vendredi 23 août 2013

100 Bernard Gavoty 2 Chopin (1973) : le texte du chapitre 1

Quelques informations à propos du livre de Bernard Gavoty Frédéric Chopin : le texte du chapitre 1


Classement : questions biographiques ; écrits sur Chopin





Ceci est la suite de la page Bernard Gavoty 2, consacrée à son ouvrage intitulé Frédéric Chopin, paru aux éditions Bernard Grasset en 1973.

Après avoir vu l’avant-propos (« Prélude »), je reproduis ci-dessous le texte du chapitre 1 (« Mazovien, corps et âme... »), qui sera étudié sur une page spécifique.

Les astérisques sont des appels de notes de ma part (en bas de page).
Je mets en valeur (en gras) les passages notables.

Texte

« Page 17


« Mazovien, corps et âme… »

Une lettre*.

« Mon cher Père et ma chère Mère,
Dans l’incertitude où je suis que mes lettres vous soyent parvenues je ne vous écris que deux mots seulement pour m’informer de l’état de votre santé et vous prouver mon respect et mon attachement. Depuis deux ans passés, je n’ai point de vos nouvelles, je ne sais à quoi l’attribuer ; cependant chères parens (sic) mon éloignement ne fait qu’augmenter mon respect envers vous en me faisant connaître de quel bonheur je suis privé d’être si longtemps sans vous voir et sans recevoir aucune de vos nouvelles. Comme Madame Weydlich vous a écrit aussi plusieurs lettres en vous chargeant de vous informer au sujet de ses affaires à Strasbourg aux quelles vous n’avés pas répondu. Je vous dirai que Nous savons bien que Mr Malard est payé mais que nous ne savons pas s’il a touché de l’argent pour les créanciers. Comme les affaires avec Monsieur le Comte Pac ne sont pas encore finies et qu’il demande une rendition des comptes de la terre de Marainville fait que j’étais sur le point de partir pour Strasbourg pour finir les dittes affaires au nom de Monsieur Weydlich. Mais comme nous avons appris que la France n’était pas encore tranquille par les révolutions qui s’y sont faites a été cause que mon voyage a été différé, mais cependant je crois partir sous peu de temps car M. Weydlich

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s’est arrangé avec un Banquier qui ne tardera pas à partir pour la France. Cependant avant que je parte je vous prie de m’informer si la milice n’est pas plus stricte qu’elle était car on nous dit que tous les jeunes garçons depuis l’âge de dix-huit ans sont tous soldats c’est ce que nous sommes curieux de savoir, car étant dans un pays étranger comme j’y suis et où je peux faire mon petit chemin, je ne pourrais le quitter qu’avec regret pour me rendre soldat quoique dans ma patrie vu que M. Weydlich n’a que trop de bontés pour moi et dont j’en prévois les suites heureuses. Je vous prie donc chères Parens de me faire réponse le plus tôt possible pour que je puisse partir en toute sûreté et jouir du bonheur de vous voir ainsi que tous mes chères parens. J’ai l’honneur d’être avec le plus profond respect
Cher Père et chère Mère
de vos enfant votre très
humble et très obéissant fils.

Nicolas Chopin

« A Varsovie, ce 15 7bre 1790

« P.S. Monsieur et Madame Weydlich vous font bien des complimens et vous prie d’assurer Monsieur le Curé de leur respect. Je vous prie de lui assurer aussi de ma part. J’embrasse mes sœurs de tout cœur ainsi que tout mes parens et amis.
Je vous donne mon adresse de crainte que la lettre ne soit égarée car je ne puis concevoir que depuis deux ans passés je n’aye reçu aucune Lettre dont voici
A Monsieur
Monsieur Chopin                  Pologne
Par Dresde à Varsovie
en Pologne
(poste restante) »

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De Lorraine en Pologne

Telle est la lettre qu’après deux ans d’absence, Nicolas Chopin, émigré en Pologne, adresse à ses parents demeurés en Lorraine. Ce Français de pur sang écrit dans sa langue natale avec plus d’incertitudes que ne le fera son fils, né à Varsovie et à demi polonais. Il est vrai que les Chopin de Lorraine* sont de souche modeste et de culture problématique. Le grand-père du musicien dont nous contons l’histoire cumule les métiers de charron et de vigneron, dans son village de Marainville, situé au pied de la colline de Sion, près de Nancy*. En 1949, à l’occasion du centenaire de Frédéric Chopin, une plaque fut apposée par les soins du Comité exécutif de l’année Chopin, sur un mur de la très modeste maison paysanne des Chopin à Marainville. Taillée dans une pierre provenant de Zelazowa-Wola, village natal du compositeur, elle rappelle que « dans cette maison est né, le 15 avril 1771, Nicolas Chopin, père du génial compositeur polonais ». Depuis des générations, les Chopin habitaient la Lorraine*. On retrouve leurs traces dans maints villages des Vosges : à Ambacourt, à Bralleville et à Marainville. Certains Polonais désireux de s’annexer complètement Chopin ont prétendu que ses ancêtres polonais, « Szop », seraient venus en Lorraine avec Stanislas Leczinski. Cette hypothèse, jadis soutenue par Wanda Landowska*, est aujourd’hui abandonnée. A Marainville, les vignes n’occupent ni ne nourrissent l’homme durant toute l’année. Aux époques de relâche, entre les saisons vouées aux travaux  des champs, François Chopin répare les voitures, ajuste moyeux et mancherons aux charrues et construit force brouettes.
De son union avec Marguerite Deflin est né, le 15 avril 1771, un fils, Nicolas, que précédaient deux filles*. Les deux tantes, qui passeront à Marainville toute leur existence, vivront à l’époque où Frédéric séjournera lui-même à Paris. Jamais, toutefois, il n’éprouvera la curiosité d’aller les voir ou de leur écrire. Il ne semble pas, d’ailleurs, que Nicolas Chopin ait élevé son fils dans le culte de sa famille française.

