mardi 29 septembre 2015

211 Les débats parlementaires des 19 et 20 février 1833 : extraits de presse

Le débat sur la Pologne à la Chambre des députés les 19 et 20 février 1833 : quelques extraits de presse


Classement : histoire des relations franco-polonaises




Ceci est une suite des pages Le débat parlementaire du 19 février 1833 sur la situation du royaume de Pologne et  Le débat parlementaire du 20 février 1833 sur la situation du royaume de Pologne. Le périodique Souvenirs de la Pologne, source des débats, donne aussi quelques extraits de presse relatifs à ce débat (tome 1, pages 60-62), que l’on trouvera ci-dessous avec des notes.

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Extraits de presse

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Opinions des journaux

Le Courrier Français* du 20 février. – Nous avons laissé la Pologne combattre et mourir pour nous, et comme nous sommes aussi généreux qu’humains, aussi puissants que braves, nous invoquerons en sa faveur auprès de Nicolas* le Magnanime, les lois de la raison !
Du 21 février. – On a murmuré lorsque M. Guizot* s’est avisé de dire que la malheureuse Pologne était retombée dans un état à peu près semblable à celui où elle était auparavant, et qu’elle n’était pas, il y a trois ans, dans une position infiniment meilleure. Pourvu qu’ils soient logés dans de magnifiques hôtels, le reste de l’humanité est indifférent aux épicuriens de la doctrine*. Il ne restait plus à cette héroïque nation, pour dernier malheur, qu’à recevoir le coup de pied. Tant de traités rompus, tant de sang versé, tant de massacres, tant de misères, ne touchent point l’endurcissement et l’égoïsme de nos ministres. Ils trouvent que tout cela compose un état à peu près semblable, et un ensemble fort satisfaisant.
Notes
*Le Courrier Français : quotidien libéral publié de 1820 à 1851, fondé par le groupe des « doctrinaires » (Guizot, etc.) royalistes libéraux, dans l’opposition sous la Restauration, dans la majorité sous la monarchie de Juillet
*Nicolas : Nicolas 1er (1796-1855), tsar de 1825 à 1855
*Guizot François Guizot (1787-1874) : ministre de l'Intérieur (août-novembre 1830) ; ministre de l’Instruction publique (octobre 1832-février 1836)
*épicuriens de la doctrine : allusion humoristique au fait que Guizot faisait partie du groupe des « doctrinaires »,


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Le National*, du 20 février. – Les leçons ne lui manquent pas cependant, à cette Chambre, pour reconnaître combien et avec quelle rapidité elle s’éloigne et dérive des points qu’elle voulut fixer. Par deux fois elle a proclamé la nationalité polonaise, et aujourd'hui même le ministre l’avertissait avec un sentiment de honte sincère, qu’elle ferait bien de s’épargner désormais toute marque d’intérêt public pour les débris mutilés de ce peuple infortuné ; cela déplaît à Saint-Pétersbourg, et ses réclamations officieuses n’en sont que plus mal accueillies.
Notes
*Le National : journal fondé en janvier 1830 par Thiers*, dans la mouvance de Jacques Laffitte* (il existe jusqu’au coup d’Etat de 1851)
*Thiers : Adolphe Thiers (1797-1877), député de 1830 à 1851 ; ministre de l’Intérieur d’octobre à décembre 1832 (gouvernement Soult) ; ministre des Travaux publics de janvier 1833 à avril 1834 (idem) 
*Jacques Laffitte (1767-1844), banquier et homme politique ; ministre des Finances et président du Conseil de novembre 1830 à mars 1831
  
La Quotidienne*, du 21 février. – Mais MM. Lafayette et Odilon-Barrot parlent-ils de la Pologne, les ministres baissent la tête en objectant le fâcheux effet que peuvent produire de pareilles séances à Saint-Pétersbourg. M. Odilon-Barrot prouve-t-il que la Russie a regardé les traités de 1815 comme non-avenus à l’égard de la Pologne maintenant incorporée à l’empire de Russie, et somme-t-il les ministres de monter qu’en respectant les traités de 1815 ils savent aussi les [faire] respecter par les autres, les ministres baissent la tête, et répondent que la position de la Pologne n’est pas beaucoup changée, et qu’après tout elle n’a perdu que sa constitution, sa nationalité et le droit d’avoir une armée.
Notes
*La Quotidienne : journal royaliste, dirigé par Joseph-François Michaud* de 1817 à 1839
*LafayetteGilbert du Motier, marquis de Lafayette (1757-1834) : officier et homme politique de la Révolution américaine, de la Révolution française, de la Monarchie de Juillet.
*Odilon-BarrotOdilon Barrot (1791-1873), préfet de la Seine en 1830 ; député de l’Eure, du Bas-Rhin, puis de l’Aisne ; président du Conseil sous la Seconde République
*Joseph-François Michaud (1767-1839), écrivain et journaliste
  
