mardi 21 juillet 2015

202 Lydia Scher-Zembitska 1 : quelques erreurs

Quelques informations sur le livre de Lydia Scher-Zembitska, Les Polonais en France au XIX° siècle (2009) : quelques erreurs


Classement : histoire des relations franco-polonaises ; historiographie





Ceci est une suite de la page A propos du livre de Lydia Scher-Zembitska : les Polonais en France au XIX° siècle, dans laquelle je présente l’ouvrage ; je donne ci-dessous quelques exemples des défauts que j’ai signalés, en commençant par un certain nombre d’erreurs plus ou moins caractérisées.


Quelques exemples d’erreurs

Page 7 « l’Empire russe de Constantin »
« Après le congrès de Vienne en 1815 […] on retrouve les Polonais en Italie comme carbonari, en France comme agents bonapartistes et en Pologne comme résistants à l’Empire russe de Constantin. »
Commentaire
Cette formule ne correspond à pas grand chose. Le grand-duc Constantin*, frère du tsar Alexandre 1er*, était son successeur présumé, mais il a refusé la succession et obligé son cadet Nicolas* à la prendre ; de 1815 à 1830, Constantin est placé à la tête de l’armée du royaume de Pologne.
Notes
*le grand-duc Constantin (Konstantin Pavlovitch Romanov, 1779-1831), second fils du tsar Paul 1er, renonce au trône après la mort d’Alexandre 1er (1825), laissant la place à son frère Nicolas ; commandant de l’armée du royaume de Pologne de 1815 à 1830 (« chef de l’armée du royaume de Pologne » de 1815 à 1830, il n’est pas « vice-roi », charge confiée au général Zajonczek jusqu'à sa mort en 1826, non pourvue par la suite), évincé par l’insurrection de 1830 ; meurt en juin 1831 à Vitebsk
*Alexandre 1er (Aleksandr Pavlovitch Romanov, 1777-1825), tsar de Russie à partir de 1801, roi de Pologne à partir de 1815
*Nicolas : Nicolas 1er (Nicolaï Pavlovitch Romanov, 1796-1855) : tsar de Russie et roi de Pologne après la mort de son frère Alexandre 1er en 1825

Page 21 Encart « Le duché de Varsovie »
« Après la dissolution de la quatrième coalition et le traité de Tilsitt de 1807, Napoléon inclut les terres polonaises annexées par la Prusse à l’exception de Dantzig et du Cercle de Byalistok [Bialystok], qui s’est effondré[e] devant les victoires de la France. En 1809, ce petit territoire s’augmente de la Galicie occidentale, de Lublin et de Cracovie. Frédéric-Auguste de Saxe* est le souverain. Le Code civil est introduit en 1810, son armée compte 100 000 hommes en 1812 et participera à la campagne de Russie et à la campagne de France de 1814. En 1815, ce territoire passera sous domination russe. »
Commentaire
Pourquoi « en 1810 » ? Sans doute parce qu’il s’agit d’un chiffre rond. En réalité, le Code civil est « introduit » par la constitution du duché de Varsovie (du 22 juillet 1807) et mis en vigueur le 1er mai 1808, comme le signale Louis Lubliner (Concordance…. p. IX :
«  [Après la création du duché de Varsovie en 1807], un décret royal du 27 janvier 1808 ordonna la mise en vigueur du Code Napoléon dans ces six départements [les six du duché primitif, ancienne province prussienne : Varsovie, Posen, Kalisch, Bydgoszcz, Plock et Lomza] à partir du 1° mai 1808. […] Les actes d’état civil ont été régis par les dispositions du Code civil français depuis le 4 mai 1808 […] L’institution des fonctionnaires spéciaux pour la rédaction et la conservation des actes de l’état civil eu lieu le 5 mai 1808. Mais, […], le législateur polonais a cru prudent d’investir également les curés de la qualité de fonctionnaires civils chargés de rédiger les actes de l’état civil »
Que le Code civil ait été introduit avant 1810 est aussi attesté par l’exemplaire disponible à la Bibliothèque polonaise de Paris (cote 6113), qui évoque des modifications introduites lors de la Diète de 1809 (cf. page Le Code civil polonais de 1808).
Notes 
*Frédéric-Auguste de Saxe : Frédéric-Auguste III le Juste (1750-1827), électeur (1763-1806) puis roi de Saxe (1806-1827), duc de Varsovie de 1807 à 1815 sous le nom de Frédéric-Auguste Ier.