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Jamais Frédéric ne revendiquera une appartenance que les historiographes français sont les seuls à lui rappeler fièrement. « Je suis mazovien, corps et âme », déclarera le jeune musicien, frais émoulu du Conservatoire de Varsovie. Un seul aveu, toutefois, à la fin de sa vie : « …les Français, que j’ai fini par aimer comme les miens propres… ».Mais revenons au père, trop peu connu, à notre gré.
Pourquoi, lesté d’un brevet d’études secondaires* – l’orthographe (1) de la lettre citée plus haut démontre que la culture du scripteur laisse beaucoup à désirer – ce jeune Lorrain de dix-sept ans, décide-t-il de quitter sa province et sa famille au bénéfice d’un pays lointain et agité ? On ne le saura sans doute jamais – à moins que d’autres lettres (2) ne viennent éclairer ce point d’histoire demeuré obscur. On sait seulement que le fief de Marainville était alors l’apanage d’un seigneur polonais, Michel Pac*, venu en Lorraine avec la suite* du roi Stanislas Leczinski*. Le domaine lorrain était administré par un certain Adam Weydlich*, que Nicolas Chopin fréquentait depuis son enfance. Habitué à vivre en milieu polonais, peu tenté par l’héritage du métier paternel, rendu ambitieux par le succès de ses études classiques, sans doute avait-il tout naturellement suivi Weydlich quand celui-ci, aux approches de la Révolution française, regagna la Pologne ? En ces temps de voyages difficiles et de carrières aléatoires, les cadets de famille s’expatriaient volontiers dans le but, souvent illusoire, de faire fortune ailleurs. Dans le cas présent, le choix de la Pologne était tributaire de bien des aléas.

Destin de la Pologne
Ce malheureux pays, qui n’avait jamais réussi à conquérir, au long des siècles, une unité durable, était victime de sa

(1) Que nous avons intentionnellement respectée.
(2) Celle que nous avons cité n’a été découverte qu’en 1949. Jusqu’alors, on avait imaginé que Nicolas Chopin avait quitté les siens en raison de dissentiments familiaux. La vérité ne surgit que très lentement du puits de l’histoire.

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situation géographique. Coincée entre la Prusse, l’Autriche et la Russie, séparée de la Suède par le couloir baltique, la Pologne préservait périodiquement son indépendance en s’alliant à l’Allemagne pour repousser les invasions mongoles, ou aux Autrichiens pour battre les Turcs. Entre deux assauts des barbares, il lui fallait faire face aux convoitises de ses terribles voisins qui, d’un coup de dents, lui arrachaient un lambeau, une ville, une province.
La Pologne jouait alors le rôle du cheval de picador, sur lequel le fauve apaise ses ardeurs. Sans doute, devenue chrétienne à la fin du Xè siècle, bénéficiait-elle du soutien de la papauté. Mais, là encore, elle figurait un enjeu, plus qu’une alliée. Le Saint-Siège protégeait la Pologne dans la mesure où il jugeait politique de s’opposer à la croissance du pouvoir impérial germanique. Vassale de Rome, Cracovie subissait le contrecoup des caprices pontificaux. Les ères de tranquillité lui étaient chichement dispensées. Pour que la Pologne fût, un moment, libre d’assurer son propre destin, il fallait que l’empereur et le pape fussent occupés ailleurs. Sous la dynastie des Piast*, jusqu’aux deux tiers du XIVè siècle, la nation polonaise avait vu se consolider son unité ethnique. Les Polanes s’étaient annexé Mazoviens et Silésiens, abandonnant la Bohême au contrôle de l’Allemagne. La Pologne demeurait essentiellement une province ecclésiastique, dotée d’un clergé important et d’une noblesse ambitieuse. Toutefois, les souverains Piast – Boleslas, Casimir, Mieszko – assurent-ils au pays un état relativement prospère et pacifique, en préparant l’avènement des Jagellons*, qui consacreront l’union de la Pologne et de la Lituanie*. Sous leur égide, Polonais et Lituaniens seront maîtres ou suzerains de la Prusse occidentale et de la Prusse ducale, de la Livonie, de la Courlande et de la plus grande partie de l’Ukraine, jusqu’à la révolte des cosaques en 1648. Peu après, les Suédois, sous le règne de Charles X*, envahissent la Pologne, mais, pour compenser cet assaut, que Louis XIV cherche à arbitrer, Jean Sobieski* bat les Turcs sous les murs de Vienne et détermine ainsi le déclin de la puissance ottomane, qui a été si longtemps le fléau de la chrétienté. Après Sobieski, le

