mercredi 9 janvier 2013

19 Autres adeptes du culte de « Chopin français »

Quelques informations sur Doan Bui et Isabelle Monnin (jounalistes) ; sur Danièle Pistone (musicologue) 


Classement : nationalité de Chopin ; Code Napoléon







Mes recherches sur la nationalité de Chopin m’ont permis de découvrir qu’il n’y a pas qu’Hysteriska et Wisniewska pour défendre l’idée que Chopin était juridiquement français, et non pas polonais (« Article 10 du Code civil ! C’est la loi ! Pas de discussion !) avec la caution d’un juriste, Emmanuel Langavant, dont j’ai étudié le site et l’article « Chopin – musicien français », quasi identiques, mais pas tout à fait. 

J’ai retrouvé cette assertion dans deux livres récents que l’on peut considérer comme sérieux dans l’ensemble : 
1) Ils sont devenus français, de Doan Bui et Isabelle Monnin, 2010*biblio
2) L’Interprétation de Chopin en France, de Danièle Pistone, 1990*biblio

Ils sont devenus français
Page 29, on trouve les énoncés suivants : 
« A partir de 1803, le Code civil décrète : « Est français l’enfant né d’un père français ». Ainsi Frédéric Chopin, bien que né en Pologne, est-il français puisque son père l'est ». 
C’est présenté sans insistance, sans référence, comme une réflexion personnelle des auteures. 

Dans ces conditions, il ne s’agit que d’une opinion, d’autant moins fiable qu’on peut déceler quelques erreurs notables sur la même page (on peut aussi remarquer que la phrase qui semble citer le Code Napoléon est une construction, elle ne s’y trouve pas textuellement, même si le sens s’y trouve). 
Les auteures nous ajoutent que : 
1) avant la Révolution, « pour peu qu’il décide de s’établir en France, [l’étranger] devient français automatiquement. » : cette affirmation ignore les « lettres de naturalité » délivrées à de nombreux étrangers du XVIème au XVIIIème siècle.
Elles sont évoquées, par exemple, dans le livre d’Alain Croix (dir.), Nantais venus d’ailleurs Histoire des étrangers à Nantes des origines à nos jours, 2007*biblio, page 26, à propos de la communauté espagnole de Nantes :  les « lettres de naturalité, source essentielle pour l’étude des étrangers jusqu’à la Révolution. Il s’agit, dans le vocabulaire de l’Ancien Régime, de l’exact équivalent de la naturalisation : le bénéficiaire obtient les mêmes droits que les autres sujets du roi. L’enjeu n’en est pas mince, au moins pour les étrangers fortunés, puisque, sauf grâce royale, les biens d’un étranger mort dans le royaume vont au roi, en vertu du droit d’aubaine. L’étranger doit en faire la demande directement au roi » [la procédure passe par la Chancellerie et le Conseil du roi]. Il n'y avait donc rien d'automatique à devenir français.

Ignorant ces éléments, elles ajoutent que : 
2) « La « qualité de Français […] est finalement plus encombrante qu’autre chose puisqu’elle vous oblige à être « conscrit », à être enrôlé dans l’armée. ».
Cette phrase se réfère à l’Ancien Régime en France, période qui ignorait la conscription (sauf à la rigueur pour les inscrits maritimes), pratiquée pour la première fois en 1793 et institutionnalisée en 1798. Du reste, pendant longtemps (jusqu’en 1889), la conscription n’a  effectivement touché qu’un petit nombre de Français, ceux qui étaient « tirés au sort ».

Le livre de Doan Bui et Isabelle Monnin est intéressant pour ses études de cas (Zola, Apollinaire, etc.), quoique le mode d’exposition soit un peu trop journalistique*. En revanche, ces deux exemples (il y en a d’autres) montrent qu’elles ne sont pas des autorités en matière d’histoire du droit de la nationalité. 

L’Interprétation de Chopin en  France
Danièle Pistone est professeur d'histoire de la musique à l'université Paris 4.
Page 7 de l’ouvrage, dans un texte introductif, on trouve sous sa plume  les phrases suivantes : 
« [...] les rapports de Chopin avec la France sont déjà bien connus, tant à travers les épisodes de sa biographie (4) que par les hommages qui lui furent rendus après sa mort […]
(4) Si l’un de nos collègues juriste de l’Université de Lille II, le professeur Emmanuel Langavant, vient de démontrer que Chopin – selon le Code civil, par son ascendance comme par sa naissance – ne saurait être que français (« Chopin, musicien français », in Diplômées, n° 153, juin 1990), il est bien évident que [ses liens avec la Pologne ne sont pas contestables]. »

Danièle Pistone s’appuie donc sur le travail d’Emmanuel Langavant (l’article, pas le site), n'hésitant pas à qualifier son texte de « démonstration » ! Cette remarque est à la fois sans importance et malheureuse, étant donné les insuffisances de l'article en question.

Notes
* « journalistique » : utilisation de procédés supposés capables d’entretenir l’intérêt (flashbacks, notamment). Les informations sont distillées en fonction d’un récit et non pas exposées de façon systématique. Mais on finit par ne plus savoir où on en est.



Création : 9 janvier 2013
Mise à jour : 10 mars 2014
Révision : 10 mars 2014





























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