dimanche 29 septembre 2013

112 Marie-Paule Rambeau 2 Chopin : le texte du chapitre 1

Quelques informations à propos de l’ouvrage de Marie-Paule Rambeau consacré à Chopin : le texte du chapitre 1 (« Les origines »)


Classement : questions biographiques ; écrits sur Chopin





Ceci est la suite de la page Marie-Paule Rambeau 2 Chopin l'enchanteur autoritaire, consacrée à cet ouvrage, paru aux éditions L’Harmattan en 2005 ;

Je reproduis ici le premier chapitre, intitulé « Les origines : Lorraine et Kujavie », qui sera étudié sur une page spécifique ; la reproduction inclut les notes de l’auteur (après le texte).

Les astérisques sont des appels de notes de ma part (en bas de page).
Je mets en valeur (en gras) les passages notables.


Texte

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« Les origines : Lorraine et Kujavie*

Fryderyk Szopen ou Frédéric Chopin ? Ce n’est qu’en quittant définitivement la Pologne que Chopin se verra restituer l’orthographe française de son patronyme que ses compatriotes continueront à écrire phonétiquement à la polonaise*. Mais ils respectèrent toujours la graphie étrangère de celui de son père. Le chassé-croisé des destinées de Nicolas Chopin et de son fils Frédéric est pour le moins curieux.
Né en France, Nicolas émigra en Pologne à l’âge de dix-sept ans, s’y fixa et y mourut. Pour aussi réussie que fût son intégration à son pays d’adoption, il demeura aux yeux des Varsoviens qui l’accueillirent le représentant de cette nation française qui, au lendemain de 1789, avait bouleversé l’équilibre et les idées de l’Europe*. Il ne perdit jamais un accent français prononcé, préférant écrire à ses enfants dans sa langue maternelle. Son fils, lui, quitta la Pologne où il était né vingt ans plus tôt, pour un voyage sans retour et s’établit à Paris pour y vivre et pour y mourir*. Les événements politiques qui firent de la Pologne un pays martyr, rayé de la carte*, le désignèrent comme l’un des représentants les plus éminents de la Grande Emigration* qui entretinrent à l’étranger la survie intellectuelle de leur patrie. Le Français repose en terre polonaise, au cimetière varsovien de Powązki. Le Polonais en terre française, au cimetière parisien du Père-Lachaise. Ni l’un ni l’autre n’avait renoncé à sa nationalité. Mais ils avaient librement choisi le pays où ils vivraient

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leur vie d’homme, loin de leur famille et des lieux où ils avaient grandi. Nicolas accepta ou résolut d’oublier sa Lorraine natale, et Frédéric se laissa compter au nombre des exilés politiques* que les autorités russes ne souhaitaient pas revoir sur le territoire polonais. Ce qui allait de soi pour Nicolas – un Français émigré en Pologne – suscita en ce qui concerne son fils des querelles non encore apaisées. Génie oblige.
Dans l’article nécrologique qu’il consacra à Chopin dans Przegłąd Poznański*, Jan Koźmian* écrivait :
« Chopin était avant tout Polonais. Chacun de ses actes, chacun de ses mots étaient fortement imprégnés de ce caractère. Bien que d’origine française, il se distinguait au milieu des Français par ce cachet typiquement polonais, plus prononcé que chez aucun autre Polonais. De même qu’il puisait son inspiration à la source des chants du peuple, il aimait aussi restituer sa façon de parler et dans ses moments de gaieté, il rendait à merveille sa simplicité joviale. Il ne vivait que pour la Pologne et il rêvait sans cesse à elle (1). »
Un siècle plus tard, André Gide recourait à une habile métaphore pour contester cette annexion à une polonité exclusive : « Si je reconnais dans l’œuvre entier de Chopin une inspiration, un jaillissement polonais, il me plaît de reconnaître une coupe, une façon française (2). »*.
Le débat est loin d’être clos. Car, bien qu’à la fin de sa vie, Chopin se soit revendiqué comme « un vrai Mazur* », l’analyse de sa personnalité, comme celle de son œuvre, mettent en évidence les influences conjuguées de sa double culture, française par son père, polonaise par sa mère*. Et comme pour en souligner l’égale importance, le parcours de sa brève existence se partage équitablement : vingt ans en Pologne, dix-neuf en France.