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pays entre dans une ère de décadence. A la fin du XVII° siècle, la Pologne cesse d’être indépendante*. La Prusse, l’Autriche et la Russie s’unissent contre elle, sauvagement – mais si forts sont les réflexes chrétiens qu’elles décrètent l’un des partages de leur ennemie « au nom de la Très Sainte Trinité », sans préciser au juste si cette trinité sainte est formée de leur alliance terrestre, ou de l’union dans le ciel des Personnes divines !
A la faveur de ce partage, Frédéric le Grand* reprend la Prusse occidentale et toute la partie nord de la grande Pologne. L’Autriche s’approprie la Galicie et la Russie occupe le vaste territoire qui s’étend en-delà de la Duna et du Dnieper. Les partages de 1793 et 1795 aggraveront encore les amputations. A la fin de l’année 1795, le dernier roi de Pologne* abdiquera à Grodno et s’en ira mourir en Russie. Après huit siècles d’une histoire souvent glorieuse, la Pologne des Piast et des Jagellons a disparu, les trois puissances copartageantes s’engagent réciproquement à ne jamais se servir d’un titre capable de rappeler l’existence d’un royaume de Pologne. Si la royauté a succombé, du moins l’honneur du pays est-il sauvé par l’insurrection à la tête de laquelle Kosciuszko* s’illustre. Mais, en dépit de beaucoup d’héroïsme dépensé en pure perte, la Pologne a vécu.

La Pologne en 1788

Nicolas Chopin, arrivant à Varsovie en 1788, tandis que ces événements s’accomplissent, a pris part au soulèvement de Kosciuszko. Un hasard le fait échapper à la mort. Sa compagnie, commandée par le cordonnier Kilinski, a été appelée des avant-postes dans le centre de la ville, avant l’attaque et le massacre du faubourg de Praga. Ainsi donc, pris entre deux feux, ou deux risques – celui de se voir appelé sous les drapeaux français, celui de combattre en volontaire dans les rangs d’une puissance étrangère – il a

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choisi le second. Etrange instinct d’un Français, devenu polonais de cœur, au point d’en oublier son pays natal !
Ce qu’il trouve en Pologne a de quoi satisfaire, malgré tout une âme aventureuse. Echappant au destin monotone d’une existence paysanne, Nicolas Chopin aborde un pays dont les malheurs avivent le courage naturel. L’occupation russe* coïncide en effet avec une étonnante floraison intellectuelle et artistique. En dépit de l’oppresseur, un vent de liberté a soufflé sur le pays. Sans doute le servage subsiste-t-il encore ; il ne sera aboli qu’en 1863. Mais les paysans, échappant à la tyrannie sans contrôle de leurs seigneurs, se trouvent placés sous la protection du pouvoir public. La noblesse, dont les privilèges extravagants remontent au XIII° siècle, voit s’affaiblir la puissance qui lui avait été jadis concédée par Casimir le Juste*. Cette noblesse d’épée s’est acquis des biens considérables. Les Radziwill possèdent six cents villages. Les Lubomirski détiennent une fortune gigantesque. D’une princesse cracovienne, très âgée, la légende affirme qu’elle possède en millions le chiffre de ses années. De magnifiques châteaux émaillent la plaine polonaise. Mais cette nation gouvernée par l’argent comme elles le sont toutes, a gardé toutefois le culte des valeurs idéales.

Une nation chrétienne

Après huit siècles passés, la Pologne se souvient de sa vocation chrétienne, qui lui a valu un clergé actif et, même, tyrannique. La Vierge noire de Czestochowa, qui a protégé la Pologne au Moyen Age, est considérée comme la patronne du pays. Les saints nationaux foisonnent : saint Hyacinthe, saint Adalbert, saint Czeslaw, sainte Cunégonde, saint Stanislas Kostka, sainte Bronislawa, sainte Jadwiga. En l’an 1000, l’empereur Othon III, alors souverain de l’Empire romain, s’était rendu en pèlerinage avec le roi Boleslaw Chrobry au reliquaire de saint Adalbert, qui avait trouvé quelques années auparavant la port chez les Prussiens de la Baltique. Les deux souverains – celui de Rome et le

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futur roi de Pologne – parcoururent pieds nus une grande partie du chemin menant aux ossements de Gniezno. Le pays tout entier a été marqué profondément au coin de la chrétienté : il s’est éveillé tout ensemble à la foi et à la vie nationale. La symbiose Christianisme-Eglise-Etat, réalisée dès l’origine, est plus que jamais vivante. Il est curieux que, placé dans le bouillon de culture catholique, Nicolas Chopin n’ait jamais témoigné du moindre sentiment religieux. Un goût très vif pour l’œuvre de Voltaire – il en a emporté un volume de Marainville – explique jusqu’à un certain point son indifférence métaphysique. Il faut dire que, jusqu’à l’heure de sa dernière maladie exclusivement, jamais son fils Frédéric ne laissera deviner le moindre souci de l’au-delà, la plus fugitive préoccupation surnaturelle. Le nom, la pensée de Dieu ne vient pas une fois en trente ans sous sa plume (1).

