jeudi 23 juillet 2015

203 Lydia Scher-Zembitska 1 : des passages confus

Quelques informations sur le livre de Lydia Scher-Zembitska, Les Polonais en France au XIX° siècle (2009) : quelques passages plus ou moins confus


Classement : histoire des relations franco-polonaises





Ceci est la suite des pages A propos du livre de Lydia Scher-Zembitska : les Polonais en France au XIX° siècle, dans laquelle je présente l’ouvrage, et Lydia Scher-Zembitska 1 : quelques erreurs, dans laquelle je pointe un certain nombre d’erreurs plus ou moins importantes ; je donne ci-dessous des exemples de défauts plus généraux, d’ordre à la fois rhétorique et conceptuel.


Quelques passages problématiques

Page 24 L’année 1814
« Avec la fin de l’Empire en 1814, la situation des Polonais émigrés en France devient délicate. Intégrés dans une armée qui veut se débarrasser d’eux, ils sont contraints de quitter leurs régiments à la demande des officiers français qui réclament leur départ.
Les Polonais ne sont pas les seuls à être obligés de partir : des mesures seront prises à l’encontre de près de 20 000 étrangers au sein de l’armée française. En 1814, l’Empire se disloque avec l’abdication de Napoléon, le 4 avril. Les Polonais rentrent chez eux, l’amnistie générale ayant été déclarée par le tsar Alexandre. »
Notes
*le tsar Alexandre : Alexandre 1er (Aleksandr Pavlovitch Romanov, 1777-1825), tsar de Russie à partir de 1801, roi de Pologne à partir de 1815
Commentaire
Le même événement (la fin de l'Empire/l’abdication de Napoléon en 1814) est ici mentionné à deux reprises comme s’il s’agissait de deux choses différentes, en tout cas avec des conséquences différentes ; de ce passage on peut déduire qu’après l’abdication de Napoléon, des Polonais sont rentrés en Pologne, en raison de l'amnistie prononcée par le tsar, tandis que d’autres sont restés en France et ceux-ci s’ils étaient dans l’armée en ont été chassés en vertu d’une mesure générale contre les militaires étrangers.

Pages 27-28-33 Les années 1815-1816 et la légion de Hohenlohe
27
« En 1815, Napoléon ne peut plus défendre la Pologne. Les Polonais qui ont refusé de rentrer, en dépit de la main tendue du tsar en 1814, sont obligés de rester en France, sous peine de se voir emprisonner en Pologne. Le tsar avait en effet décrété l’amnistie de tous les Polonais exilés en France, y compris ceux qui s’étaient opposés à lui ; mais, après les Cent Jours, la situation n’est plus la même. Ceux qui sont restés attachés à Napoléon et qui se sont battus jusqu'à la fin ne bénéficient plus des mêmes largesses. Ils sont contraints de rester en France, dans des conditions assez misérables, rejetés par le gouvernement de la Restauration et les autorités des puissances copartageantes. »
Commentaire
*En 1815, Napoléon ne peut plus défendre la Pologne : phrase oiseuse (il ne peut même plus défendre la France !) ; le duché de Varsovie est occupé dès la fin de 1812 !

28
« En France, aux yeux de la nouvelle classe politique, les Polonais ayant servi avec enthousiasme l’Empereur sont devenus de dangereux bonapartistes*. Sans emploi et livrés à eux-mêmes, ils sont considérés comme une véritable nuisance, surtout en raison de leur pauvreté. Ces anciens militaires posent en effet de nombreuses difficultés. Le gouvernement de Louis XVIII décide alors d’absorber les vestiges de la Grande Armée dans la légion royale, qui comprend trois bataillons et représente une force de 1463 hommes. Les troupes polonaises, appartenant de droit au tsar Alexandre 1er depuis le traité de Paris*, doivent rentrer chez elles. La plupart refusent. Le 1er janvier 1816, les débris de l’armée polonaise sont intégrés dans une nouvelle légion, ancêtre de la Légion étrangère*, qui prendra le nom de « légion de Hohenlohe ».
Notes
*traité de Paris (30 mai 1814) : après l'abdication de Napoléon, il ramène le territoire de la France aux frontières du 1° janvier 1792
*Légion étrangère : créée en 1831. Voir la page Les Polonais et la Légion étrangère au XIXème siècle.
Commentaires
*sont devenus de dangereux bonapartistes : pourquoi « devenus » ? Ils sont de dangereux bonapartistes aux yeux des adversaires de Napoléon !
*absorber les vestiges de la Grande Armée dans la légion royale, qui comprend trois bataillons et représente une force de 1463 hommes : énoncé pas clair du tout …

