jeudi 21 mars 2013

40 Le règne de Stanislas Auguste (1764-1795)

Les circonstances historiques de l’arrivée en Pologne de Nicolas Chopin et des débuts de son séjour


Classement : questions historiques ; Pologne




Sommaire de la page
*Sources
*Le cadre international
*L’interrègne (1763-1764)
*Les débuts du règne (1764-1766)
*La crise de 1766-1767
*La Confédération de Bar (1768-1772)
*Le premier partage de la Pologne (1772)
*Après le partage (1772-1787)
*Les années 1787-1791 : réformes et révolution limitée
*Les années 1792-1795 : second et troisième partages

Sources
*DB : Daniel Beauvois, Histoire de la Pologne, Paris, Seuil, 1995
*LZ : Jerzy Lukowski et Hubert Zawadzki, Histoire de la Pologne, Paris, Perrin, 2010 ISBN 978-2-262-02888-6 (traduit de l’anglais : Cambridge University Press, 2001)

Le cadre international
Gouvernements étrangers
Prusse : 
*Frédéric II (1740-1786), 
*Frédéric-Guillaume II (1786-1797)
Russie
*Catherine II (1762-1796)
*Paul 1° (1796-1801)
Autriche 
*Marie-Thérèse (1740-1780) 
*Joseph II (1780-1790)
*Léopold II (1790-1792)
*François 1° (1792-1804)
France
*Louis XV (1715-1774)
*Louis XVI (1774-1789)
*Louis XVI-monarchie constitutionnelle (1789-1792)
*République (1792-1799)

L’interrègne (1763-1764)
Situation internationale
Le règne d’Auguste III prend fin peu après la conclusion de la guerre de Sept Ans (1756-1763). En avril 1764, la Prusse et la Russie concluent un accord par lequel la Prusse laisse le champ libre à l’influence russe en Pologne.
Politique intérieure
En 1763, la famille de Saxe n’a plus de soutien dans la noblesse polonaise qui se tourne vers un membre de la famille Poniatowski, liée à la famille Czartoryski : Stanislas Auguste Poniatowski, fils de Constance Czartoryska ; il a de bonnes relations personnelles avec Catherine II (dont il a été l’amant).
La diète de 1764 introduit quelques innovations avec la création des premiers ministères, les « Commissions » militaire et financière.
Stanislas Poniatowski est élu le 6 novembre 1764 et couronné le 24.

Les débuts du règne (1764-1766)
Les premières années sont marquées par la création de la « Commission du bon ordre » (ministère de l'Intérieur) et d'une Ecole des cadets (Szkola Rycerska), dirigée par Adam Czartoryski (Adam Kazimierz, 1734-1823, père d'Adam Georges, 1770-1861) ; on note aussi une modification du statut des Juifs (1764) et la création d’un Hôtel des monnaies à Varsovie (1766).

La crise de 1766-1767
Lors de la diète de 1766, la Prusse et la Russie indiquent leur volonté de maintenir « les libertés polonaises », c’est-à-dire notamment le liberum veto permettant à un seul membre d’entraver toute action législative, donc d’empêcher la Pologne d’être gouvernée de façon efficace.
En juin 1767, la Russie (l'ambassadeur Repnin) suscite la Confédération de Radom, dont la direction est assurée Charles Radziwill. Voltaire écrit alors, à la demande de Vorontsov, ambassadeur russe à La Haye Essai historique et critique sur les dissensions des Eglises de Pologne.
En octobre 1767, la « diète de Repnin » met fin à l’épisode en entérinant la présence de Stanislas II sur le trône, moyennant sa reconnaissance de l’hégémonie russe. Les confédérés constatent alors qu’ils ont été manipulés par la Russie.

La Confédération de Bar (1768-1772)
Un certain nombre d’entre eux forment alors la Confédération de Bar (29 février 1768) avec notamment Casimir Pulaski ; elle reçoit le soutien de la France et du pape, et bénéficie de la neutralité de l’Autriche.
Ce mouvement se heurte rapidement à un effet imprévu : une insurrection des paysans ukrainiens qui aboutit au massacre de plusieurs milliers de nobles (polonais) et doit être matée par l’armée polonaise et par l’armée russe.
En 1769, le conflit se développe au plan international avec l’entrée en guerre, à l’instigation de la France, de la Turquie contre la Russie, puis l’intervention directe de la France qui envoie quelques troupes commandées par le général Dumouriez. Un gouvernement des Confédérés (la « Généralité ») est établi en Hongrie, mais son action militaire est limitée.
Les philosophes français participent au conflit, avec, du côté des rebelles, Mably (Manifeste de la République confédérée de Pologne, 1771) et Rousseau (Considérations sur le gouvernement de Pologne et sur sa réformation projetée, 1771). En novembre 1771, une tentative d’enlèvement de Stanislas II provoque la rédaction par Voltaire de la brochure Le Tocsin des rois (janvier 1772).