Orient-Occident

Venu en Pologne avec une flûte, un violon et quelques livres, Nicolas Chopin va trouver dans son pays d’adoption ce que son canton vosgien lui a refusé : l’occasion de compléter son instruction et d’acquérir une culture raffinée. La comparaison entre la lettre citée au début de cette étude et d’autres adressées plus tard à son fils,  accuse la métamorphose qui transforme assez rapidement un petit paysan français en un bourgeois polonais de la plus fine espèce. Nicolas Chopin parlera et écrira le français, l’anglais, le polonais, l’allemand et le latin – toutes langues qu’il enseignera d’ailleurs à son fils.
Vers 1794, en dépit de ses malheurs, jamais, depuis l’épo-

(1) Il est possible – et même probable – que Nicolas Chopin, semblable en cela à tant d’hommes de son temps, ait appartenu à la franc-maçonnerie. Le fait que Frédéric ait fréquenté à Paris des francs-maçons notoires, tels Albert Grzymala et le banquier Léo, a fait croire à son appartenance maçonnique. Aucun fait précis n’est toutefois venu étayer cette thèse.

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que si brillante de la Renaissance, le pays n’a connu un plus vif essor des lettres et des arts. Par son passé, sa religion, les tendances générales de sa culture et de son instinct, il appartient, moralement, à l’Ouest. Artiste dans le sang, le peuple polonais a le goût inné des livres, la passion d’apprendre, une tradition scientifique dont un Copernic figure le fleuron. Irréductiblement chrétienne, par nature agricole, géographiquement située à la charnière de deux civilisations, la nation bénéficie des méthodes de penser occidentales et des particularités du caractère slave. L’épreuve de l’occupation russe* ne fait que rendre plus exigeant le sens patriotique, considéré comme une seconde religion. Varsovie renferme parmi ses cent mille habitants l’élite intellectuelle et sociale du pays. Somme toute, c’est un choix heureux qu’a fait Nicolas Chopin, en suivant Weydlich en Pologne. Certes, échappant à une révolution, il est tombé dans un soulèvement national. Mais quel est, en cette fin du XVIII° siècle, la nation d’Europe qui peut se targuer de connaître la paix ? L’heureuse conséquence de tant de troubles guerriers va se faire sentir et les symptômes d’un renouveau sont déjà perceptibles : le romantisme est proche.

Vers l’enseignement.

En l’an de grâce 1794, Nicolas Chopin se soucie fort peu de cela. Il faut vivre : la tournure de son esprit, foncièrement réaliste, ne le porte point à rêver. Ce Lorrain acclimaté en Pologne a emporté dans son maigre bagage les vertus de son terroir ; il a l’esprit clair, l’âme méticuleuse, un solide instinct d’économie gouverne tous ses actes. Plus tard, il trouvera le moyen de mettre de côté, sur ses gages de professeur, une somme de vingt mille roubles* qu’il prêtera à son pupille, Michel Skarbek*. Musicien, épris de l’art brillant du XVIII° siècle, jouant un peu de flûte et de violon en amateur, il en saura assez pour reconnaître d’emblée les dons exceptionnels de son fils, mais, toujours, il gardera la tête froide, et, dans une certaine mesure, Frédéric héritera

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cette pudeur de sentiments qui nous vaudra, côte à côte, une musique brûlante et des commentaires réservés. Bon père, peu expansif, époux assidu, maître de maison avisé, chef de famille ferme et tolérant, Nicolas laissera à ses enfants le regret qu’inspirent généralement les hommes à l’humeur égale et à la vie bien réglée. Il a rempli plusieurs emplois, sans aller jusqu’à « faire ces trente-six métiers » dont notre Duvernois note spirituellement qu’ils conduisent rarement à un trente-septième avantageux… Dès son arrivée à Varsovie, il s’est lié avec un compatriote qui gère une petite manufacture de tabac*. Nicolas en assure la comptabilité. Le soulèvement de 1793 aura pour conséquence la fermeture de la fabrique. S’il a gagné dans la bataille des rues des galons d’officier, Nicolas a perdu son gagne-pain. Dès la paix revenue, il s’interroge : que faire ? A deux reprises, il imagine de rentrer en France ; par deux fois, une maladie bénigne le contraint à rester sur place. Ses moyens d’existence sont précaires. Enseigner le français ? Soit – mais à condition de s’être perfectionné dans la connaissance d’une langue qu’il possède imparfaitement. C’est en apprenant soi-même qu’on devient un bon professeur. Voici donc Nicolas Chopin donnant des leçons de français à droite et à gauche. Ses élèves sont nombreux. A Varsovie comme à Moscou ou à Pétrograd*, le comble de la distinction est de parler français, cela vous pose un homme, comme on le voit en lisant les romans de Tolstoï, où abondent les dialogues dans notre langue. Parmi ses élèves, Nicolas Chopin compte une jeune aristocrate, Maria Laczynska de Czerniejew qui, plus tard, sous le nom de Marie Walewska, aura un destin historique. Ignorant à cette époque jusqu’au nom de Napoléon, dont elle sera un jour la maîtresse malheureuse, elle est, en toute innocence, la camarade de jeux du jeune Frédéric Skarbek*, âgé de dix ans. La comtesse Skarbek apprécie le précepteur des jeunes Laczynski, elle lui confie l’éducation de ses cinq enfants qui vivent, avec elle, à une soixantaine de kilomètres de Varsovie, en pleine campagne, à Zelazowa-Wola*.