33
« Il ne reste qu’une solution pour rester au service de la France : s’intégrer dans la légion de Hohenlohe, qui accepte les soldats étrangers. Envoyés en Corse, les Polonais sont contraints de subir une vie de garnison particulièrement pénible […]. La Légion est finalement dissoute en 1821 ; elle sera à l’origine de la Légion étrangère. »
Commentaire
On peut constater que l’auteur donne page 27 des éléments (sur l’amnistie de 1814) qu’il aurait mieux valu exposer page 24.
Si on considère les trois passages, on constate que des gens qui, page 27, sont (en juin 1815) « rejetés par le gouvernement de la Restauration et les autorités des puissances copartageantes », « sans emploi et livrés à eux-mêmes » (page 28), se trouvent dès le 1er janvier 1816 réintégrés dans un corps militaire alors même que, devant rentrer en Pologne, ils ont refusé de le faire.


Pages 36-37 La Grande Emigration et Chopin
« C’est le moment de la Grande Emigration. 10 000 Polonais, […] /// décident de rejoindre la France, où les autorités administratives tentent de canaliser cette nouvelle vague de leur mieux. Frédéric Chopin arrive à Paris avec ce groupe. En réalité, il était absent de Varsovie au moment de l’insurrection, ce qui ne l’empêche pas de faire acte de solidarité avec les insurgés, en refusant de se présenter aux autorités russes qui obligent les Polonais à se faire connaître. Il ne pourra jamais revenir en Pologne. »
Commentaire
Si on rétablit la chronologie, Chopin arrive en septembre 1831, avant les premiers réfugiés (fin octobre) et nettement avant la masse des réfugiés (1832) ; l’épisode évoqué (« en refusant de se présenter aux autorités russes ») date en revanche de 1834, Chopin a exprimé sa solidarité bien avant (notamment en adhérant à la Société littéraire polonaise dès la fondation en 1832).


Pages 41 Civils et militaires
« [En 1831] Près de 48 000 militaires des armées insurrectionnelles passent les frontières entre le 13 juillet et le 5 octobre 1831. Rapidement amnistiés, ils réintègrent la Pologne et leurs unités quelques mois plus tard. Pour les insurgés civils, la situation semble un peu plus précaire. »
Commentaire
Ce passage (page 41) évoque des événements des mois de juillet-septembre 1831, antérieurs à ceux (octobre 1831-mars 1832) évoqués page 36.
L'auteur établit par ailleurs une division peu pertinente entre « militaires » et « civils » : tous les militaires n’ont pas été amnistiés, et tous les amnistiés militaires ne sont pas rentrés en Pologne : la majorité des réfugiés venus en France (plusieurs milliers) étaient des militaires.


Pages 41-42 Les dépôts pour réfugiés polonais
« [Franchissant] la  frontière française en longues colonnes, entre le mois de janvier et le mois de mars 1832, les émigrés polonais parviennent à se faire accueillir. Cependant, les dépôts aménagés pour eux ne sont pas nombreux. Il n’en existe qu’un à Châteauroux dans un premier temps. Les autres hébergent essentiellement des militaires qui sont répartis entre Avignon et Besançon. »
Commentaire
Enoncé peu cohérent, puisqu’il établit maintenant une division entre « les émigrés polonais » et « les militaires » ; il serait plus simple de dire qu’il y a au départ trois dépôts, deux pour les militaires et un pour les civils. Mais l’auteur confond les uns et les autres : ce ne sont pas les civils qui franchissent « la  frontière française en longues colonnes », mais les militaires. Voir la page Les réfugiés polonais en France : lieux de résidence.


