mardi 10 mars 2015

183 Daniel Beauvois L'insurrection de 1830-1831 : contribution 7 (Owsinska)

Quelques informations sur le livre Pologne L’insurrection de 1830-1831 : la contribution d’Anna Owsinska sur le gouvernement français et la question polonaise de 1832 à 1835


Classement : histoire de la Pologne ; relations franco-polonaises





Ceci est la suite de la page Daniel Beauvois : L'insurrection de 1830-1831, dans laquelle je présente cet ouvrage, recueil des contributions au colloque organisé les 14 et 15 mai 1981 par le Centre d’étude de la culture polonaise de l’Université de Lille III « La réception européenne de l’insurrection polonaise de 1830-1831 et des débuts de la Grande Emigration ».

J’étudie ici la contribution numéro 7 :
*Anna Owsinska, « La politique du gouvernement français vis-à-vis des Polonais et de la question polonaise 1832-1835 » (pages 115-129, notes et discussion pages 130-134)
Anna Owsinska était alors professeur à l’Université jagellone de Cracovie.

Vue d’ensemble
L’auteur envisage d’abord la position de la France pendant la guerre russo-polonaise, puis son attitude envers les réfugiés dont on prévoit l’arrivée en nombre avant même la défaite de l’insurrection. Des projets sont brièvement envisagés début 1831 pour créer des unités du type Légion polonaise (dans la perspective d’un conflit avec la Russie) ; puis pour mettre les militaires polonais au service de la conquête de l’Algérie, au sein de la Légion étrangère. Au cours des années 1832-1835, en même temps que la Monarchie de Juillet se durcit face à l’opposition républicaine, elle le fait aussi envers les réfugiés polonais (et autres), notamment à travers le renforcement de la législation (loi d’avril 1832). La gauche de l’émigration polonaise (Comité national polonais, Société démocratique polonaise) subit une certaine répression tandis que les conservateurs groupés autour du prince Adam Czartoryski bénéficient d’un traitement assez favorable, malgré la pression des autorités russes à travers leurs représentants à Paris. La sympathie des Français envers les Polonais diminue au fil des années, mais les libéraux continuent de réagir aux excès russes, par exemple à l’occasion du discours de Nicolas 1er* en octobre 1835 à Varsovie.

Notes
*Adam Czartoryski (Adam Jerzy Czartoryski, 1770-1861), un des principaux hommes politiques de l'insurrection de 1830-1831, puis de l'émigration, en tant que leader de l'aile conservatrice. Voir la page Notices biographiques.
*Nicolas 1er  (1796-1855), tsar de 1825 à 1855


Citations
En ce qui concerne les ministres, voir la liste des gouvernements français de l’époque sur la page Les réfugiés polonais en France sous la Monarchie de Juillet (chronologie)


117 : le gouvernement français et la question des éventuels réfugiés
« Pendant l’insurrection […], Sébastiani avait assuré les membres de la Légation Polonaise, le général Kniaziewicz* et le comte Plater*, qu’en cas de nécessité les Polonais trouveraient un asile en France, mais l’affluence en masse des militaires polonais, des activistes politiques et d’autres membres de l’insurrection, fut une surprise pour les autorités françaises »

*général Kniaziewicz : Charles Kniaziewicz (Karol Kniaziewicz, 1762-1842) : officier polonais, puis dans les Légions polonaises et la Grande Armée ; il représente le gouvernement polonais à Paris durant l’insurrection de 1830-1831 ; par la suite, proche du prince Czartoryski
*comte Plater Louis Plater (Ludwik Plater, 1775-1846), homme politique du royaume de Pologne après 1815, proche d’Adam Czartoryski durant cette période et après l’insurrection

118 : idem (passeports pour les réfugiés)
« Le gouvernement avait recommandé à ses envoyés à Berlin, Dresde et Vienne de délivrer aux Polonais des passeports pour la France, et il envoyait des fonds pour les aider. »

118 : idem (lettre de Pelet à Bem)
« le général Pellet*, directeur du ministère de la guerre, dans une lettre adressée en octobre 1831 au général Bem*, lui déclarait que la France ne pouvait pas inciter à l’émigration, mais les Polonais qui « arriveraient à nos frontières seront bien reçus », écrivait-il. »

*général Pellet : il s’agit de Jean-Jacques Pelet (1777-1858), général et baron d’Empire, député de Haute-Garonne (1831-1837), chef à partir de 1831 de la direction du dépôt (incluant notamment le service cartographique)
*général Bem (1794-1850) : officier polonais ; voir Sur un livre de Joseph Bem