Le côté du père

L’ascendance française de Chopin a été définitivement établie depuis la découverte à Marainville*, petite commune du département des Vosges, du certificat de baptême de son père. Les travaux de Gabriel Ladaique (3) ont fait le point sur l’enracinement de la famille paternelle du compositeur en France, d’abord en Dauphiné, puis en Lorraine. Nicolas Chopin, né le 15 avril 1771, était le deuxième enfant de François Chopin* et de Marguerite Deflin, établis à Marainville depuis 1769, l’année même de leur mariage. Il avait deux sœurs, Anne (1769-1845) et Marguerite (1775-1845). Vigneron et charron de son métier, François Chopin bénéficia de circonstances historiques favorables à sa promotion.

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sociale*. Le roi Stanislas Leszczynski*, beau-père de Louis XV, avait obtenu en 1737 la souveraineté des duchés de Lorraine et de Barrois qui devaient, à sa mort en 1766, en revenant à sa fille, être rattachés à la couronne de France. La cour de Lunéville fut un intense foyer d’activité culturelle et artistique que Voltaire fréquentait volontiers. Stanislas, contraint de troquer la couronne de Pologne contre celle plus modeste de Lorraine, y avait attiré un grand nombre de Polonais. Le château de Marainville fut ainsi acheté par un gentilhomme lituanien, le comte Michał Pac*, qui avait été chambellan du roi Auguste III de Pologne. Quand il s’absentait, c’était son régisseur, Adam Weydlich*, qui assumait la direction du domaine. François Chopin, sans doute plus vif et plus débrouillard que les autres villageois, devint syndic du village*, et, à ce titre, se trouva en relation avec les deux aristocrates polonais. Son fils Nicolas reçut donc une bonne éducation, ce qui n’était  pas courant dans les familles rurales modestes. Comme l’écrit Gabriel Ladaique « Nicolas parle allemand, compose des poèmes en français, sait tenir une comptabilité, joue de la flûte et du violon, lit des œuvres de Voltaire, notamment Candide (4) ».
Lorsque, après la vente du château de Marainville, Adam Weydlich regagna la Pologne, en 1787, il proposa à Nicolas de partir avec lui. Ayant sans doute hérité des aptitudes de son père à s’adapter et à évoluer, Nicolas, malgré ses seize ans, n’hésita pas. Promis à prendre la succession de son père, il n’avait aucun avenir dans un village* qui accusait cruellement, en ces années de crise pré-révolutionnaire, l’aggravation des conditions de vie de la population rurale*. L’occasion était à saisir. Il arriva donc à Varsovie au cours de l’année 1787. Il ne devait plus en repartir. D’abord comptable à la Manufacture des tabacs* pendant deux ans, il se retrouva sans emploi après sa fermeture. Sa culture et ses compétences lui avaient acquis de solides relations. Il semble qu’il soit alors devenu le précepteur du fils de Jan Dekert*, le directeur de la fabrique. « Je fus son premier élève », dira le chanoine Dekert en prononçant son oraison funèbre (5). Certes le grand nombre d’émigrés français, en Pologne comme en Russie, avait mis à la mode la présence, dans les familles riches, d’un précepteur français. Mais ils appartenaient généralement à l’aristocratie. Nicolas ne pouvait se réclamer d’un quelconque blason et pas davantage du prestige d’un exil forcé. Il faut donc supposer que son sérieux et ses qualités personnelles étaient assez remarquables pour lui valoir cette manière de promotion. Après avoir passé trois années comme précepteur dans la région de Kalisz (6), il revint à Varsovie au moment où éclata l’insurrection de