Page 47 le rôle d’Adam Czartoryski
« Le groupe le plus actif a établi son quartier général à l’hôtel Lambert, acheté  par le prince Adam Czartoryski*, chef de file de la mouvance conservatrice de cette émigration. Cet homme étonnant avait cru pouvoir, dans un premier temps, nouer des relations d’intérêt commun avec les Russes. Bien qu’opposé à l’insurrection polonaise, il avait décidé de présider le gouvernement pour le modérer, imaginant une Pologne fédérée avec la Russie et jouissant de droits particuliers. Ses attentes sont vaines et sa désillusion lui fait choisir l’exil et l’action militante*.
Une fois installé à Paris, il veut assurer la représentation diplomatique d’une nation en exil, en guettant les opportunités de la politique internationale. Il tente ainsi de déclencher une insurrection lors de la guerre de Crimée*. En rapport avec d’autres pays susceptibles de devenir de précieux alliés, il prend des contacts en Europe, notamment avec la Hongrie*. Mais les résultats se font attendre*. En plus de l’activité diplomatique du prince, l’hôtel Lambert est le lieu où l’action culturelle s’organise en faveur des Polonais. En créant la Société littéraire, la Société historique*, l’Ecole polonaise* et en fondant de nombreuses bourses. Adam Czartoryski se place dans un mouvement romantique qui met en valeur la culture pour mieux représenter la nation. »
Notes
*l’hôtel Lambert, acheté par le prince Adam Czartoryski : l’achat de l’hôtel Lambert n’a lieu qu’en 1843 ; la formule « l’hôtel Lambert » désigne aussi le mouvement politique autour d'Adam Czartoryski
*Adam Czartoryski Adam Jerzy Czartoryski (1770-1861), un des principaux hommes politiques de l'insurrection de 1830-1831, puis de l'émigration, en tant que leader de l'aile conservatrice. Voir la page Notices biographiques.
*sa désillusion lui fait choisir l’exil et l’action militante : litote ; Czartoryski fait partie des condamnés à mort par contumace ; il n’avait pas vraiment le « choix » après la défaite de l’insurrection
*il tente ainsi de déclencher une insurrection lors de la guerre de Crimée : celle-ci a lieu en 1855, dans une situation géopolitique sans rapport avec celle de 1831
*des contacts en Europe, notamment avec la Hongrie : il s’agit de contacts avec les nationalistes hongrois qui à l’époque ne détiennent aucun pouvoir, la Hongrie faisant partie de l’Empire d’Autriche qui n’est pas encore fédéralisé
*mais les résultats se font attendre : phrase oiseuse
*en créant la Société littéraire, la Société historique : l’auteur revient ici à l’année 1832
*l’Ecole polonaise : s’il s’agit de l’ « Ecole des Batignolles » (dont les prodromes datent de 1842), mais Czartoryski ne semble pas avoir joué de rôle notable dans sa fondation, la personnalité principale dans cette affaire étant le général Dwernicki (Józef Dwernicki h. Sas, 1779-1857)
Commentaire
L’auteur « analyse » l’action de Czartoryski en faisant abstraction de la chronologie (on pourrait parler de l’aplatissement chronologique de quelque trois décennies) : l’ « hôtel Lambert » n’est une réalité que dans les années 1840, la guerre de Crimée date des années 1850 ; le cas d’Adam Czartoryski est beaucoup trop complexe pour être traité en un peu plus de dix lignes ! Surtout que celles-ci intègrent quelques erreurs (pas graves en elles-mêmes, bien entendu).