Le premier partage de la Pologne (1772)
Ces événements et écrits amènent dans l’opinion publique européenne l’idée que la Pologne est ingouvernable et facilitent les menées qui aboutissent au premier partage. 
L’Autriche, ne réussissant pas à obtenir la restitution de la Silésie par la Prusse, est la première à s’emparer de territoires au sud de la Pologne.
Le traité de partage, signé le 5 août 1772, accorde :
*à l’Autriche : 83 000 km²
*à la Russie : 92 000 km²
*à la Prusse : 36 000 km² (la Prusse royale, sauf Gdansk).
La Pologne conserve tout de même 520 000 km².
Le traité est ratifié par la diète de 1773, sous la direction d’Adam Poninski.

Après le partage (1772-1787)
La modernisation du pays se poursuit tout en restant incomplète, puisqu’il faut tenir compte des limites imposées par la puissance hégémonique, la Russie.
Les agents de cette évolution sont, outre le roi, André Zamoyski, chancelier, le prince Czartoryski, Stanislas-Kostka Potocki, Ignace Potocki ; ils bénéficient d’un certain appui de l’ambassadeur russe, Stackelberg.
Les adversaires : des magnats, notamment Félix Potocki, avec l’appui du favori russe de l’époque, Potemkine.

Les marques de la modernisation
*la création de la Commission de l’Education nationale (1773), qui prend en charge les établissements précédemment tenus par les Jésuites et organise un réseau pyramidal des universités (Cracovie, Wilno) aux écoles de paroisse (celles-ci peu nombreuses) ;
*la création du Conseil permanent (1775), avec 36 membres (18 sénateurs et 18 députés), supervisant cinq départements : Diplomatie, Police, Armées, Finances et Justice (la création de ce conseil est le résultat d’une exigence russe, son but premier est de surveiller le roi, mais c’est tout de même une structure administrative centrale) ;
*le projet de Code civil d’André Zamoyski : lancé en 1776, il prévoit l’élargissement du rôle de la bourgeoisie (des non nobles riches) ; mais il est ajourné en 1778 et refusé par la diète de 1780 ;
*la Commission des Mines, créée en 1782 ;
*les améliorations apportées au système éducatif, surtout en ce qui concerne les contenus (rôle des sciences, du polonais ; nouveaux manuels).

Les années 1787-1791 : réformes et révolution limitée
Les réformateurs profitent de la situation où se trouve la Russie à partir d’août 1787, confrontée à une nouvelle guerre contre la Turquie (soutenue par l’Autriche) : ses capacités de réaction en ce qui concerne la Pologne se trouvent affaiblie, tandis que la Prusse (l’ambassadeur Lucchesini) agit pour accroître son influence et pour développer les sentiments anti-russes (un traité prusso-polonais est signé le 29 mars 1790).
La Pologne va connaître un processus révolutionnaire (avec les limites sociales qui sont les siennes), parallèlement à celui qui a lieu en France à la même époque. Un nouveau représentant français est nommé le 11 janvier 1791, Descorches, dont les efforts pour que la France soutienne la Pologne, seront cependant vains. Les Russes reprennent l’ascendant sur la Turquie au cours de l’année 1791 et concluent la paix le 9 janvier 1792 ; à partir de là, ils reviennent militairement en Pologne et après une tentative héroïque (1794), la Pologne disparaît en tant qu’Etat indépendant.