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Kosciuszko*, en avril 1794. Vivant depuis sept ans en Pologne, il se sentit suffisamment concerné par les événements nationaux pour prendre part à ce formidable mouvement de libération, qui, pendant six mois, tint en échec les armées russe et prussienne. Il s’engagea dans la Garde Nationale et participa à la défense du faubourg de Praga. Mais le 10 octobre, Kościuszko était fait prisonnier à Maciejowice. Les troupes russes écrasèrent la résistance à Varsovie, le rêve de reconquête de l’indépendance nationale s’effondra. Le troisième partage de la Pologne fut consommé.
Durant toutes ces années, Nicolas n’avait reçu aucune nouvelle de ses parents. Le 25 septembre 1790, il leur avait adressé une lettre* où il s’étonnait de leur silence en des termes empreints d’affection et de respect qui excluent une quelconque volonté de rupture de sa part :

[style barré : passages non cités par Marie-Paule Rambeau]

« Mon cher Père et ma chère Mère,
Dans l’incertitude où je suis que mes lettres vous soyent parvenues je ne vous écris que deux mots seulement pour m’informer de l’état de votre santé et vous prouver mon respect et mon attachement. Depuis deux ans passés je n’ai point de vos nouvelles, je ne sais à quoi l’attribuer, cependant chers Parents mon éloignement ne fait qu’augmenter mon respect envers vous en me faisant connaître de quel bonheur je suis privé d’être si longtemps sans vous voir et sans recevoir aucune de vos nouvelles. Comme Madame Weydlich vous a écrit aussi plusieurs lettres en vous chargeant de vous informer au sujet de ses affaires à Strasbourg aux quelles vous n’avés pas répondu. Je vous dirai que Nous savons bien que Mr Malard est payé mais que nous ne savons pas s’il a touché de l’argent pour les créanciers. Comme les affaires avec Monsieur Le Comte Pac ne sont pas encore finies et qu’il demande une rendition des comptes de la terre de Marainville fait que j’étois sur le point de partir pour Strasbourg pour finir les dittes affaires au nom de Monsieur Weydlich. Mais comme nous avons appris que la France n’était pas encore tranquille par les révolutions qui s’y sont faites a été cause que mon voyage a été différé mais cependant je crois partir sous peu de temps car M. Weydlich s’est déjà arrangé avec un Banquier qui ne tardera pas à partir pour la France. Cependant avant que je parte je vous prie de m’informer si la milice n’est pas plus stricte qu’elle était car on nous dit que tous les jeunes garçons depuis l’âge de dix-huit ans sont tous soldats c’est ce que nous sommes curieux de savoir, car étant dans un pays étranger comme j’y suis et où je peux faire mon petit chemin, je ne pourrais le quitter qu’avec regret pour me rendre soldat quoique dans ma patrie vu que M. Weydlich n’a que trop de bontés pour moi et dont j’en prévois les suites heureuses. Je vous prie donc chères Parens de me faire réponse le plus tôt possible pour que je puisse partir en toute sûreté et jouir du bonheur de vous voir ainsi que tous mes chers parents. J’ai l’honneur d’être avec le plus profond respect
Cher Père et chère Mère de vos enfant votre très humble et très obéissant fils (7).

A Varsovie
Ce 15 7bre
1790
Monsieur et Madame Weydlich vous font bien des complimens et vous prie d’assurer Monsieur le Curé de leur respect. Je vous prie de lui assurer aussi de ma part.
J’embrasse mes sœurs de tout cœur ainsi que tout mes parens et amis.
Je vous donne mon adresse de crainte que la lettre ne soit égarée car je ne puis concevoir que depuis deux ans passés je n’aye reçu aucune Lettre dont voici
A Monsieur
Monsieur Chopin                  Pologne
Par Dresde à Varsovie
en Pologne
poste restante »

Cette lettre parvint à ses destinataires : on l’a retrouvée dans les papiers de famille de Marguerite Bastien-Chopin, la sœur cadette de Nicolas. Mais pas plus que les autres, elle ne reçut de réponse. Rien ne permet dans l’état actuel de nos connaissances d’expliquer l’étrange comportement de François et Marguerite Chopin. L’hypothèse selon

