de diffusion restreinte, cette publication est disponible dans certaines BU (cf. notice SUDOC) et à la Bibliothèque Sainte-Geneviève à Paris.
Il s'agit du bulletin (trimestriel) de l’Association des Femmes diplômées des Universités, membre de l’International Federation of University Women.
Créée en 1920, cette association, dont le siège se trouve à Paris, est actuellement présidée par Evelyne Auzac (Prix Irène Joliot-Curie 2009).


L’article d’Emmanuel Langavant 
La comparaison entre la revue et le site montre que c’est cet article même qui a été mis en ligne, les pages du site reprenant strictement le découpage des pages de la revue. Le transfert du texte a sans doute été fait par un scannage qui n’a pas été impeccable puisqu’il a introduit des fautes qui ne se trouvent pas dans le texte original (PADKREWSKI, BOLURNIQUEL, ainsi que des fautes plus anodines sur les accents), et dont il ne faut pas tenir compte pour évaluer le texte (mais qui auraient dû et devraient inquiéter les lecteurs du site). Il semble qu’Emmanuel Langavant n’ait pas eu la possibilité de corriger la mise en ligne, étant décédé peu après.

En revanche, je maintiens les autres reproches énoncés précédemment :

*présence de fautes d'orthographe rédactionnelles sur les noms de Marie Wodzinska (WODSINSKA, p. 58), de Lucien Rebatet (REBATTET, p.59), de Stanislas Leszcynski (LECZINSKI, p. 61), de Justyna Krzyzanowska (KRYZANOWSKA, p. 60 ; KRYZONOWSKA, p. 61 ; KRYZANOWSKA, p. 63) ;
*non respect des conventions élémentaires de référencement bibliographique ;
*exposition brouillonne et déséquilibrée : le sujet (la nationalité légale de Chopin) n’occupe qu’une place limitée ;
*utilisation d’un nombre restreint de documents (acte de baptême, passeport de 1837) alors que l’auteur pouvait avoir connaissance au minimum de l’acte de naissance (qui ne comporte aucune indication de nationalité) – de surcroît, ces documents sont analysés très sommairement ; 
*référence systématique à l'article 10 du Code civil français de 1804, sans envisager l’état réel de la législation du duché de Varsovie – et sans parler de l’article 9 qui introduit un élément de droit du sol ; 
*une erreur élémentaire en matière d’histoire du droit : selon l'auteur, le droit du sol n’apparaîtrait en France qu’en 1945 (p. 63) alors que la loi de 1889 l’introduit sous forme d'obligation pour les enfants nés en France d’étrangers nés en France ; 
*une erreur élémentaire en matière de droit : l’affirmation que le mariage des parents de Chopin était régi par le Code civil français de 1804, alors qu’il a eu lieu un an avant la création du duché de Varsovie et deux ans avant l’introduction dans le duché du Code Napoléon (je cite Emmanuel Langavant : « l’article 12 déclare : « L’étrangère qui a épousé un Français suivra la condition de son mari ». De sorte que Justyna KRYZANOWSKA, par son mariage à Brochow, en 1806, avec Nicolas CHOPIN, changeait ipso facto de nationalité. »). Cela sans tenir compte du fait qu’en 1806, Brochow faisait partie du royaume de Prusse et que la Prusse était en guerre contre la France ; il va donc de soi que le droit français s’y appliquait « ipso facto ».

Je renvoie à la page principale pour les détails.

Conclusions    
Il est probable qu’en tant que revue associative, Diplômées n’a pas de comité de lecture, mais publie des articles en fonction de la réputation des auteurs. En l’occurrence, il me semble qu’Emmanuel Langavant a profité de sa position, certainement justifiée, de juriste de haut niveau, pour faire passer un article qui relève de l’amateurisme, de la littérature pour jeunes filles en fleur, pour ne pas être plus dur.
Son dossier, très minime (trois éléments dont deux de faible valeur), n’inclut que les documents qui vont dans le sens de sa thèse, alors qu’une recherche de quelques jours seulement m’a permis d’en repérer plusieurs qui vont à son encontre (bien sûr, en 1990, il n'y avait pas Internet ; mais je suppose qu'il pouvait disposer de bibliothèques juridiques conséquentes).
Lorsque Georges Dumézil écrit sa Sotie nostradamique, il ne se prend pas au sérieux (à mon avis) en tant que nostradamiste, mais, en se donnant la contrainte d'interpréter de façon crédible chaque élément d’un quatrain comportant le nom « Varennes », il mobilise énormément d'éléments historiques à propos de Louis XVI et de la fuite à Varennes ; en tout cas, son texte est très intéressant. 
Dans le cas d'Emmanuel Langavant, c'est le contraire : il prend au sérieux son hypothèse de la qualité de Français de Chopin, mais fournit un dossier d'une extrême pauvreté, d'une lecture décevante et déprimante. Certains lecteurs et certaines lectrices s'y sont laissés prendre.

Par exemple Danièle Pistone, qui le qualifie de « démonstration » !



Création : 1° janvier 2013
Mise à jour : 7 mars 2014
Révision : 7 mars 2014





























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