Pages 47-48 Les contacts extérieurs des réfugiés polonais
« L’émigration polonaise est considérée comme un prolongement de l’insurrection en raison /// de son caractère politique très affirmé et de ses réseaux de résistance. Durant les années d’exil, les représentants de la lutte pour la démocratie s’organisent et comptent sur le réseau des carbonari italiens* pour créer une collaboration transeuropéennne et aboutir à leurs fins. Mais la collaboration avec les républicains français ne donne pas les résultats escomptés, le mouvement politique et patriotique s’essoufflant quelque peu au cours des deux premières années. L’activité diplomatique menée par Adam Czartoryski et par les démocrates n’est que de peu de poids. Le gouvernement national insurrectionnel du général Kniaziewicz* et du comte Plater*, représenté par la Légation polonaise de Paris, ne peut aboutir. La Légation disparaît après que ses membres ont déposé un mémoire blâmant l’inactivité du gouvernement, sur le bureau de Sébastiani. Pourtant, des relations étroites entre les patriotes émigrés, la presse et le gouvernement permettaient une activité semi-officielle de la Légation. Mais ce problème trop épineux, mettant en œuvre trop de gouvernements et de chancelleries, ne peut se résoudre aussi facilement, en dépit des efforts des émigrés installés à Paris. »
Notes
*ils comptent sur le réseau des carbonari italiens : en ce qui concerne les Polonais en France, il y a eu pour certains des relations avec le mouvement de Mazzini, « Jeune Europe » (plutôt qu’avec les carbonari, qui sont plutôt des années 1820),
*le gouvernement national insurrectionnel du général Kniaziewicz et du comte Plater, représenté par la Légation polonaise de Paris : Kniaziewicz et Plater sont les deux principaux membres de la Légation à Paris, représentant le gouvernement insurrectionnel de Varsovie ; erreur typographique ?
*Kniaziewicz Charles Kniaziewicz (Karol Kniaziewicz, 1762-1842)
*PlaterLouis Plater (Ludwik Plater, 1775-1846)
Commentaire
Comment un lecteur ne connaissant pas trop le sujet pourrait-il s’y retrouver dans cette avalanche d’informations données d'une façon aussi elliptique (« réseaux de résistance », « réseau des carbonari », « collaboration transeuropéenne », « collaboration avec les républicains français », « problème trop épineux ») ? Et, de plus, dans le cadre d’une chronologie floue : l’auteur évoque d’abord des faits des années 1830 avant de parler (mal) de faits de la période de l’insurrection.


48-49 Lelewel et Mochnacki
« Un autre* mouvement, plus virulent, s’oppose à ces actions trop conservatrices. Le camp des démocrates est organisé par Joachim Lelewel (1768-1861). Historien de renom en Pologne, [… /// …] il est épaulé dans son travail de résistant à la Russie par Maurice Mochnacki (1804-1834), théoricien spécialisé du romantisme littéraire. Selon lui*, la littérature nationale doit être un instrument de lutte. Il développe des théories qui seront mises en application par la suite*, justifiant une dictature pour le bien de la nation. Le retour des romantiques aux idées des penseurs de l’Antiquité et la situation de la Pologne peuvent expliquer le recours aux méthodes extrêmes. La dictature peut être acceptée à partir du moment où elle devient un instrument de lutte contre le despotisme. »
Notes
*autre : par rapport à celui de Czartoryski, dont l’auteur ne parle plus depuis une bonne page
*selon lui : on peut supposer qu’il s’agit de Lelewel, et non pas de Mochnacki
*par la suite : la référence (relative) n’est pas très claire non plus
Commentaire
La confusion porte ici sur les théories de Mochnacki et de Lelewel, dont ni le contenu ni l’impact ne sont présentés de façon satisfaisante, faute d’un ancrage chronologique clair.


53-56 Polonophilie et répression antipolonaise
« En novembre 1832, /// Louis-Adolphe Thiers* oblige les membres du Comité national polonais à quitter Paris et à s’installer en province, en dehors des grandes villes. Ce Comité est décapité. Le gouvernement a montré sa bonne volonté au gouvernement russe.
Quant à la Société démocratique polonaise, elle subit de plein fouet, et de manière plus brutale encore, la répression du gouvernement de Thiers. […] Quinze membres de la section des Batignolles sont emprisonnés. La Société survit tant bien que mal, les emprisonnés sont libérés en 1835 et la Société reste sous la surveillance vigilante de la police. Si Lelewel […] est expulsé, il doit à de nombreux Français de retarder son expulsion et rend visite aux villes du Nord qui l’accueillent avec chaleur. Il quitte la France le 12 septembre 1832*. Un /// vaste mouvement polonophile se développe dans toute la France pendant cette période et les grands journaux se font l’écho de l’insurrection polonaise*.
Les leaders politiques de l’émigration passent à l’action et publient le Manifeste du peuple polonais*. A cette occasion, le général La Fayette* […] s’exclame en voulant soutenir les émigrés : « Toute la France est polonaise ! » Un comité de soutien est organisé* et installe ses représentants sur tout le territoire français. La Fayette tente de faire passer un projet qui est débouté par le bureau des Chambres*. Ce projet permettrait de laisser les Polonais s’installer en toute liberté en France et de leur accorder la nationalité française dans le cas où ils en feraient la demande. […]
Des émeutes à Paris marquent la victoire de Grochow*. Les victoires polonaises sont fêtées à Saint-Denis […] De grands noms se mobilisent : Victor Hugo*, Émile Deschamps*. Auguste Barthélémy* signe des poèmes aux titres évocateurs et vengeurs. […] La cause entre au Parlement, où elle est discutée âprement. Gérard de Nerval* lance « En avant », tandis qu’Alfred de Musset*, plus sceptique, résiste à l’appel des sirènes polonaises et tranche sur l’idéalisme en composant un poème cynique.
Jusqu’au jour, ô Pologne ! où tu nous montreras
Quelque désastre affreux, comme ceux de la Grèce,
Quelque Missolonghi* d’une nouvelle espèce,
Quoi que tu puisses faire, on ne te croira pas.
Battez-vous et mourez, braves gens. – L’heure arrive.
Battez-vous ; la pitié de l’Europe est tardive ;
Il lui faut des levains qui ne soient point usés.
Battez-vous et mourez, car nous sommes blasés ! »
(A la Pologne, Poésies posthumes, 1831)
Notes
*Louis Adolphe Thiers (1797-1877), député de 1830 à 1851 ; ministre de l’Intérieur d’octobre à décembre 1832 (gouvernement Soult) ; ministre des Travaux publics de janvier 1833 à avril 1834 (idem) ; ministre de l’Intérieur d'avril à juillet 1834 (idem) ; de juillet à novembre 1834 (gouvernement Gérard) ; de novembre 1834 à mars 1835 (gouvernement Mortier) ; de mars 1835 à février 1836 (gouvernement de Broglie) ; ministre des Affaires étrangères de février à septembre 1836 (gouvernement présidé par lui-mêm)
*[Lelewel] quitte la France le 12 septembre 1832 : en fait, en septembre 1833 (erreur typographique)
*les grands journaux se font l’écho de l’insurrection polonaise : l’auteur se réfère ici à la période novembre 1830-septembre 1831
*le Manifeste du peuple polonais (Manifest Ludu Polskiego) : il date du 20 décembre 1830 et est lancé par la Diète du Royaume de Pologne (voir lien) ; un autre Manifeste du peuple polonais date de 1835 mais il émane du groupe résidant à Portsmouth (lien)
*un comité de soutien est organisé : le « Comité La Fayette » est créé en janvier 1831
*La Fayette tente de faire passer un projet qui est débouté par le bureau des Chambres : en décembre 1831
*La Fayette : Gilbert du Motier, marquis de Lafayette (1757-1834)
*la victoire de Grochow : 25 février 1831
*Victor Hugo (1802-1885)
*Émile Deschamps (1791-1871), poète
*Auguste Barthélémy (1796-1867), poète
*Gérard de Nerval (1808-1855)
*Alfred de Musset (1810-1857)
*Missolonghi : ville grecque située à l'entrée nord du golfe de Corinthe, assiégée à plusieurs reprises par les Turcs au cours de la guerre d'indépendance grecque (1821-1829) ; lieu de la mort de Lord Byron en 1824 ; un des symboles de l'héroïsme grec aux yeux des Européens de l'époque
Commentaire
On nage dans la plus grande confusion chronologique et conceptuelle.
L’auteur évoque le cas du CNP, puis de la SDLP, revient au CNP avec l’expulsion de Lelewel, puis à la période de l’insurrection avec le grand mouvement polonophile de 1831 ; le Manifeste date de janvier 1831 ainsi que le comité mis en place par La Fayette ; le projet La Fayette se place en décembre 1831 ; retour ensuite à l’insurrection elle-même avec les manifestations lors des victoires polonaises.
Quant au poème de Musset, il ne s’agit pas d’un texte « cynique », mais d’un texte qui dénonce une certaine attitude des Occidentaux (du moins de certains Occidentaux), qui ne se montrent émus que par les grands malheurs. Il s’agit en fait de vers qui manifestent indirectement mais assez clairement le soutien de l’auteur à la Pologne