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laquelle leur silence aurait préservé l’incognito de leur fils, en lui évitant la conscription*, paraît bien fragile. Car on peut donner signe de vie autrement que par lettre* et, passée la tourmente révolutionnaire, sa famille et ses amis auraient pu reprendre contact avec lui. Or Nicolas n’eut jamais plus de nouvelles. Sa mère mourut en 1794, sans qu’il en fût informé. Son nom ne figure pas non plus dans les actes de la succession de François Chopin*, mort en janvier 1814. Lui-même renonça à revenir en France, après que par deux fois la maladie eut différé ses projets (8).
Pendant l’insurrection de Kosciuszko, Nicolas s’était lié d’amitié avec Maciej Łączyński, staroste de Kiernozia, une bourgade située entre Płock et Łowicz, à soixante-dix kilomètres de Varsovie. Celui-ci lui proposa de prendre en charge l’éducation de ses deux fils, Benedykt et Teodor. Sa mort prématurée, en mai 1795, engagea Nicolas à demeurer auprès de sa veuve Ewa qu’il seconda dans la gestion de son domaine de Czerniewo* et dans l’éducation de ses quatre enfants. Parmi eux, une petite Maria à laquelle il était très attaché et qui devait faire parler d’elle : devenue comtesse Walewska, elle eut une liaison avec Napoléon auquel elle donna un fils, Alexandre Walewski. Sept ans plus tard, les enfants Łączyński ayant grandi, Nicolas fut employé dans les mêmes fonctions chez l’une de leur parente, la comtesse Ludwika Skarbek*.
La propriété des Skarbek était à Żelazowa-Wola*, à une cinquantaine de kilomètres de la capitale, en bordure de la superbe forêt de sapins de Kampinos, au cœur de la Mazovie*. Après le départ de son mari qui avait fui à l’étranger ses créanciers et dont elle devait se séparer, Ludwika Fenger-Skarbek, originaire d’une riche famille de Torun’, élevait seule ses quatre enfants, Teodor, Fryderyk*, Michal’ et Anna (9). Le domaine n’était pas grand : un corps de bâtiment principal, flanqué de deux pavillons annexes, une ferme et un moulin au bord de la petite rivière Utrata, c’était tout ce qu’il restait de la fortune familiale dilapidée (10). Nicolas, qui avait maintenant l’expérience et la maturité d’un homme de trente ans, cumula à Żelazowa-Wola les fonctions de régisseur et de précepteur. Des quatre enfants, ce fut Fryderyk qui profita le mieux d’un enseignement dont il rappelle dans ses Mémoires qu’il conciliait l’autorité et la douceur :
« La façon amicale et douce de Chopin, une surveillance étroite de toutes mes actions, sans pour autant limiter inutilement ma liberté, et un enseignement dépourvu de contraintes et de pédanterie ont permis un regain d’intérêt pour mes capacités et un penchant pour les études (…) Sous la direction de ce