Le Corsaire*, du 22 février. – La France a fait chorus avec le hourra d’indignation dont la chambre des Députés a salué les paroles de M. Guizot, folâtrant, papillonnant et butinant sur les cendres encore tièdes de Varsovie. Rien n’est changé, selon lui, en Pologne ; avant 1830 elle n’était pas nation, et aujourd'hui elle n’est pas nation. En ce cas ce n’était qu’une pitoyable ironie que votre phrase : « La nationalité polonaise ne périra pas. » En effet, disait M. Guizot, cette nationalité n’a pas péri, puisqu’elle n’a jamais existé. Quel compérage ! – Rien n’est changé en Pologne, dit M. Guizot. C’est très vrai ; il n’y a seulement que vingt mille familles absentes pour le moment, et qui fouillent les mines en Sibérie. Mais à cette différence près, la population  y est à peu près la même.
Notes
*Le Corsaire : journal fondé en 1823, libéral jusqu’en 1848 (mal documenté sur Internet)
  
Le Temps*, du 21 février. – Il serait bien temps aussi de mettre de côté l’éternelle objection des traités de 1815. Le droit public de l’Europe ne réside plus, comme le prétendent nos ministres, dans

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cette lettre morte. Le canon de juillet les a déchirés ; et tout ce qui s’est fait depuis cette époque n’a pu s’accomplir qu’à condition de les enfreindre. Qui les a respectés en effet, et qu’en reste-t-il aujourd'hui ? Comme limite à sa gigantesque ambition, l’on avait imposé à la Russie la nationalité de la Pologne ; le czar l’a décimée, appauvrie, exilée. La France et la Sibérie en ont reçu les débris. La constitution polonaise, le parlement, l’armée nationale, rien n’existe de toutes les garanties stipulées par les traités.
Notes
*Le Temps : journal libéral fondé en 1829 et disparu en 1842

Le journal des Débats*, du 20 février. – M. de Lafayette appelle notre commisération sur les malheurs de la Pologne d’un ton inconnu dans les clubs de Varsovie ; il demande des institutions pour les Etats de l’Eglise dans un langage vraisemblablement étranger aux loges de Bologne ou d’Ancône ; il voue au mépris le parjure et le despotisme de don Miguel* dans  des termes plus choisis que ceux dont on se sert aujourd'hui même à la cour de Lisbonne… La loi de responsabilité contre les ministres doit-elle aussi prévoir, au nombre des délits, les rigueurs d’un empereur de Russie, les hésitations du pape et le despotisme d’un prince portugais ?
Du 21 février (1). – Et la Pologne ! dit l’opposition. S’il ne s’agit que d’appeler notre commisération sur ses malheurs, ou de réveiller notre sympathie pour l’héroïsme de ses enfants, rien de plus facile sans doute ; mais enfin il faut aussi aborder de sang-froid cette douloureuse question. Nous sommes loin de nier que la situation politique de la Pologne n’ait été aggravée par sa défaite ; mais il nous est impossible de la présenter comme ayant perdu son existence nationale, et cela par une raison toute simple, c’est qu’elle n’existait comme nation indépendante que dans les textes d’une constitution inexécutée.
C’est déjà une question de savoir si l’ajournement des promesses de la Russie n’était pas une infraction au texte des traités de Vienne ; ce n’en est pas une de décider nettement que sa situation actuelle est en désaccord manifeste avec les stipulations précises des traités.

(1) Cet article mérite attention, en ce qu’il nous paraît enfermer la pensée entière du ministère, beaucoup plus explicite que ne l’aient [sic] été ses aveux donnés à la tribune.

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Mais quel intérêt l’opposition trouve-t-elle à arracher cet aveu au gouvernement ? Il y a incontestablement matière à négociation, et à négociations de la nature la plus délicate ; pour tous les esprits de bonne foi, il y a excuse, et excuse légitime pour le silence ; le silence n’implique pas inaction.  »
Notes
*Le Journal des Débats : publié de 1789 à 1944, il est à l’époque d’orientation modérément libérale
*don Miguel : Michel de Bragance (1802-1866), prétendant conservateur au trône du Portugal (voir la pagLa légion polonaise au Portugal pour l'histoire de la succession portugaise après la mort de Jean VI en 1826)




Création : 29 septembre 2015
Mise à jour :
Révision : 3 octobre 2016
































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