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Zelazowa-Wola

Au cœur d’un beau jardin capricieusement dessiné, planté d’ormes et de châtaigniers, parcouru d’un ruisseau qui se déverse dans un petit lac, s’élève un manoir aux murs recouverts de plantes grimpantes. La maison est confortable, d’aspect rustique (1). Dans ce cadre campagnard, Mme Skarbek*, divorcée, est secondée, dans l’éducation de ses enfants, par une cousine pauvre et orpheline, Justyna Krzyzanowska*. Cette jeune fille, lointainement apparentée aux Skarbek, a vingt ans – l’âge de « faire une fin », c’est-à-dire de commencer une existence conjugale. Son emploi d’intendante est précaire et la vie est longue, quand rien ne l’égaye. Sans doute est-elle bien traitée et les enfants, dont l’aînée a dix ans, l’dorent. Modeste, non pas vraiment jolie, mais fine, d’allures distinguées, le visage éclairé d’yeux très bleus, divisé par un nez busqué qu’elle léguera à son fils, une tête racée couronnée d’épais cheveux  blonds, Justyna pratique, sans la moindre affectation, l’effacement éclatant : rien ne la fait remarquer ; sa réserve même la désigne à la sympathie. A la voir, tous les jours, à table en face de lui, à la rencontrer sans cesse dans les couloirs de la petite maison, sevré comme elle de toute distraction qui ne fût pas campagnarde, Nicolas Chopin sent son intérêt s’éveiller pour cette jeune fille simple et charmante. Son caractère égal lui paraît un gage de bonheur. Il l’observe tout à loisir, du haut de ses trente et un ans, qui lui ont appris à prendre son temps pour décider des choses sérieuses. Au long de quatre années, il étudie sa future femme, il vit avec elle l’alternance des saisons. Durant les longues soirées d’hiver, il joue du violon ou de la flûte, accompagné au piano par Justyna, qui possède un aimable

(1) La maison natale de Chopin, dépendant du manoir, existe toujours. Elle est, de mai à octobre, le but d’un pèlerinage assidu. On vient, du monde entier, visiter cette maison où subsiste un des pianos de Chopin ; des virtuoses polonais s’y succèdent pour faire entendre aux touristes les pages célèbres du compositeur.

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talent d’amateur. Ensemble, ils chantent des romances polonaises et françaises. Nicolas cultive la poésie, il compose de petits poèmes dans l’une et l’autre langue. Rien de plus favorable que cette vie retirée à la campagne pour se bien connaître et juger des caractères. D’autant plus que, dans le cas présent, chacun des hôtes de Zelazowa-Wola est appelé à sortir de son rôle strict pour rendre de menus et mutuels services. Nicolas Chopin soulage la comtesse Skarbek des soins d’une comptabilité domestique qui l’obsède. Il accompagne Justyna chez les paysans voisins, que la châtelaine secourt. A faire ensemble la charité, ils s’entrestiment. Sans se l’être avoué, ils s’avisent un beau jour d’un sentiment réciproque. Le 2 juin 1806, le mariage est célébré dans l’église de Brochow*. Nicolas a trente-cinq ans – onze de plus que sa femme. Secrètement flatté d’épouser une « aristocrate », il n’a point cherché à dissimuler l’humilité de ses origines*. Sa bonne mine, gage de distinction, parle en sa faveur plus éloquemment qu’un brevet de noblesse.
Le jeune couple s’installe dans un pavillon proche de la maison principale : trois pièces sommairement meublées. Apparemment, rien n’est changé dans le rythme de la vie quotidienne. La jeune Mme Chopin continue d’aider sa cousine, elle partage avec la fille aînée* la gestion de la maison. Le plus âgé des garçons Skarbek va poursuivre ses études au lycée de Varsovie*. Un bonheur sans ombre éclaire le ménage de Nicolas Chopin.

L’empereur arrive

Sans ombre sentimentale – mais non pas sans orages nationaux.
Au mois de mai 1806, Napoléon, après les victoires d’Austerlitz* et d’Iéna*, dirigeait ses armées sur Varsovie. Des bataillons polonais, qui avaient combattu sous l’étendard français en Italie et qui s’y étaient d’ailleurs fait décimer, étaient de retour au pays. Ils apportaient des nouvelles consternantes. Quatre ans plus tôt, cinq mille d’entre eux avaient

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été envoyés à Saint-Domingue pour y réprimer un soulèvement* et la malaria avait fauché leurs rangs. L’Empereur multipliait les promesses et signait des traités de paix, tout en enchaînant guerre sur guerre*. Son arrivée en Pologne était de mauvais augure, nul n’ajoutant foi à ses promesses. Nicolas Chopin, que les jeux de la politique laissent profondément indifférent, se dit que l’empereur des Français est bien mal avisé de venir aggraver la situation d’un pays qui est déjà sous la botte de l’occupant russe*. Aucune sympathie patriotique ne le porte vers Napoléon. Il admire trop Voltaire et Rousseau pour ne pas se méfier d’un dictateur, fût-il couronné.
Certes, Napoléon vient d’affaiblir considérablement les trois nations ennemies de la Pologne : l’occasion ne s’offre-t-elle pas à lui de restaurer dans son indépendance le pays qui a tant souffert de la Prusse, de l’Autriche et de la Russie ? Les légions polonaises qui l’accompagnent dans sa marche victorieuse constitueront l’ossature de l’armée rénovée : hélas ! la paix de Tilsit décevra, le 3 juillet 1807, bien des espérances ! Craignant d’irriter le tsar en faisant revivre le royaume de Pologne, il se contente d’ériger la province centrale* – un cinquième du pays – en « duché de Varsovie », placé sous la souveraineté de Frédéric-Auguste, roi de Saxe (1). Plus tard, il promettra à Marie Walewska que son fils Alexandre, sera un jour roi de Pologne. Chimère, dont elle ne se bercera même pas ! La paix de Vienne*, conclue le 14 octobre 1809, ne donnera pas davantage l’entière satisfaction escomptée – les Russes devant refuser la restitution de tous les territoires subtilisés à la Pologne en 1795.

Naissance de Frédéric

Au moment précis où le « duché de Varsovie » va passer sous le contrôle de l’administration français, un premier enfant couronne l’union de Chopin : Louise-Ludwilla* naît

(1) En 1815, le duché sera réuni à la Russie.

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le 6 avril 1807. Deux ans plus tard, un second enfant s’annonce. L’hiver de 1810 est extrêmement rigoureux : n’est-il pas imprudent d’accoucher en rase campagne ? Nicolas décide de faire confiance à l’excellente santé de sa femme (1) et l’événement lui donne raison, puisque le vendredi 1er mars 1810, né sans difficulté, Frédéric-Francis* Chopin pousse son premier cri. Deux mois plus tard, le curé de Brochow le baptise à Zelazowa-Wola* et profite de cette occasion pour le déclarer à l’état civil*, avec une erreur à la clé : sur le registre officiel, la naissance est enregistrée à la date du 22 février, Nicolas Chopin, qui signe l’acte en compagnie de deux témoins, Josef Wyrzykowski* et Frédéric Gert*, ne rectifie pas l’erreur (2). L’enfant est baptisé le 23 avril dans l’église de Brochow par l’abbé Duchnowski. La comtesse Skarbek, sa marraine, le tient sur les fonts.
L’année 1810 marque l’entrée dans le monde de Chopin, de Schumann et de Musset. Un an plus tard, Liszt naîtra. En 1813, ce sera le tour de Wagner. Le « cru » de l’époque est excellent.

La pension Chopin.

Frédéric ne passe que les six premiers mois de son enfance à Zelazowa-Wola. En effet, le professeur de français de petites classes du lycée de Varsovie étant tombé malade, le recteur Bogumil  Linde* demande à Nicolas Chopin de le remplacer. Cette proposition est accueillie d’autant plus volontiers que le manoir commence à se dépeupler. Les enfants

(1) Mme Chopin vivra jusqu’à plus de quatre-vingts ans, son mari jusqu’à soixante-treize ans.
(2) Mais, par la suite, Frédéric Chopin affirmera à mainte reprise être né le 1er mars, sous le signe des Poissons : « il tient cette date de ses parents, qui, s’étant trompés une première fois, ne risquaient pas de commettre une seconde erreur. » De nombreux biographes persistent à assigner à la naissance de Chopin la date du 22 février : elle figure – faussement – sur la plaque apposée sur la maison parisienne où il est mort, 12, place Vendôme.

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Skarbek le quittent, l’un après l’autre, et les parents de Frédéric Chopin voient s’amenuiser leurs rôles respectifs. Le lycée de Varsovie leur offre de vastes locaux et des conditions financières à vrai dire si modestes que, très rapidement, Nicolas Chopin, imitant en cela d’autres maîtres de l’établissement, sollicite et obtient l’autorisation de prendre des élèves en pension chez lui. Ses premières recrues seront les deux jeunes fils Skarbek et trois de leurs cousins. Ainsi s’établira tout naturellement le renom de la pension Chopin qui passera pour l’établissement « chic » de la capitale. A l’exemple des Skarbek, mainte famille de l’aristocratie et de la bourgeoisie confiera ses rejetons à Nicolas et à Justyna Chopin, dont la maison, bien tenue, jouit d’une excellente réputation. Dans ses Mémoires, le comte Frédéric Skarbek, devenu lui-même professeur à l’université de Varsovie, loue les grandes qualités de son premier éducateur. Nicolas Chopin tient au « standing » de son pensionnat ; avec un flair très sûr, il n’y admet que des garçons de bonne famille, qui seront les premiers amis de Frédéric : Titus Woyciechowski, Julien Fontana, Jean Matuszynski, les frères Wodzinski, Jean Bialoblocki.
Le 9 juillet 1811, un troisième enfant, Isabelle, naît chez les Chopin. Méthodiquement, le père fait face à des charges accrues et sollicite deux nouveaux emplois : le voilà nommé professeur de français à l’Ecole de préparation militaire et à l’Ecole d’artillerie et du génie. Quand, deux ans plus tard, la petite Emilie viendra au monde, Nicolas accédera, avec un traitement supérieur, aux grandes classes du lycée. L’ordre règne, sinon à Varsovie, du moins à la pension Chopin.