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maître qui, jusqu’à sa mort, fut mon meilleur ami, j’ai reçu ma première formation scientifique. »
Pour la seconder, Ludwika Skarbek avait fait venir de Kujavie une parente de son mari, Justyna Krzyżanowska*. Née en 1782 à Długie*, elle était la fille de Jakub Krzyżanowski et de [sic] Antonina Kolonińska, tous deux décédés à cette époque. Justyna avait un frère, Wincenty, né en 1775 et une sœur, Marianna, née en 1780. On a peu de renseignement sur les ascendants maternels de Chopin. Il semble que les Krzyżanowski aient de lointaines origines méridionales, juives, selon certains, et qu’ils aient été anoblis, même s’ils ne portaient pas de titre. Justyna avait reçu une éducation soignée ; elle parlait français et jouait du piano. Sans grande beauté, elle avait un caractère discret et très doux qui la rendait attachante. Les deux jeunes gens sympathisèrent, apprirent à s’estimer et, après quatre ans de cohabitation, Nicolas finit par demander Justyna en mariage. Il avait trente-cinq ans, elle vingt-quatre. Ce n’était pas un mariage de convenances, mais d’inclination et leur union fut heureuse. Le mariage fut célébré le 2 juin 1806 dans l’église fortifiée de Brochów*, voisine de Żelazowa-Wola.
La comtesse Skarbek installa le jeune couple dans le pavillon de gauche qui comportait trois pièces dont les fenêtres ouvraient sur l’Utrata, bordée de saules, cet arbre-totem de la Pologne, sous la protection duquel le sculpteur Szymanowski* a choisi symboliquement de placer la statue monumentale de Chopin, dans le parc Łazienki à Varsovie. Mais si poétique qu’elle fût, la campagne était peu sûre en ces années de bouleversements politiques où Napoléon, avec l’aide des légions polonaises de Dąbrowski*, tentait d’évincer les Prussiens  de Varsovie en s’alliant avec les Russes*. Les Chopin s’installèrent donc quelque temps à Varsovie dans l’appartement des Skarbek. C’est là que naquit, deux mois avant le traité de Tilsit et la création du Duché de Varsovie*, le 6 avril 1806*, leur premier enfant, Ludwika, qui reçut le prénom de sa marraine, la comtesse Skarbek.
Lorsque, deux ans plus tard, de retour à Żelazowa-Wola, Justyna fut de nouveau enceinte, Nicolas envisagea sérieusement un établissement mieux adapté à ses nouvelles responsabilités. Il s’était lié d’amitié avec un familier des Skarbek, Samuel Linde*, le futur recteur de l’Université de Varsovie. Grâce à son appui, il put solliciter un poste

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d’enseignement au lycée de Varsovie. Il n’avait aucun des diplômes requis*, seulement le privilège d’être français et d’avoir fait ses preuves en tant que pédagogue.

Naissance de Frédéric
Le jeudi 1er mars, à six heures du soir, Nicolas et Justyna avaient un fils. Il s’appellerait Fryderyk*, comme son parrain, le fils aîné des Skarbek et François*, comme c’était la tradition chez les Chopin. Blond comme sa mère dont il aurait le regard tendre et velouté, il avait hérité de son père un visage fin et allongé et l’on ne sait trop de quel ancêtre, un long nez busqué sur les généreuses proportions duquel il plaisantera toute sa vie. La fragilité du nouveau-né commanda la prudence : il fut ondoyé à Żelazowa-Wola (11) avant d’être baptisé le 23 avril suivant en l’église Saint-Roch de Brochów. Anna Skarbek fut choisie comme marraine et son frère Fryderyk, en voyage d’études à Paris, fut remplacé par Franciszek Grembecki. L’acte de naissance et l’acte de baptême, établis le même jour, portent la date de naissance du 22 février :

[Acte de naissance de Chopin (établi en polonais) ; style barré : passages non cités par Marie-Paule Rambeau ; entre crochets : restitution de l’original (nombres)]

« En l’an 1810 [mil huit cent dix], le 23ème [vingt-troisième] jour du mois d’avril, à 3 h [trois heures] de l’après-midi, par devant nous, curé de la paroisse de Brochów, exerçant la charge de fonctionnaire de l’état civil de la commune paroissiale de Brochów, district de Sochaczew, département de Varsovie, se sont présentés Nicolas Chopyn, père, âgé de 40 [quarante] ans, domicilié au village de Żelazowa Wola et nous montra un enfant du sexe masculin, né dans sa maison le 22 [vingt-deux] du mois de février à 6 [six] heures du soir, de l’année courante, nous déclarant que cet enfant était sien et mis au monde par sa femme Justyna, née Krzyzanowska, âgée de 28 [vingt-huit] ans, et qu’il désirait donner à l’enfant les prénoms de Frédéric François. Après avoir fait la susdite déclaration et après nous avoir montré l’enfant en présence de Józef Wyrzykowski, économe, âgé de 38 [trente-huit] ans, et de Fryderyk Geszt, âgé de 40 [quarante] ans, tous deux domiciliés au village de Żelazowa Wola. Le père et les deux témoins après avoir lu le présent acte de naissance ont déclaré savoir écrire. Nous avons signé le présent acte. Abbé Jan Duchnowski (12) , curé de la paroisse de Brochow, exerçant la charge de fonctionnaire de l’état civil, Mikolay Chopin, le père. »

