mercredi 11 février 2015

178 Daniel Beauvois L'insurrection de 1830-1831 : contribution 5 (Kalembka)

Quelques informations sur le livre Pologne L’insurrection de 1830-1831 : la contribution de Slawomir Kalembka sur les débuts de la Grande Emigration


Classement : histoire de la Pologne ; relations franco-polonaises





Ceci est la suite de la page Daniel Beauvois : L'insurrection de 1830-1831, dans laquelle je présente cet ouvrage, recueil des contributions au colloque organisé les 14 et 15 mai 1981 par le Centre d’étude de la culture polonaise de l’Université de Lille III « La réception européenne de l’insurrection polonaise de 1830-1831 et des débuts de la Grande Emigration ».

J’étudie ici la contribution numéro 5 :
* Slawomir Kalembka, « Les débuts de la Grande Emigration polonaise et ses implications internationales » (pages 85-92 de l’ouvrage, notes et discussion, pages 93-99)
Slawomir Kalembka (1936-2009) a été, entre autres,  professeur à l’université Copernic de Torun.

Vue d’ensemble
Après des citations d’époque (Maurice Mochnacki* ; Czas, journal polonais publié à Montauban), l’auteur évoque 
*les implications internationales de l’insurrection polonaise de 1830-1831 et celles de l’émigration ; 
*les préparatifs de cette émigration : les perspectives de repli envisagées dès le début de 1831 par les insurgés et le rôle de la France dès la même période (« invitation » de Sébastiani* en mars, mise à disposition des agents français en Prusse de fonds pour assister les (futurs) réfugiés) ; 
*l’émigration : nombre de réfugiés, notamment en France ; attitude des Allemands vis-à-vis des réfugiés traversant leur pays ;
*la question polonaise en général : relations des réfugiés avec la France et les Français ;  rôle du prince Czartoryski*.

Notes
*Maurice Mochnacki (Maurycy Mochnacki, 1803-1834), journaliste et homme politique proche de Joachim Lelewel. Voir la page Notices biographiques.
*Sébastiani : Horace Sébastiani (1772-1851), officier ; ministre des Affaires étrangères de novembre 1830 à octobre 1832
*prince Czartoryski (Adam Jerzy Czartoryski, 1770-1861), un des principaux hommes politiques de l'insurrection de 1830-1831, puis de l'émigration, en tant que leader de l'aile conservatrice. Voir la page Notices biographiques.

Points particuliers
Cet article présente un intérêt général ; en ce qui concerne Chopin (qui n’est pas du tout évoqué), le point le plus intéressant est la chronologie assez détaillée concernant l’arrivée des réfugiés en France.

Citations

Page 88-89
« On avait [...] connaissance, à Varsovie, de l’invitation française faite aux combattants polonais, invitation inconsidérée du point de vue des intérêts du gouvernement de la Monarchie de Juillet, faite le 16 mars 1831, par le ministre Sébastiani*, lors d’une conférence avec le général Karol Kniaziewicz* et Louis Plater*, représentants diplomatiques polonais à Paris. Sébastiani l’avait surtout formulée dans le but d’apaiser la population parisienne et les militants de la gauche française, mécontents de la politique dilatoire du Gouvernement, mais elle fut traitée sérieusement à Varsovie. Des milliers de combattants polonais internés dans les régions occupées par la Prusse et par l’Autriche* étaient de même au courant des sommes considérables assignées par les consulats français en Prusse et par leurs agents à Gdansk*, Elblag* et Koenigsberg* pour couvrir les frais de voyage des réfugiés polonais en France. Aussi, des centaines et des milliers d’insurgés, […] décidèrent-ils de se rendre à l’ouest avec le ferme espoir qu’ils regagneraient la Pologne après quelques, ou, tout au plus, une dizaine de mois, en marchant à la tête des armées révolutionnaires d’Europe […]