56-59 Les rébellions de réfugiés polonais
« Les Polonais émigrés et notamment les militaires provoquent des troubles majeurs. Les émeutes qui dégénèrent* montrent la résistance qu’ils opposent au gouvernement français. L’émeute de Bergerac en Périgord* est particulièrement mal perçue, puisque des Polonais /// tournent leurs armes contre les Français qui les accueillent. Le gouvernement, devant ces manifestations qu’il estime dangereuses pour l’ordre public*, installe les Polonais assez loin de la capitale* et autorise les déplacements mais uniquement par petits groupes. Le dépôt de Besançon est fermé* parce que les Polonais s’agitent et veulent aller prêter main-forte aux insurgés de Francfort*. Trois cent quatre-vingts Polonais en armes lâchés dans la nature, bonapartistes et insurgés, peuvent faire peur au gouvernement français. De plus, ils sont rejoints dans leur lutte par les Polonais de la région ; certains viennent de Suisse, de Salin*, de Dijon, de Luxeuil et de Vesoul. Décidément, ces Polonais donnent du fil à retordre. Il faut donc les canaliser et 136 dépôts sont aménagés pour les recevoir par petits groupes. Les dépôts du sud de la France sont à leur tour supprimés. La marche polonaise solidaire des habitants de Francfort sera arrêtée en Suisse. Après cette tentative avortée, la France interdira l’entrée du territoire à ces Polonais trop remuants. Les conséquences sont désastreuses pour les émigrés. Les Polonais conduits par Zaliwski*, entrés en France sans autorisation, sont expulsés et leurs soldes supprimées*.
Adam Czartoryski est contraint de créer un comité de surveillance de l’émigration polonaise*. Les voyageurs de nationalité polonaise, qui viennent en France sans en avoir demandé l’autorisation, sont emprisonnés pour un an, en vertu de la loi du 1er mai 1834 qui menace les émigrés impliqués* n’ayant pas encore /// [page 58 : portrait de Czartoryski] /// quitté la France. En 1839, les Polonais sont sommés de prouver qu’ils résident en France depuis cinq ans, ou qu’ils ont été au service des armées françaises. Ils ne sont pas épargnés par les tracasseries administratives. Pour changer de domicile, ils doivent en avertir le préfet et justifier d’une conduite irréprochable. Il faut attendre 1840 pour que la surveillance à l’égard des Polonais s’adoucisse. »
Notes
*les émeutes qui dégénèrent : au total, il ne semble pas qu’il y ait eu un grand nombre d’« émeutes » de la part des réfugiés polonais ; il s’agit plutôt d’une certaine insoumission
*l’émeute de Bergerac en Périgord : elle date au plus tôt de mai 1833 (elle est évoquée à l’Assemblée le 29 mai 1833 (p. 397) ; le dépôt de Bergerac est formé en mai 1833 à partir de réfugiés du dépôt de Besançon
*manifestations qu’il [le gouvernement] estime dangereuses pour l’ordre public : phrase oiseuse, si des armes ont été utilisées à Bergerac (ce point précis reste à vérifier)
*le gouvernement installe les Polonais assez loin de la capitale : cette politique est adoptée dès le début de 1832 (gouvernement Périer) et cautionnée par la loi du 21 avril 1832 et n’est donc pas liée aux manifestations de 1833
*le dépôt de Besançon est fermé : la fermeture intervient en mai 1833
*insurgés de Francfort : l’insurrection de Francfort (Frankfurter Wachensturm) date du 3 avril 1833
*Salin : il s’agit en fait de Salins-les-Bains (Doubs)
*136 dépôts sont aménagés pour les recevoir par petits groupes. Les dépôts du sud de la France sont à leur tour supprimés : selon Owsinska, les 136 dépôts nouveaux sont formés pour remplacer ceux du « sud de la France » (principalement Avignon)
*les Polonais conduits par Zaliwski, entrés [rentrés] en France sans autorisation, sont expulsés et leurs soldes supprimées : l’expédition de Zaliwski date de la fin mars 1833 (à partir du 19) et n’a aucun rapport avec l’affaire de Francfort ; elle n’implique que quelques personnes se rendant en Pologne pour essayer de soulever le pays ; Zaliwski est arrêté par les Autrichiens. Les Polonais évoqués par cette phrase ne sont pas ceux dirigés par Zaliwski. Voir la page L'expédition de Zaliwski (1833).
*Zaliwski : Joseph Zaliwski (Józef Zaliwski, 1797-1855)
*comité de surveillance de l’émigration polonaise : selon Owsinska, le comité est formé par le gouvernement, Czartoryski ne semble pas jouer de rôle à ce niveau
*les voyageurs de nationalité polonaise, qui viennent en France sans en avoir demandé l’autorisation, sont emprisonnés pour un an : la loi du 1er mai 1834 ne concerne nullement les « voyageurs de nationalité polonaise », mais les « étrangers réfugiés », polonais ou d’autres nationalités.
*impliqués : sans doute mis à la place de « expulsés »
Commentaire
De nouveau, on a affaire à des informations peu claires et non datées, présentées sans respecter l’ordre chronologique.
L’interprétation des mesures de 1839 comme « répressives » est inadéquate : l’auteur ne semble pas savoir qu’on passe alors d’un contrôle par le gouvernement (le ministère de l’Intérieur) à un contrôle par les préfets, ce qui est le droit commun dans la France de l’époque en matière de déplacements, y compris pour les Français. La date de 1840 ne correspond à rien : l’ « adoucissement » résulte de la loi de 1839 !

