jeudi 1 août 2013

89 André Lévy 2 : étude de son article

A propos de l’article d’André Lévy sur Nicolas Chopin (Mercure de France, novembre 1912)



Classement : questions biographiques ; Nicolas Chopin






Suite à l’article de Wanda Landowska paru dans le Mercure de France (numéro 331 du 1° avril 1911, rubrique « Echos », pages 669-670, disponible en ligne sur Gallica), la revue publie (n° 370, 16 novembre 1912, pages 297-302) un article (cité par Edouard Ganche) d’André Lévy, daté de mai 1912, intitulé « La fin d’une légende : l’origine lorraine de Chopin », disponible en ligne sur Gallica.


L’auteur
Il y a peu de renseignements disponibles sur cet André Lévy (nom par ailleurs assez courant).
Comme cela apparaît dans le texte, il s’agit d’un Nancéen, ou du moins d’un Lorrain.

La seule chose certaine (pour le moment) à son sujet est qu’en 1914, le Mercure de France a publié un autre article de lui, intitulé « L'origine lorraine de Méhul » (numéro 404, du 16 avril 1914, pages 754-772, disponible en ligne > demander la page 754), qui évoque l’article sur Chopin : « après nos vaines recherches au sujet de l’origine lorraine de Chopin, parues ici même, […] », mais n’apporte pas de renseignements sur l'auteur.

Par ailleurs, une requête sur le catalogue SUDOC permet de repérer deux « André Lévy » pouvant correspondre.

Le premier, auteur de La Vie et l'œuvre médicale de Charles de Paris (Carolus Piso) 1563-1633, premier doyen de professeur en la Faculté de médecine de l'Université de Pont-à-Mousson, Nancy, Imprimeries réunies de Nancy, 1914 (thèse ou mémoire, Université de Nancy), serait né en 1889, ce qui paraît un peu tard pour publier un article dans le Mercure de France en 1912.

Le second (André ou André-Abraham), auteur de Essai sur la cholécysto-appendicite : association de la cholécystite et de l'appendicite, Nancy, Imprimerie Nancéienne, 1904 (thèse ou mémoire, Université de Nancy), serait né en 1877, ce qui paraît plus convenable.

Le texte
Il est transcrit sur une page spécifique de ce blog

Analyse
Les principaux points abordés par André Lévy sont les suivants :
*présentation sommaire de l'historiographie de la question de l’origine lorraine de Nicolas Chopin, insistant (citation) sur l’article de Wanda Landowska ;
*les recherches d’André Lévy et leurs résultats
*conclusion

L’historiographie
Il évoque successivement :
*Elie Poirée, Le Courrier musical, janvier 1910, citation : « Lorrain originaire de la Pologne »
*Elie Poirée, Les Musiciens célèbres, citation : « Lorrain d’origine, [parti de] Nancy »
*Marcel Szulc, cité par Poirée : « gentilhomme polonais, qui, ayant accompagné Stanislas Leczinski en Lorraine, aurait pris le nom de Chopin »
*Antoni Wodzinski (non nommé) : « [descendant] d’un certain Szop, valet au service de Stanislas »
*Dictionnaires des musiciens (et « divers dictionnaires »), citation : « [né] à Nancy le 17 août 1770 et [descendant] de Nicolas Chuppin, trompette du duc de Lorraine en 1667 ».
*Wanda Landowska, Mercure de France, 1911, citation : « [petit-fils d’un] Polonais […] courtisan du roi Stanislas Leszczynski [qui] s’appelait Nicolas Szop ».