Entre le 13 juillet et le 5 octobre 1831, près de 48 000 officiers et soldats des armées insurrectionnelles franchirent en différents endroits les frontières du Royaume de Pologne et des territoires polonais occupés par la Prusse et l’Autriche. Ce qui restait du gros des forces de cette armée […] passa la frontière le 5 octobre, à Brodnica*, en Poméranie orientale, et fut interné par les Prussiens dans les environs d’Elblag et de Malbork*. Peu avant, étaient passés par là des centaines d’hommes politiques et de militants civils, [page 89…] compromis aux yeux des autorités tsaristes. La plupart des soldats et de nombreux officiers internés furent amnistiés et regagnèrent le Royaume de Pologne. Les premiers réfugiés polonais, en général des militants civils*, arrivèrent en France dès novembre 1831. La masse principale des émigrés traversa par colonnes les pays allemands, la Moravie et la Bohême, la Belgique, la Suisse et franchit les frontières françaises entre le 27 janvier et le début de mars 1832. [ …] Au printemps 1832, environ 4 000 émigrés polonais se trouvèrent ainsi en France. […] En 1837, la Grande Emigration comptait environ 7 000 exilés. […] Le nombre des émigrés polonais en France, au début du mois d’avril 1833, peut être évalué à environ 4 700. ils étaient près de 5 500 en 1839 et au moins 4739 en 1845. »

Notes
*Kniaziewicz : Charles Kniaziewicz (Karol Kniaziewicz, 1762-1842), officier ; né à Asite en Courlande (actuelle Lettonie) ; participe à la guerre de 1792 et à l’insurrection de Kosciuszko ; entre dans les Légions polonaises ; général de brigade ; démissionne en 1801 ; intègre l’armée du duché de Varsovie ; général de division ; démissionne en 1813 ; participe à la réorganisation du duché, démissionne dès 1814 ; s’installe à Dresde ; durant l’insurrection de 1830-1831, est à la tête de la Légation polonaise à Paris (avec Louis Plater) ; par la suite, proche du prince Czartoryski ; meurt à Paris ; cimetière des Champeaux (Montmorency)
*Louis Plater (Ludvik Plater, 1774-1846) : personnalité politique du royaume de Pologne ; pendant l’insurrection, à la tête de la Légation polonaise à Paris (avec le général Kniaziewicz)
*milliers de combattants polonais internés dans les régions occupées par la Prusse et par l’Autriche : l'auteur évoque ici la situation de la fin de 1831, après la défaite de l'insurrection (septembre 1831)
*Gdansk (Gdańsk), alors Dantzig, ville de Prusse occidentale
*Elblag (Elbląg), alors Elbing, en Prusse occidentale, à 30 km à l'est de Gdansk
*Koenigsberg : alors capitale de la Prusse orientale (actuelle Kaliningrad en Russie)
*Brodnica : ville située à 100 km au sud de Gdansk
*Malbork, alors Marienburg, en Prusse occidentale, à 25 km au sud-est de Gdansk
*militants civils : ceux qui arrivent fin 1831 sont effectivement des civils, mais de haut rang (Lelewel, etc.)
*LelewelJoachim Lelewel (1786-1861), historien et homme politique polonais ; membre de la Société Lithuanienne et des Terres Russiennes ; un des fondateurs en 1831 du Comité national polonais ; assigné à résidence à Tours en décembre 1832 ; expulsé en juillet 1833 ; part en Belgique ; mort à ParisVoir la page Notices biographiques.


Commentaire
Chopin entre en France en septembre 1831, c'est-à-dire bien avant les premiers réfugiés civils qui arrivent seulement en novembre, et surtout bien avant les réfugiés militaires, qui arrivent (groupés) seulement en janvier 1832.
La situation de Chopin pouvait donc difficilement être confondue par les autorités françaises avec celle de ses compatriotes réfugiés.




Création : 11 février 2015
Mise à jour : 24 février 2015
Révision : 22 août 2016



































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