118 : le projet de loi de La Fayette (décembre 1831)
« [Après la chute de Varsovie] le gouvernement décida que l’attitude la plus opportune était de faire preuve d’une neutralité « correcte » et d’accentuer les mouvements uniquement humanitaires envers les émigrés polonais. Le résultat de cette tactique fut le sort fait au projet de loi présenté aux Chambres le 14 décembre 1831 par La Fayette*. Ce projet prévoyait que tous les émigrés polonais qui viendraient en France obtiendraient le droit de nationalité sans restriction. Le Bureau des Chambres ne présenta pas ce projet à la discussion. »

*La FayetteGilbert du Motier, marquis de Lafayette (1757-1834) : officier et homme politique de la Révolution américaine, de la Révolution française, de la Monarchie de Juillet. Voir la page Notices biographiques.

118 : l'accueil des réfugiés
« Dès le début, on interdit* aux émigrés affluant par colonnes de se rendre à Paris, pour ne pas surexciter la tension politique qui régnait dans la capitale, on créa des dépôts en province, et surtout des dépôts spéciaux, destinés aux militaires, à Avignon et à Besançon. Un dépôt séparé fut constitué pour les émigrés civils, à Châteauroux. Dans les dépôts militaires, on introduisit le régime militaire ; ils dépendaient du ministère de la guerre et recevaient une solde versée chaque mois. Les réfugiés civils recevaient également une aide financière. »

*Dès le début, on interdit : formulations assez vagues ; il aurait mieux valu indiquer clairement de qui et de quand il s'agit !

119 : projets de Légion polonaise
« Dans les milieux militaires français on a pensé pendant un certain temps à créer des régiments polonais. […]. Au début de janvier 1832, le général Kniaziewicz fut convoqué par le ministre de la guerre, le maréchal Soult*. On décida à ce moment là que le dépôt pour les militaires polonais à Avignon serait le centre de la future formation polonaise. Soult proposa de créer une commission de trois officiers polonais qui devraient recueillir des renseignements sur les officiers se trouvant à Avignon. Ensuite, il assura à Kniaziewicz que les soldats et les sous-officiers qui arriveraient à Avignon formeraient des compagnies et des bataillons et que leur commandement serait confié à des officiers polonais.
Mais ces plans n’existèrent que durant un court laps de temps et ne furent jamais réalisés. En ce même mois de janvier, lorsque le danger d’une intervention armée se trouva écarté, le gouvernement retira peu à peu ses promesses. »

*le maréchal SoultJean-de-Dieu Soult (1769-1851), officier de la Révolution et de l’Empire, homme politique de la monarchie de Juillet 

120 : répression à Paris en septembre 1831
« Périer* ordonna de réprimer dans le sang les troubles qui s’étaient déclarés à Paris à la nouvelle de la chute de Varsovie. »

*Périer : Casimir Perier (1777-1832), banquier et homme politique ; président du Conseil du 13 mars 1831 à sa mort le 16 mai 1832 

121 : les Polonais dans la Légion étrangère
« [En juin et juillet 1832] on réussit à enrôler dans les dépôts un groupe d’environ 70 volontaires. […] ils formèrent la première compagnie polonaise de la Légion étrangère. Dans le courant de 1833, on en créa deux autres. Au total, elles comptaient 250 hommes. Les essais ultérieurs pour former des bataillons polonais dans la Légion étrangère ne donnèrent pas de résultat.

121 : surveillance de l’ambassade russe à Paris
« Les représentants de la Russie à Paris […] observaient avec méfiance tous les phénomènes de l’activité politique des organisations polonaises. Le gouvernement français se trouvait constamment sous la pression exercée par des alertes et des interventions qui, souvent, ressemblaient à une ingérence dans les affaires intérieures de la France. »

122 : législation française sur les réfugiés
« La célèbre loi sur les étrangers, du 21 avril 1832, limitait la liberté de déplacement des émigrés et les soumettaient au contrôle de la police. Le ministère de l’intérieur était autorisé à fixer leur lieu de séjour. La police avait le droit d’expulser les émigrés du pays si elle estimait que leur conduite perturbait l’ordre public. Le gouvernement déposa adroitement cette motion devant les chambres en même temps qu’une proposition pour augmenter les fonds de soutien aux émigrés. Les représentants de la majorité gouvernementale comme […] Guizot se déclarèrent en faveur du projet. Les libéraux de l’opposition, La Fayette […] et d’autres, s’y opposèrent. […] Votée à une forte majorité, cette loi fut nommée par l’opposition « le droit d’Orlov » car elle avait été publiée comme pour saluer l’envoyé du tsar, Orlov*, qui se rendait justement à la Haye pour négocier sur la question belge.
Cette loi fut complétée […] par la circulaire du […] comte d’Argout*, en date du 1er avril 1833, qui déléguait au ministre de l’Intérieur la haute main sur les émigrés qui, jusque là, dépendaient du ministre de la guerre. La circulaire du 19 mars 1833 renforça la surveillance de l’établissement des réfugiés sur le territoire français. Ceux qui voyageaient sans autorisation devaient être arrêtés, ramenés au domicile précédent ou éventuellement expulsés du pays. En mai 1834, on durcit encore la juridiction : la loi du 1er mai 1834 contenait une menace d’emprisonnement contre les émigrés qui n’auraient pas exécuté l’ordre de quitter la France. […] C’est seulement en 1839 que l’on reconnut que les émigrés qui habitaient en France depuis cinq ans ou qui avaient servi durant la même période dans la Légion étrangère et s’étaient conduits de façon irréprochable avaient le droit de changer librement de domicile après en avoir averti le préfet. »

*Orlov : « S.E.M. Orloff », « comte Orloff », représentant du tsar dans plusieurs pays d’Europe dans le cadre de la crise belge de 1830-1832
*comte d’Argout : Antoine d’Argout (1782-1858), ministre de l’Intérieur de décembre 1832 à avril 1834

123 : répression en 1832
« En 1832, déjà, on avait accusé les Polonais d’avoir pris part au mouvement républicain durant l’enterrement du général Lamarque* et, bien que l’enquête n’eût pas confirmé les soupçons, le mécontentement et l’inquiétude des sphères gouvernementales augmenta également du fait de la collaboration de la gauche de l’émigration polonaise avec le mouvement révolutionnaire démocrate allemand et la participation de délégués de la Société démocratique polonaise* et du Comité national polonais* à la fête nationale allemande qui se tint à Hambach, en mai 1832. Ces craintes redoublèrent après l’échec de la tentative d’insurrection à Francfort sur le Main et l’expédition de Zaliwski*. […] les dépôts situés dans le sud de la France furent supprimés et dispersés en groupes plus petits, formant 136 petits dépôts, localisés surtout dans les départements du nord de la France. On interdit le retour des officiers partis en Suisse. »

*général Lamarque : Jean Maximilien Lamarque (1770-1832), général d’Empire, libéral marqué sous la Restauration et au début de la Monarchie de Juillet ; ses obsèques (5 juin 1832) donnent lieu à une insurrection républicaine (cf. Les Misérables)
*Société démocratique polonaise (Towarzystwo Demokratyczne Polskie) : fondée en 1832 à Paris, connue par le Petit Manifeste (1832) et le Grand Manifeste (1836)
*Comité national polonais (Komitet Narodowy Polski) : organisation créée en décembre 1831 autour de Joachim Lelewel (cf. infra), d’orientation moins radicale que la précédente
*Zaliwski : Joseph Zaliwski (Józef Zaliwski, 1797-1855), officier de l’armée du royaume de Pologne, participant à la conspiration de novembre 1830 ;  son expédition dans le royaume de Pologne a lieu de mars à mai 1833 et n'aboutit à rien

123-124 : la répression contre le Comité national polonais (1832-1833)
« On commentait défavorablement les proclamations du Comité national polonais faites à l’initiative de Lelewel* aux Hongrois et aux Allemands. Après les incidents de juin à Paris*, on menaça Lelewel de l’expulser de Paris. […] Sur l’intervention du général Kniaziewicz, le ministre des Affaires étrangères Montalivet retira la menace. Mais le célèbre appel aux Russes donna lieu à de nouveaux marchandages avec le gouvernement français qui, cette foi, décida de liquider le ferment des activités révolutionnaires polonaises. Profitant de la protestation déposée par l’ambassadeur russe, le ministre des Affaires étrangères, le prince de Broglie*, exprima sa désapprobation à Lelewel. Quelques mois plus tard, en décembre 1832*, le nouveau ministre de l’Intérieur, Thiers, obligea les membres du Comité qui avaient signé l’appel à quitter Paris et à s’installer en province à plus de 50 milles, sans possibilité non plus de s’installer dans les grandes villes. […] durant l’été 1833, Lelewel, Worcell, Krepowiecki, Czynski et Pulaski durent quitter la France. La nouvelle occasion d’une répression fut l’expédition de Savoie, en février 1834. »