Les recherches d'André Lévy
Il fournit les résultats suivants pour ses recherches sur Chopin et sur des noms apparentés :
*présence de « Chuppin », famille de peintres des XVIè et XVIIème siècles ;
*absence de « Nicolas Chuppin, trompette du duc de Lorraine en 1667 »
*absence de « Chopin », « Chuppin », « Choupin » à Nancy à la fin du XVIIème et au XVIIIème siècles ;
*absence de tout marchand de vin « Chopin » ou « Szop » à Nancy au XVIIIème siècle, de tout maître d’école « Chopin »
*mêmes résultats en ce qui concerne Lunéville et Commercy ;
*absence de tout « Chopin » dans les lettres de bourgeoisie de Nancy (tenues depuis 1570) ;
*absence d’acte de baptême pour « Nicolas Chopin », pour le 17 août 1770, comme pour les registres des « autres jours de l’année, et même [des] années précédentes et suivantes »
*présence d’une série de menuisiers portant des noms apparentés : « Joseph Chope », et d’un « C. Chope », dans le registre des sols de la paroisse Saint-Epvre en 1770 ; d’un « J. Jobe » en 1776 ; d’un « Joseph Schob » en 1780, puis en 1781, 1784, 1788, alors marié et père de deux filles ; d’un « Joseph Chobe » en 1795, 1796,1798, et en 1807 (« ancien menuisier »), mort le 3 septembre 1810, qui apparaît comme fils du maire de Bidestroff, et qui ne peut donc en aucun cas être parent de Nicolas et Frédéric Chopin.
  
La conclusion
N’ayant trouvé aucun document faisant état d’une personne de Nancy, soit d’origine polonaise, soit d’origine française, apparentée à Nicolas Chopin, André Lévy en déduit comme cela apparaît dans le titre, que Nicolas Chopin n’était pas d’origine lorraine : « Nous espérons qu’elles [nos recherches] suffiront à détruire la légende de l’origine lorraine de Chopin. Cette origine demeure plus que jamais mystérieuse. Nous avons essayé vainement d’avoir en Pologne quelques indices pouvant nous mettre sur la voie, et nous craignons bien que ce petit point d’histoire musicale demeure à jamais inexpliqué. »


Commentaires
Les recherches menées par André Lévy sont tout à fait intéressantes, même si leur résultat est négatif.
Il faut cependant remarquer qu’il travaille de seconde main, puisqu’il ne semble pas connaître la langue polonaise, et est donc tributaire de traductions partielles.

En ce qui concerne le contenu de sa conclusion, nous devons la confronter à ce que nous savons maintenant : que Nicolas Chopin était originaire de Lorraine, mais pas de Nancy, contrairement à ce qu’il affirmait couramment à ses connaissances polonaises, et n'avait pas d’ascendance polonaise, contrairement à ce qu’une rumeur a pu propager.

La conclusion d’André Lévy est donc excessive (il pouvait légitimement dire que Nicolas Chopin n’était ni de Nancy, ni de Lunéville, ni de Commercy, et qu’il n’était pas descendant d’un Polonais, courtisan ou valet de Stanislas Leszczynski, mais rien de plus) ; et cela résulte de plusieurs confusions :
1) il confond la question de l’origine lorraine de Nicolas Chopin (cf. titre) et celle de son origine nancéenne ;
2) il confond la question de l’origine nancéenne de Nicolas Chopin et celle de son ascendance polonaise ;
3) il ne tient pas compte du fait que l’origine nancéenne, lorraine ou française de Nicolas Chopin n’est pas une invention des biographes, mais une assertion fournie par le témoignage de l’intéressé lui-même.

Le troisième point est particulièrement important : en effet, on peut trouver au moins deux raisons pour lesquelles Nicolas Chopin se disait « de Nancy » et non pas « de Marainville » (il voulait simplifier les choses pour ses interlocuteurs peu familiers de la géographie de la Lorraine ; il était un peu snob, raison qui me paraît moins étayée), mais je ne vois pas de raisons pour lesquelles ils se serait dit lorrain, ou français, s’il ne l’était pas.

On peut donc dire qu’André Lévy fait avancer la question de l’origine de Nicolas Chopin en établissant ce qu’il n’est pas (nancéen, descendant d’un Polonais établi à Nancy), mais il introduit des éléments de confusion en affirmant sans autre preuve qu’il n’est pas lorrain.



Création : 1° août 2013
Mise à jour : 12 avril 2014
Révision : 12 avril 2014






























Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire