jeudi 15 janvier 2015

177 Daniel Beauvois L'insurrection de 1830 1831 : contribution 3 (Beauvois)

Quelques informations sur le livre Pologne L’insurrection de 1830-1831 : la contribution de Daniel Beauvois sur les Polonais dans le nord de la France


Classement : histoire de la Pologne ; relations franco-polonaises





Ceci est la suite de la page Daniel Beauvois : L'insurrection de 1830-1831, dans laquelle je présente cet ouvrage, recueil des contributions au colloque organisé en mai 1981 par le Centre d’étude de la culture polonaise de l’Université de Lille III « La réception européenne de l’insurrection polonaise de 1830-1831 et des débuts de la Grande Emigration ».

Référence
J’étudie ici la contribution numéro 3 :
*Daniel Beauvois, « Le Nord de la France et les Polonais entre 1831 et 1833 » (pages 41-55 de l’ouvrage, notes et discussion, pages 56-66)

Vue d’ensemble
La contribution est fondée sur l’étude détaillée de deux journaux locaux :
*L’Echo du Nord, de Lille (Vincent Leleux, 1788-1852), libéral orléaniste, favorable à la cause polonaise, mais avec distance et réserves, au total assez peu présent ;
*Le Propagateur, d’Arras (Frédéric Degeorge, 1797-1854), de tendance saint-simonienne, puis républicaine, très engagé en revanche en faveur de l’insurrection, dans les domaines de l’information et de l’édition, du soutien politique et du soutien financier, en liaison avec le Comité en faveur des Polonais de La Fayette (recueil de fonds pour assister les insurgés puis les réfugiés) ;

Points particuliers
Au-delà de cet aspect politique, l’article fournit quelques informations concernant les réfugiés polonais en France :

1) arrivée et l’installation en France des réfugiés
a) « récits touchants sur le passage des Polonais à Strasbourg et Metz » (page 48)
L'entrée en France par Strasbourg semble être la plus fréquente pour les réfugiés polonais

b) « Casimir Périer* interdit l’installation des exilés à Paris et dans les départements frontaliers » (page 47)
Notes
*Casimir Perier (1777-1832), président du Conseil de mars 1831 à mai 1832.
Commentaire
Cette mesure semble intervenir en novembre 1831 (note 22, p. 58, et suivantes)

2) le passage dans le nord de la France de Ludwik Tarszenski (1832)
Ludwik Tarszenski* est un proche du prince Czartoryski, qu’il représente dans la région en mars 1832 :
« Degeorge dénonce […] l’attitude offensante de Talleyrand*, préfet du Pas-de-Calais, qui a fait recevoir l’exilé debout, alors qu’il était « blessé par la lance cosaque », dans « une antichambre, au milieu des agents de police » et qu’on l’ait obligé à exhiber son passeport. » (page 49)
Notes
*Tarszenski : Louis Tarszenski (Ludwik Tarszeński, Luis Tarszeñski, conde de Lipa, ca1793-1871) : participant au soulèvement de 1830-1831 ; réfugié en France ; ensuite (avant 1843) en Espagne où il est d'abord officier de l'armée d'Isabelle II, puis s'installe comme photographe à Malaga [notice de la Wikipédia espagnole]
*Talleyrand : Alexandre-Daniel de Talleyrand-Périgord (1776-1839), préfet du Pas-de-Calais à partir de 1831 (parent plus ou moins éloigné de Charles-Maurice, 1754-1838)
Commentaire
On remarque la mention d’un passeport ; il ne s’agit pas d’un passeport international, émis par les autorités russo-polonaises, mais d’un passeport intérieur délivré par les autorités françaises, autorisant l’intéressé à se rendre de Paris dans diverses villes de provinces. Le préfet se serait donc assuré, de façon formelle, de l’identité de l’intéressé et de la légalité de son déplacement, ce qui est considéré comme un manque de courtoisie (cf. citation de la page 51 infra).

3) divers
« le 14 avril 1832, [Degeorge] proteste […] contre la loi autorisant les expulsions de Polonais » (page 50)

« [en mai 1832] Talleyrand ayant exigé de viser personnellement les passeports de 2 exilés venus à Arras, Degeorge y voit un abus de tracasserie […] » (page 51)

4) le passage de Joachim Lelewel en route vers l'exil (1833) 
Joachim Lelewel (1786-1861), historien et homme politique de premier plan, traverse la région au moment de son expulsion vers la Belgique. Frappé d’un arrêté d’expulsion le 13 juillet 1833, il quitte la France en passant notamment par Abbeville, Amiens, Arras et Lille, séjournant à chaque fois quelques jours et rencontrant diverses personnalités.

« [à Lille], c’est au maire Lethierry* que Paris demande de recevoir le proscrit et de lui remettre un nouveau passeport. Or Lethierry a été président du Comité polonais ! Sa gêne est telle, nous dit la correspondance de Lelewel, qu’il parle de démissionner. Une dépêche télégraphique arrive alors de Paris qui confie l’expulsion au commissaire de police. Pascal, conseiller municipal, essaie encore d’atténuer le choc en invitant Lelewel à déjeuner et en le retenant jusqu’au soir, puis, c’est le départ en Belgique, le 19 septembre, à 8 heures du soir. » (page 54)

Notes
*Lethierry : Désiré Le Thierry (1791-1834) ; fils de Charles Marie Désiré Le Thierry (1766-1858), écuyer et seigneur d'Ennequin ; officier sous l'Empire ; marié le 25 novembre 1816 (AD59, mariages 1814-1816, vue 989, qui indique la date de naissance) ; conseiller municipal sous la Restaurations ; maire de Lille de 1832 à 1834 ; mort le 22 septembre 1834 (AD59, décès 1833-1834, vue 739)
Commentaire
Le libellé semble indiquer que Lelewel a d’abord voyagé avec un passeport intérieur (ou équivalent) valable jusqu’à Lille ; là, il doit être pourvu d’un passeport « à l’étranger », pour aller de Lille à Bruxelles ; mais il s’agit évidemment, de nouveau, de passeports français.

Au cours de la discussion faisant suite à la communication de Daniel Beauvois, un intervenant indique : « Joachim Lelewel allait rester en étroite relation avec quelques Nordistes et quelques Lillois. Il a failli revenir en 1835 dans notre région à l’occasion du Congrès Scientifique de Douai, mais les démarches entreprises par ses amis nordistes pour lui faire obtenir un passeport n’ont pas abouti. Le ministre Thiers leur avait répondu que cette affaire dépassait les limites de sa compétence : « Une cause diplomatique s’y oppose » » (page 65)
Notes
*Congrès Scientifique de Douai : « Congrès scientifique de France, troisième session, tenue à Douai en septembre 1835 » (cf. Gallica qui indique que l’institution des congrès scientifiques (annuels) débute en 1833 et dure jusqu’en 1878)
En fin de compte, Lelewel est revenu à Paris seulement pour y mourir, en 1861, à une époque (sous le Second Empire) où son retour ne posait plus de problème.


Commentaire général
On remarque, dans tous ces épisodes, l'évocation de passeports : c'est une époque où personne ne se déplace (hors département de domiciliation) sans un document identificateur autorisant le déplacement ; mais ce document relève des autorités françaises, d'autant qu'il s'agit de réfugiés qui n'ont plus de relations avec l'ambassade russe à Paris  (sur la question des passeports intérieurs, voir la page Les passeports en France au XIXème siècle)




Création : 15 janvier 2015
Mise à jour :
Révision : 20 août 2016








































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