*les incidents de juin à Paris : lors des obsèques du général Lamarque
*Lelewel : Joachim Lelewel (1786-1861), historien et homme politique polonais
*le prince de Broglie : Victor de Broglie (1785-1870), homme politique de la Restauration et de la monarchie de Juillet ; ministre des Affaires étrangères de 1832 à 1834, président du Conseil de 1835 à 1836
*quelques mois plus tard , en décembre 1832 : chronologie un peu confuse ; en fait, l’appel au Russes lui-même est publié en décembre 1832 (septième anniversaire du soulèvement décabriste de 1825)
*Thiers : Adolphe Thiers (1797-1877), député de 1830 à 1851, ministre des Travaux publics de 1832 à 1834
*Worcell : Stanislas Worcell (Stanisław Gabriel Worcell, 1799-1857), militant patriote socialisant ; né en Wolhynie ; études au lycée de Krzemieniec ; participant à l'insurrection de 1830-1831 ; réfugié en France et en Angleterre ; membre de la SDP, puis de plusieurs groupes ; ami de Mazzini ; mort à Londres [notice de la Wikipédia polonaise]
*Krepowiecki : Thaddée Krempowiecki (Tadeusz Krępowiecki, 1798-1847), né à ?? ; membre de la Société patriotique ; soldat pendant l’insurrection de 1830-1831 ; réfugié en France ; membre de la Société littéraire des Polonais réfugiés (1831) ; membre de la Société des Amis du Progrès ; un des fondateurs de la Société démocratique polonaise ; mort à ?? [notice de la Wikipédia polonaise] [notice Onet-Wiem] 
*Czynski :Jean Czynski (Jan Czyński, 1801-1867), né à Varsovie ; issu d’une famille juive ; participant à l’insurrection de 1830-1831 ; émigré en France, puis en Belgique et en Angleterre ; auteur de plusieurs ouvrages, notamment sur la situation du judaïsme ; mort à Londres [notice Wikipédia (pas terrible, voir plutôt la version anglaise)]
*Pulaski : Alexandre Casimir Pulaski (Aleksander Kazimierz Pułaski, 1794-????), prêtre ; né dans la région de Kalisz ; enseignant ; membre de la Société patriotique ; participant à l'insurrection de 1830-1831 ; réfugié en France ; un des fondateurs de la Société démocratique polonaise (1832) ; opposé à Adam Gurowski ; expulsé en 1833 [notice dans la Biographie des hommes du jour, 1836, tome 2, page 351]


125 : l’aile conservatrice de l’émigration (Czartoryski)
« Le camp de droite, dirigé par le prince Adam Czartoryski*, était traité de toute autre manière. Le gouvernement tenait à convaincre le peuple qu’il faisait preuve de bienveillance vis-à-vis des Polonais, de la cause polonaise et qu’il combattait uniquement les perturbateurs et les ennemis de l’ordre public. Aussi les représentants de l’Hôtel Lambert* rencontraient-ils de nombreuses marques de courtoisie. Ils n’étaient soumis à aucune limitation par la police et pouvaient se déplacer librement sur le territoire français, quitter ses frontières et y revenir. On ne leur faisait aucune difficulté pour habiter à Paris. On les recevait dans les salons des ministres et de la plus haute aristocratie […]. On les considérait presque comme les représentants officiels de la nation polonaise. Les ministres discutaient avec eux de l’émigration et de la question polonaise, ils acceptaient des remarques, des mémoires et leur faisaient diverses promesses. […] Mais ces égards et ces privilèges ne pouvaient dépasser une certaine limite. Ainsi Louis-Philippe n’accepta pas de recevoir en audience le prince Adam Czartoryski. Il craignait, en effet, que cela ne produise de nouveaux différends avec la Russie. D’autant plus que l’ambassadeur russe Pozzo di Borgo* se plaignait devant le roi des Français que le prince Czartoryski fût reçu par ses ministres. »

*Adam Czartoryski (supra)
*hôtel Lambert : acquis par Czartoryski en 1843 ; il se trouve à l’extrémité amont de l’île Saint-Louis
*Pozzo di Borgo : Charles André Pozzo di Borgo (1764-1842) : Corse, passé au service de la Russie, entre dans la diplomatie au moment où Czartoryski est ministre des Affaires étrangères ; il est ambassadeur de Russie en France de 1814 à 1835

