lundi 1 avril 2013

49 Wikipédia-fr et la nationalité de Franz Liszt

... ou l’art de donner d'ineptes réponses à des questions sans intérêt


Classement : nationalité ; Wikipédia



Ceci est une annexe de la page Franz Liszt biographe de Chopin (1852)

Lisant, dans le cadre d'un travail sur Chopin, la notice Wikipédia concernant Franz Liszt (version du 30 mars 2013), j’y trouve, à propos de sa nationalité, un développement qui relève du pédantisme et de la préciosité intellectuelle, ainsi que de l’incapacité à poser correctement les problèmes, toutes qualités que l’on voit ici à l’œuvre avec encore plus de virulence que dans le cas de Chopin.

Je cite :

« Entre cosmopolitisme et nationalisme
La question de la nationalité de Liszt demeure ouverte car elle fait appel à de multiples interprétations, parfois fantaisistes. (D’aucuns ont ainsi voulu en faire un Français14, un Italien, voire un Slovaque15.) En premier lieu, son origine germanique est à peu près hors de doute : du côté paternel, son grand-père, Georg, était un Autrichien du nom de List, qui avait magyarisé son patronyme en Liszt ; et du côté maternel, Anna Liszt était une Allemande de Bohême (elle est née Maria Anna Lager le 9 mai 1788 à Krems an der Donau en Autriche). Sachant que Liszt n’a jamais pu parler correctement hongrois (ainsi, lors de son concert à Budapest, il déclare « je suis hongrois » en français) et connaissant l’impact qu’a eu sur lui la culture germanique (notamment Faust), il semble aisé d’en faire un Allemand. Cependant, il n’a cessé de réaffirmer son attachement de cœur à la Hongrie, qui demeure de toute évidence son pays natal (Raiding appartenant alors au comitat de Sopron en Hongrie) : « Il n’y a rien qui puisse m’empêcher, en dépit de ma lamentable ignorance quant au langage hongrois, à m’affirmer depuis toujours magyar par le cœur et l’esprit »16.
Plusieurs explications ont été avancées pour expliquer que Liszt se réclame d’une nation dont il ne possède ni la langue ni le sang. La première, c’est qu’au xixe siècle les entités nationales sont encore floues (comme le montre Marcel Mauss dans son essai La Nation), et que se maintient au sein de l’élite un idéal cosmopolite et européen hérité du xviiie siècle. D’où les nombreuses influences « nationales » (on serait tenté de dire « traditionnelles ») sur la musique lisztienne (allemandes, tziganes, italiennes, françaises), le fait qu’il se sente partout chez lui (en Suisse, à Paris, à Rome, à Weimar, à Budapest, à Vienne…), ainsi qu’une double descendance française (via Blandine, qui a épousé le premier ministre républicain de Napoléon III, Émile Ollivier) et allemande (via Cosima Wagner). La deuxième explication, avancée par Coby Lubliner, impliquerait qu’Adam Liszt se serait inventé une nationalité hongroise afin que des aristocrates hongrois (Esterhàzy) lancent, par fierté nationale, la carrière de son fils ; invention que Liszt aurait fini par croire : « Adam Liszt avait également une seconde raison pour réclamer une identité hongroise pour son fils et lui-même : c'était une manière de reconnaître sa dette à l'égard des nobles hongrois, qui avaient patronné la carrière de Franz depuis son premier concert à Pressburg »17. De fait, selon celui-ci, la nationalité réelle de Liszt ne serait ni hongroise, ni allemande, ni française, mais autrichienne, voire austro-hongroise avant la lettre. »


Comment peut-on être assez ballot pour confondre la question de la nationalité et celle de l’origine ? Le fait qu’un  Allemand nommé « List » ait magyarisé son nom en « Liszt » ne constitue pas la preuve de la germanité de son petit-fils !

Comment peut-on être assez benêt pour écrire que « D’aucuns ont voulu en faire un Français »,: Comment désigner autrement quelqu’un capable d'écrire « d’aucuns » sans rougir de honte ? Comment appeler autrement ce quelqu’un, après avoir lu la référence fournie :
« Emile Haraszti, projetant sur Liszt son propre cas de hongrois exilé en France déclare ainsi « L’art de Liszt offre un double aspect, français et hongrois » (article Franz Liszt de l’Histoire de la musique dirigée par Roland-Manuel, tome II, page 547 éd. Pléiade) ».
Puisque certains contributeurs semblent ne pas comprendre grand-chose, je fais l’exégèse d’une phrase qui est pourtant d’une simplicité extrême : Haraszti ne dit absolument pas que Liszt est français, mais que son art est à la fois hongrois et français. Je ne sais pas si c’est vrai ou faux, mais ça n’a aucun rapport avec la question de sa nationalité.
Que ceux qui n’ont toujours pas compris nous écrivent, ils ne recevront pas de félicitations de notre part.

La confusion entre nationalité et langue est plus compréhensible, mais elle prouve une certaine balourdise : « Oh l’autre, y dit qu’il est ongrois, mais y sait à peine parler l’ongrois ! ». Il ne suffit pas de « citer » Mauss pour démontrer qu’on est achement cultivé !

Il est amusant de voir seulement à la fin du laïus apparaître un élément concret, celui de l’Etat dont Liszt était ressortissant, mais de façon plutôt vaseuse, sans que le rédacteur semble comprendre ce qu’il écrit. En fait les choses sont (ici encore) très simples : Liszt dépendait de l’Empire d’Autriche jusqu’en 1866, de l’Empire d’Autriche-Hongrie à partir de 1866.
Dans le cadre de l’Empire d’Autriche, Liszt était, du point de vue de la légalité, un sujet de l’empereur d’Autriche ; dans ce cadre, il pouvait très bien s’attribuer la nationalité  « romantique » (ou idéologique) de Hongrois. On ne voit pas bien de quel droit il faudrait lui attribuer une « nationalité allemande » (à l’époque, essentiellement « romantique »  et idéologique). Celle-ci à l’époque avait un sens seulement par rapport à la Confédération germanique, étant donné que l’Empire romain germanique n’existait plus depuis Napoléon. A l’époque de l’Empire romain germanique, la Hongrie n’en faisait pas partie ; à l'époque de  la Confédération germanique, c'est l’Autriche entière qui n'en faisait pas partie.
Dans le cadre de l’Autriche-Hongrie, il est probable qu’à raison de son lieu de naissance, Liszt devait être considéré comme ressortissant hongrois par les autorités hongroises (pas libérales du tout sur ce plan), ce qui correspondait à sa nationalité « romantique ».

Je ne développe pas cette question (il y aurait beaucoup d'autres points à traiter) ; j’y reviendrai ultérieurement, le cas échéant. 
En première approximation, je dirais qu’il n’y a pas lieu de monter un réquisitoire foutraque pour montrer qu'« on n'est pas dupe » et « prouver » que Liszt n’était pas ce qu’il prétendait être…



Création : 1° avril 2013
Mise à jour : 18 mars 2014
Révision : 18 mars 2014



























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