Troubles nationaux.

Nationalement, les choses se gâtent. En 1812, Napoléon déclare la guerre à Alexandre Ier. Les Polonais y voient, bien à tort, un gage de retour à l’indépendance. En fait, l’Empereur enrôle cent mille Polonais, en embrigade un tiers

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sous les ordres de Joseph Poniatowski, les engage à Smolensk, à Borodino et à la Berezina, voit fondre leurs bataillons et laisse les Russes occuper Varsovie. Le 26 septembre 1815, au congrès de Vienne, interrompu par le retour de l’île d’Elbe, la Pologne subit son quatrième partage. L’ancien duché de Varsovie, quelque peu retaillé*, est rattaché à la Russie, Cracovie devient ville libre, une Pologne autrichienne et une Pologne prussienne sont très artificiellement constituées. La souveraineté nationale est fictivement accordée au pays*, dont la majeure partie retombe sous la botte russe. Une fois encore, la vie intellectuelle et artistique sortent de l’épreuve, non pas affaiblies, mais rénovées. En 1818, une université s’ouvre à Varsovie*, la société des sciences* prend un vif essor, la vie des lettres est plus florissante que jamais, la musique prospère, Stanislas Potocki, ministre de l’Instruction publique*, dirige son département avec une vigueur peu commune. Par malheur, Adam Czartoryski, ancien ministre des Affaires étrangères*, et Kosciuszko, général en chef*, sont écartés du pouvoir par le tsar, promu roi de Pologne. D’où une recrudescence de haine : dans tous les foyers polonais couvent des projets de revanche contre l’occupant maudit. On voue un culte passionné aux héros qui, à travers les âges, ont combattu pour la patrie : Kosciuszko, Sobieski, tout récemment Poniatowski. La polonaise, danse nationale, est doublement à la mode. Rien d’étonnant que Chopin lui prête les accents de son génie. Autour de son berceau, on ne fredonne que des chants de revanche.


Notes

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*une lettre : voir page spécifique. Je reprends ici la version donnée par Bernard Gavoty qui semble légèrement différente (orthographe) de celle donnée dans le livre de Tadeusz Zielinski.

19
* les Chopin de Lorraine : voir page spécifique.
* Nicolas, que précédaient deux filles : Nicolas est en fait le second enfant, après Anne (1769-1845), et avant Elisabeth (1773), Marguerite 1 (1774), Marguerite 2 (1775-1845).
* la colline de Sion, près de Nancy : à une trentaine de kilomètres, cependant
* depuis des générations, les Chopin habitaient la Lorraine : les ancêtres de Nicolas Chopin seulement à partir du grand-père, venu de Savoie (ce point n’était pas établi à la date de l’ouvrage de Gavoty) ; par ailleurs, la Lorraine n’est française qu’à partir de 1766.
*Wanda Landowska (1879-1959), musicienne et écrivain d’origine polonaise. Sur le texte cité (Mercure de France, avril 1911), voir page spécifique.

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*brevet d’études secondaires : Gavoty ne cite malheureusement pas ses sources sur ce point. (la notion de « brevet d’études secondaires » n’est pas évidente en ce qui concerne cette période)
*Michel Pac : voir page spécifique.
*Stanislas Leczinski : Stanislas Leszczynski (Stanisław Leszczyński), roi de Pologne (1704-1709), duc de Lorraine (1737-1766)
*avec la suite du roi Stanislas Leczinski : Michel Pac ne vient pas en France avec Leszczynski (mort en 1766), mais, au début des années 1770, à la suite de la défaite des adversaires du roi Stanislas Auguste Poniatowski (confédération de Bar). Le domaine de Marainville a été acheté en 1780, alors que Nicolas Chopin avait 9 ans.
*Adam Weydlich : voir page spécifique.

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*les Piast : dynastie polonaise du Xème au XIIIème siècle
*les Jagellons : dynastie polonaise du XIIIème au XVIème siècle
* l’union de la Pologne et de la Lituanie : en 1569 (la « Lituanie » s’étendant alors de l’actuelle Lituanie à l’actuelle Ukraine)
*Charles X : roi de Suède de 1654 à 1660
*Jean Sobieski : Jean III, roi de Pologne de 1674 à 1696, vainqueur des Turcs à Vienne en 1683

22
* à la fin du XVII° siècle, la Pologne cesse d’être indépendante : plutôt à la fin du XVIIIème siècle
* Frédéric le Grand : Frédéric II, roi de Prusse de 1740 à 1786
* dernier roi de Pologne : Stanislas Auguste Poniatowski, roi de Pologne de 1764 à 1795
* Kosciuszko : Tadeusz Kosciuszko (Tadeusz Kościuszko, 1746-1817)

23
* l’occupation russe : cette formule, que l’on retrouve plus bas (page 25) est excessive ; après le partage de 1795, Nicolas Chopin ne vit pas dans le lot russe, mais dans le lot prussien, qui inclut Varsovie.
* Casimir le Juste : Casimir II (1138-1194)

25
* l’occupation russe : cf. p. 23
* son pupille, Michel Skarbek : voir page La famille Skarbek. Michel est comme ses frères, l’élève de Nicolas Chopin
* une somme de vingt mille roubles : le NIFC indique, page indiquée ci-dessus : « plus de 22 000 zlotys »

26
* manufacture de tabac : voir page spécifique.
* Pétrograd : Saint-Pétersbourg (le nom de « Petrograd » est utilisé officiellement de 1914 à 1924)
* Frédéric Skarbek  : voir page spécifique.
* Zelazowa-Wola : Zelazowa Wola (Żelazowa Wola), village situé à l’ouest de Varsovie, à une cinquantaine de kilomètres.