Page 35 « Pologne du Congrès »
« Depuis 1815, l’ancien duché de Varsovie rebaptisé « la Pologne du congrès » est sous domination russe. »
Commentaire
L’expression « Pologne du congrès » est certes utilisée en français comme dans d'autres langues, notamment le polonais (Królestwo Kongresowe, Kongresówka), mais ce n’est pas une dénomination officielle.
Le traité de Vienne indique que « Le Duché de Varsovie, [sauf telles exceptions], est réuni à l'Empire de Russie. Il y sera lié irrévocablement par sa constitution, pour être possédé par S. M. l'Empereur de toutes les Russies, ses héritiers et ses successeurs à perpétuité. S. M. I. se réserve, de donner à cet État, jouissant d'une administration distincte, l'extension intérieure qu'elle jugera convenable. Elle prendra, avec ses autres titres, celui de Czar, Roi de Pologne, conformément au protocole usité et consacré pour les titres attachés à ses autres possessions. ».
Le traité ne « nomme » donc que le « roi de Pologne » ; par la suite, la dénomination officielle du territoire est « royaume de Pologne », comme l’atteste Nicolas* 1er lui-même en 1832 :  
« My, [...], przepisaliśmy i postanowiliśmy przez osobny w dniu dzisieyszym, nayłaskawiéy nadany Statut Organiczny wprowadzić w Nasze Królestwo Polskie nowy kształt i porządek Rządu »
Traduction
« Nous avons résolu et ordonné […] par un Statut Organique publié ce jour, d'introduire dans Notre Royaume de Pologne une nouvelle forme et un nouvel ordre de Gouvernement  »
L’expression « royaume du Congrès » est en fait utilisé principalement par l’historiographie à des fins pédagogiques, afin de distinguer le royaume de Pologne d’après 1815 de celui d’avant 1795.
Notes
*Nicolas 1er (Nicolaï Pavlovitch Romanov, 1796-1855) : tsar de Russie et roi de Pologne après la mort de son frère Alexandre 1er en 1825

Page 38 « province russe », « russification forcenée »
« Les conséquences de cette insurrection [1830-1831] sont désastreuses pour la Pologne. L’autonomie est supprimée et le pays a désormais un statut de province russe, ce qui permet de justifier une russification forcenée. »
Commentaires
A partir de 1832, le royaume de Pologne perd sa Diète et son armée, donc une grande part de son autonomie, mais on ne peut pas dire qu’il « a désormais un statut de province russe », puisqu’il conserve de jure un statut de « royaume de Pologne » (Statut organique du Royaume de Pologne du 26 février 1832, cf. supra) ni même qu’il serait de facto réduit au rang d’une province russe, puisqu’il conserve ses ministères ; ce n’est que dans les années 1860 que les ministères polonais seront supprimés.
Quant à la russification, le terme de « forcené » paraît excessif, en tout cas trop vague pour avoir un grand intérêt. Sous réserve de vérification, il y a ici une confusion entre ce qui se passe dans les provinces polonaises annexées par la Russie entre 1772 et 1795, donc considérées comme intégrées à l'empire, et ce qui se passe dans le royaume de Pologne, formé à partir de provinces polonaises d'abord annexées par la Prusse et l’Autriche, et régi par un statut particulier.


Page 53 « K. M. Zaba »
« Les historiens L. Chodzko* et K. M. Zaba* font la une de certains journaux antigouvernementaux qui font référence aux anciens services rendus par les Polonais à l’Empire. »
Notes
*Léonard Chodzko (Leonard Chodźko, 1800-1871), historien ; né à Oszmiana, dans la région de Vilnius (actuelle Ashmiany en Biélorussie) ; études de lettres à l’université de Wilno (élève de Lelewel) ; secrétaire du prince Oginski, voyages en Europe ; installé à Paris en 1826 ; travaille comme bibliothécaire ; aide de camp de Lafayette durant les Trois Glorieuses ; membre du Comité central en faveur des Polonais (1831) ; membre de la Société Littéraire des Polonais réfugiés (1831) ; membre du conseil du Comité national polonais (1831) ; secrétaire de la Société Lithuanienne et des Terres Russiennes (1831) ; démissionne du Comité national polonais en 1846 ; auteur de plusieurs ouvrages historiques ; mort à Poitiers [notice Wikipédia]
*K. M. Zaba : il s’agit en fait de Napoléon Félix Zaba (Napoleon Feliks Żaba, 1803-1885) ; les initiales « K. M. » ne correspondent à rien


Page 54 Encart « Une souscription est lancée »
« Français, le sang polonais crie !
Pour vous il doit être écouté
Donnez, donnez au nom de Varsovie
Une obole à la liberté. »
Arras, le 23 janvier 1832
Après le refus de Sébastiani* d’intervenir en Pologne, cet appel qui devait être un secours en armes et en soldats devient un appel à la solidarité avec les Polonais. »
Notes
*Sébastiani : Horace Sébastiani (1772-1851), officier ; ministre des Affaires étrangères de novembre 1830 à octobre 1832
Commentaire
Cet appel ne peut dater que de 1831, au cours de l’insurrection ; il s’agit peut-être d’une erreur typographique, mais tout de même… Sur ce sujet (l’insurrection polonaise de 1830-1831), l’unité chronologique est de l’ordre du mois, une erreur d’une année est au-delà de la « tolérance ».


Conclusion
Tout cela ne tirerait pas à conséquence si le reste était parfaitement clair ; ce n’est malheureusement pas le cas, l’ouvrage de Lydia Scher-Zembitska est souvent confus, comme je le montre sur une autre page.




Création : 21 juillet 2015
Mise à jour :
Révision : 6 septembre 2016
































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