125-126 : le mémorandum Czartoryski et la motion Bignon (novembre-décembre 1832
« Czartoryski présenta [à de Broglie], en novembre 1832, un important mémorial contenant la liste récapitulative des dispositions du traité de Vienne sur la question polonaise. Il suggérait que la France, puisqu’elle avait certifié ces dispositions, était tout à fait autorisée à requérir que la Russie rétablisse, dans le royaume de Pologne, la situation d’avant 1830 et qu’elle y respecte tous les droits de Polonais. Mais le mémorandum partagea le sort de nombreuses notes polonaises : il fut déposé aux archives du ministère. En fin de compte, on ne fit qu’évoquer la question polonaise durant les débats à la Chambre des Députés, le 3 décembre 1832, dans une adresse* présentée par le député Bignon*. Cette motion de Bignon fut soutenue par le général La Fayette, par contre le prince de Broglie y fit opposition. »

*adresse : le député Louis Bignon réagit au silence du discours du trône sur la question polonaise ; en soutien, La Fayette prononce un discours « sur un amendement de M. Bignon en faveur de la nationalité polonaise »
*Bignon : Louis Bignon (1771-1841), haut fonctionnaire et diplomate à l’époque de Napoléon, il occupe le poste de Varsovie en 1810-1812 ;  député de l’Eure ou de la Seine-Inférieure sous la Restauration et la Monarchie de Juillet ; il intervient fréquemment sur la Pologne

126 : lettre du ministre des Affaires étrangères à l’ambassadeur français à St-Pétersbourg (octobre 1835)
« Les remarques contenues dans la lettre du prince de Broglie en date du 16 octobre 1835, adressée au baron de Barante*, ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg, jettent une lumière significative sur son attitude à l’égard de la question polonaise. Il y exprime sa conviction que la question polonaise est à l’origine du refroidissement des relations entre la France et la Russie. En vérité, dit-il, le gouvernement français a fait tout son possible pour maintenir une attitude tout à fait modérée dans cette affaire, mais il n’a pu rester totalement indifférent. Soulever cette question n’aurait été d’aucun profit aux Polonais et n’aurait pu que renforcer la répression. « Une seul fois le Moniteur a dit quelle était l’impression que faisait sur nous l’administration du tsar en Pologne, l’officiel Journal de Pétersbourg nous y a forcé, en prétendant que l’existence à part de la nation polonaise est étrangère à la politique générale et dépend seulement de la Russie. Si nous n’avions pas combattu une telle affirmation, cela aurait signifié notre approbation, nous avons donc été obligés de la contredire. Aujourd'hui, lorsque le seul nom de Pologne, prononcé surtout par des lèvres françaises, provoque le bouleversement en Russie, ce n’est pas le moment de soulever cette question dans le cabinet du tsar. Je n’ai pas besoin d’ajouter que, si par un heureux hasard, vous aviez la possibilité de venir en aide à la malheureuse Pologne, ne serait-ce qu’à un seul de ses fils, vous devriez en profiter avec empressement. »

*baron de Barante : Prosper de Barante (1782-1866), fonctionnaire de l’Intérieur, ambassadeur à Turin, nommé en 1835 à Saint-Pétersbourg

126 : la France et le discours de Nicolas 1er (octobre 1835)
« La complexité de la politique française dans les questions rattachées à la Pologne s’exprima encore dans sa réaction au célèbre discours du tsar Nicolas 1er, prononcé à Varsovie, le 16 octobre 1835. « Si vous continuez à vous obstiner à conserver vos illusions de nationalité distincte, de Pologne indépendante, vous ne pouvez qu’attirer sur vous de grands malheurs. J’ai donné l’ordre de construire une citadelle et je vous avertis qu’au moindre soulèvement je donnerai l’ordre de bombarder la ville, de détruire Varsovie. Vous pouvez être certains que moi je ne la reconstruirai pas. » Le discours provoqua un grand mouvement en France. […] Même l’organe gouvernemental, le Journal des Débats, subissant l’influence et la pression de l’opinion publique inséra des articles critiquant sévèrement la Russie. La question polonaise […] redevint l’objet de discussions aux chambres du parlement français, lors de l’adresse au roi, en janvier 1836. […] La Chambre, suite à la discussion, accepta la motion suivante : « Nous croyons qu’avec la Grande-Bretagne le roi pourra restituer l’équilibre à l’Europe, si nécessaire au maintien de la paix et que son premier soin sera de conserver l’ancienne nationalité polonaise stipulée par les traités. »


Commentaire
Cette contribution contient pas mal de détails intéressants, mais cela manque malheureusement de précision, en particulier sur le plan de la chronologie, mais pas seulement.



Création : 10 mars  2015
Mise à jour :
Révision : 23 août 2016



































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