27
* Mme Skarbek : voir page La famille Skarbek.
* Justyna Krzyzanowska : voir page spécifique.

28
* Brochow (Brochów) : centre de la paroisse dont faisait partie Zelazowa Wola en 1810
* il n’a point cherché à dissimuler l’humilité de ses origines : assertion qui nécessiterait une justification.
* la fille aînée : Anne Skarbek, née en 1793 (voir page La famille Skarbek)
* lycée de Varsovie : Frédéric Skarbek entre au lycée (fondé en 1804 par les autorités prussiennes) en 1805
* Austerlitz : en décembre 1805 (victoire française sur l’Autriche et la Russie)
* Iéna : en octobre 1806 (victoire sur la Prusse)

29
* un soulèvement : il s’agit de la révolution haïtienne, dont la figure principale est Toussaint Louverture
* l’Empereur multipliait les promesses et signait des traités de paix, tout en enchaînant guerre sur guerre : vision un peu caricaturale de la politique de Napoléon
*l’occupant russe : cf. page 23.
* la province centrale est érigée en duché de Varsovie : après avoir battu la Prusse en 1806-1807, Napoléon récupère (en gros) le lot prussien des partages de 1793 et 1795 pour en faire le duché de Varsovie, en accord avec le tsar (traité de Tilsit) ; le tsar, qui n'a eu aucun territoire à céder, obtient que les termes Pologne, Polonais ne soit pas utilisés.
la paix de Vienne en 1809 : ou traité de Schönbrunn (14 octobre 1809). L'Autriche, ayant rompu la paix conclue après Austerlitz, est de nouveau battue en Allemagne (Wagram) et en Pologne (Raszyn) ; les territoires du lot autrichien de 1795 sont alors intégrés au duché de Varsovie. La Russie n'est pas concernée par ce conflit.
* Louise-Ludwilla : la fille aînée des Chopin s’appelle, en polonais Ludwika, en français Louise.

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* Frédéric-Francis : Chopin reçoit les prénoms, en polonais, de Fryderyk Franciszek, en latin, de Fredericus Franciscus, soit plutôt « Frédéric François »
* le baptise à Zelazowa-Wola : le baptême est effectué par le vicaire de la paroisse à l’église de Brochow, comme le mariage des parents. L’énoncé de Gavoty dans ces lignes est incohérent…
* le déclarer à l’état civil : la déclaration à l’état civil a aussi lieu à Brochow le 23 avril, devant le curé de la paroisse, officier d’état civil.
* Josef Wyrzykowski : Joseph Wyrzykowski (Józef Wyrzykowski), présenté comme « économe », habitant à Zelazowa Wola.
* Frédéric Gert : Frédéric Geszt (Fryderyk Geszt), présenté comme habitant de Zelazowa Wola.
* Bogumil Linde (Bogumił  Linde), directeur du lycée de Varsovie en 1810, par ailleurs spécialiste de la langue polonaise.

32
*quelque peu retaillé : la région de Posnan-Torun est rendue à la Prusse 
* la souveraineté nationale est fictivement accordée au pays : le royaume de Pologne, dévolu au tsar Alexandre, est considéré lors du congrès de Vienne comme extérieur à l’empire russe.
* en 1818, une université s’ouvre à Varsovie : avec l’accord du tsar ; il ne s’agit pas, à cette époque, d’une université clandestine.
* la société des sciences : la Société des Amis des sciences (Towarzystwo Przyjaciół Nauk), fondée en 1800 à Varsovie (à l’époque sous contrôle prussien), supprimée en 1832, suite à l’échec de l’insurrection de 1830-1831.
* Stanislas Potocki, ministre de l’Instruction publique : Stanislas Potocki (Stanisław Kostka Potocki, 1755-1821), responsable de l'éducation à l'époque du duché de Varsovie, est maintenu à son poste au début du royaume de Pologne
* Adam Czartoryski, ancien ministre des Affaires étrangères : Adam Jerzy Czartoryski (1770-1861), ami du tsar Alexandre Ier, nommé responsable de l'éducation en Lituanie en 1803, est ministre des Affaires étrangères de Russie en 1804-1805 ; lors du congrès de Vienne, le tsar tient largement compte de ses avis concernant le sort de la Pologne, mais ne lui donne aucun rôle notable dans la nouvelle entité
* Kosciuszko : en 1814-1815, il participe à Vienne aux discussions en vue du maintien d'un Etat polonais sous l'égide de la Russie, mais refuse d'entériner le royaume de Pologne tel qu'il résulte du congrès et s'exile en Suisse


A suivre



Création : 21 août 2013
Mise à jour : 24 avril 2014
Révision : 24 avril 2014




























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