Chronologie
1788
*le 7 octobre 1788, la Diète se proclame « confédération », donc votant sans liberum veto ;
*le 20 octobre, l’armée est portée à une capacité de 100 000 hommes (chiffre qui ne sera jamais atteint) ;
* parution du livre de Jozef Pawlikowski Des serfs polonais
* Hugo Kollontaï, Lettres d’un anonyme [au maréchal de la Diète, S. Malachowski] (1788-1789)

1789
* le 19 janvier, le Conseil permanent est supprimé ; par ailleurs, la censure disparaît (Jean Potocki : Journal de la Diète ; Gazeta narodowa i obca) ;
* en mars, la diète vote le principe de l’imposition des nobles ;
* en septembre, est créée une commission constitutionnelle ;
* le 25 novembre, a lieu le « défilé des villes », convoquées par le maire de Varsovie, Jean Dekert ; Mémorandum des villes ; une commission du droit des villes est créée à la Diète ;
* Stanislas Staszic Mises en garde à la Pologne

1790
* Joseph Pawlikowski (peu après secrétaire de Tadeusz Kosciuszko), Pensées politiques pour la Pologne
* F S Jesierski, Catéchisme des secrets du gouvernement polonais

1791
* 27 mars : loi sur les diétines
* 18 avril : loi sur les villes (Prawo o meszczanach) ; l’urgence amène une accélération des travaux constitutionnels ;
* 3 mai : vote de la nouvelle constitution (Ustawa rządowa, « Statut gouvernemental »).
* création des Sociétés des Amis de la constitution (Hugo Kollontaï)

Les années 1792-1795 : second et troisième partages
1792
*[20 avril : la France déclare la guerre à l’Autriche, qui va recevoir le soutien de la Prusse ; bataille de Valmy en septembre 1792]
* 27 avril : formation de la Confédération de Targowica (Félix Potocki, X. Branicki, S. Rzewuski), à l'instigation de Catherine II, mais en dehors de toute idée de partage
* parution d’un livre de Méhée de la Touche, diplomate français dévoué à la cause russe : Histoire de la prétendue Révolution de Pologne 
* 18 mai : début de l’invasion russe ; la Prusse reste neutre 
* l’armée polonaise (Joseph Poniatowski, Tadeusz Kosciuszko) résiste convenablement, mais est battue ; 
* Stanislas II est contraint de se rallier à la confédération de Targowica

1793 : le second partage
* janvier : intervention prussienne en Pologne ;
* 28 janvier : signature d’un traité russo-prussien de partage ;
* 7 août : traité russo-polonais ; rétablissement du Conseil permanent
* 23 novembre : traité prusso-polonais.

1794 : l’insurrection de Kosciuszko
* janvier : le Conseil permanent décide la réduction de l’armée polonaise ;
* 24 mars, Kosciuszko se proclame « chef suprême » (naczelnik) à Cracovie ; création d’un Conseil national suprême
* 4 avril, victoire polonaise à Raclawice ; Varsovie, Cracovie et Wilno passent sous le contrôle de « jacobins » (Jean Kilinski, Jacob Jasnenski…)
* 7 mai, proclamation de Polaniec : Kosciuszko fait appel aux paysans serfs (mais peu d’entre eux se soulèvent)
* 15 juin : prise de Cracovie par les Prussiens après la défaite polonaise de Szczekociny ;
* août : prise de Wilno par les Russes ; début du siège de Varsovie
* septembre : retrait des Prussiens du siège de Varsovie, qui est levé
* 10 octobre, Kosciuszko est fait prisonnier par les Russes (Souvorov) après sa défaite à Maciejowice ;
* 4 novembre : prise de Praga (faubourg oriental de Varsovie) par les Russes ;
* 5 novembre : capitulation de Varsovie.

1795 : le troisième partage
* 5 avril 1795 : traité de Bâle (paix entre la France et la Prusse)
* 24 octobre : troisième traité de partage 
* 25 novembre 1795 (selon LZ 157 ; en 1796 selon DB) : abdication de Stanislas II, prisonnier en Russie.
* 12 janvier 1796 : convention tripartite visant à éradiquer les traces du royaume de Pologne (LZ 158)

Analyse
Nicolas Chopin arrive en Pologne en 1787, au début d’une période exceptionnelle de sept ans. S’il paraît avoir été le plus souvent en marge de ces événements, il y participe activement en 1794, comme garde national à Varsovie, c’est-à-dire à un moment et en un lieu qui n’a rien d’anodin ; il aurait atteint le grade de capitaine et aurait échappé de peu au massacre de Praga, ayant été relevé la veille de l’attaque russe.



Création : 21 mars 2013
Mise à jour : 15 septembre 2017
Révision : 2 septembre 2017
Auteur : Jacques Richard
Blog : Sur Frédéric Chopin Questions historiques et biographiques
Page : 40 Le règne de Stanislas Auguste (1764-1795)
Lien : http://surfredericchopin.blogspot.fr/2013/03/le-regne-de-stanislas-auguste.html










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