Par ailleurs, ce passage semble démarquer le texte d’Anna Owsinska « La politique du gouvernement français vis-à-vis des Polonais et de la question polonaise 1832-1835 » (pages 115-129 du livre de Daniel Beauvois, Pologne L’insurrection de 1830-1831 Sa réception en Europe, Lille, 1982)

Page 123, on trouve en effet les énoncés suivants :
« En 1832, déjà, on avait accusé les Polonais d’avoir pris part au mouvement républicain durant l’enterrement du général Lamarque* et, bien que l’enquête n’eût pas confirmé les soupçons, le mécontentement et l’inquiétude des sphères gouvernementales augmenta également du fait de la collaboration de la gauche de l’émigration polonaise avec le mouvement révolutionnaire démocrate allemand et la participation de délégués de la Société démocratique polonaise et du Comité national polonais à la fête nationale allemande qui se tint à Hambach*, en mai 1832. Ces craintes redoublèrent après l’échec de la tentative d’insurrection à Francfort sur le Main et l’expédition de Zaliwski. L’opinion publique française et les milieux gouvernementaux furent bouleversés à la nouvelle de la marche de 400 officiers partis du dépôt de Besançon et d’autres vers la Suisse pour, de là, se rendre en Allemagne et prendre part à la révolution espérée. Le gouvernement d’Orléans jugea à ce moment qu’il fallait avant tout affaiblir l’émigration militaire […] Les dépôts situés dans le sud de la France furent supprimés et dispersés en groupes plus petits, formant 136 petits dépôts, localisés surtout dans les départements du nord de la France. On interdit le retour des officiers partis en Suisse et ceux qui étaient revenus sans autorisation ne reçurent plus de solde. En 1834, toutefois, sur l’intervention d’Adam Czartoryski, on autorisa le retour d’un petit nombre d’officiers. On créa par ailleurs un comité spécial pour la surveillance de l’émigration polonaise. »
Notes
*général LamarqueJean Maximilien Lamarque (1770-1832), général d’Empire, libéral marqué sous la Restauration et au début de la Monarchie de Juillet ; membre du Comité central en faveur des Polonais (1831) ; ses obsèques en juin 1832 sont à l’origine d’une insurrection républicaine 
*Hambach : Hambach an der Weinstrasse (Rhénanie-Palatinat), près de Mannheim ; la fête a lieu du 27 au 30 mai au château de Hambach

Lydia Scher-Zembitska a effectué un certain nombre de modifications pour éviter le plagiat, mais est tombée dans des défauts plus graves.


Conclusion
Le but de l’ouvrage est évidemment didactique : il s’agit de synthétiser les données existant sur le sujet dans un espace assez restreint.
Les passages ci-dessus montrent que Lydia Scher-Zembitska n’a absolument pas atteint ce but : le livre contient pas mal d’erreurs, néglige la chronologie, introduit sans explication des notions inutiles dans un ouvrage de ce type, omet d’expliquer des données importantes ; on remarque aussi un certain nombre de phrases que j’ai qualifiées comme  « oiseuses », qui ne signifient pas grand-chose, mais sont destinées à masquer une lacune dans l’information ou dans le raisonnement, ou tout simplement à tirer à la ligne (« Décidément, ces Polonais donnent du fil à retordre », p. 57), ce qui est un comble quand la place est comptée !
Personnellement, je ne comprends pas comment un texte aussi peu travaillé (disons, travaillé à 60 %) a pu passer le barrage de l’édition ! 




Création : 21 juillet 2015
Mise à jour : 19 septembre 2016
Révision : 8 septembre 2016
































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