La date du 22 février est très certainement une erreur imputable soit à la négligence du prêtre, ce qui n’était pas rare à une époque où les actes de l’état civil étaient laissés à l’autorité des paroisses*, soit à l’étourderie de Nicolas Chopin qui se serait trompé d’une semaine, le 22 février et le 1er mars tombant tous les deux un jeudi. En revanche on a du mal à imaginer que Justyna ait perdu la mémoire du jour de son accouchement. Or les Chopin ont toujours mentionné le 1er mars

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comme la date de naissance du compositeur et c’est celle que lui-même indiqua toujours dans ses déclarations officielles (13).
Quelques mois après la naissance de Frédéric, Nicolas obtint un poste de « collaborateur auprès du lycée de Varsovie ». Il enseignerait le français dans les petites classes (14). La famille quitta définitivement Żelazowa-Wola et, en septembre 1810, s’installa dans l’aile droite de l’imposant Palais de Saxe, l’ancienne résidence du roi Auguste III où était établi le lycée. C’est le premier des trois appartements de fonction qu’occupèrent les Chopin, dans le quartier le plus prestigieux de la capitale. La famille s’agrandit encore : deux filles, Izabela et Emilia naquirent à seize mois d’intervalle, le 9 juillet 1811 et le 20 novembre 1812. Cette fois, Nicolas fut nommé professeur à l’Ecole d’Artillerie et du Génie, puis, en juin 1814, professeur de langue française au lycée de Varsovie, aux appointements de 3 000 złotys par an. Six ans après, en 1820, il fut chargé également du français à l’Ecole militaire d’application avec un salaire annuel de 2 780 złotys. Lorsque les autorités russes fermèrent l’Université de Varsovie en 1833, il fut appelé à différentes fonctions pédagogiques. Ses états de service au moment où il sollicita sa mise à la retraite en 1837, indiquent « 49 ans et 3 mois dans la profession d’éducateur* ».
Le chemin parcouru depuis Marainville permet d’apprécier non seulement l’exceptionnelle faculté d’adaptation de cet émigré d’origine modeste, mais aussi l’intelligence et la ténacité d’un homme qui ne dut sa position sociale qu’à son seul mérite. Car il n’y a pas trace dans sa carrière d’intrigues susceptibles de lui acquérir des bénéfices usurpés. L’oraison funèbre prononcée par son ancien élève, le chanoine Dekert, souligne l’exemplaire probité de ce modeste fonctionnaire qui sut offrir à ses quatre enfants une éducation choisie et solidement structurée par les principes d’une morale exigeante.

L’effacement des racines françaises

L’attachement de Nicolas à son pays d’adoption consomma sa rupture avec la France. Dans les souvenirs transmis par ses anciens élèves revient la même constatation : il n’affichait pas sa différence dans un pays qui, épris de liberté, accordait pourtant à la culture française un prestige dont il aurait pu abuser :

« Il n’était ni un émigré ni un demi-prêtre, comme l’étaient alors pour la plupart les précepteurs français, qui ont donné à la jeunesse polonaise une

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formation si peu nationale (...)* Il n’était imbu ni des principes d’une liberté républicaine exagérée, ni de la bigoterie feinte des émigrés français, il n’était pas non plus un royaliste idolâtre vénérant le trône et l’autel. C’était un brave et honnête homme, qui s’étant consacré à l’éducation de la jeunesse polonaise, ne chercha jamais à la rendre française et à lui inculquer les principes qui triomphaient en France. Ayant du respect pour les Polonais et de la reconnaissance pour la terre et les hommes, parmi lesquels il avait trouvé l’hospitalité et d’honnêtes moyens d’existence, il s’acquittait loyalement de sa dette de gratitude, en formant consciencieusement leurs fils en bons citoyens (15). »

La réussite de cette intégration eut sur ses propres enfants une singulière conséquence. Il ne semble pas qu’ils aient eu connaissance de l’existence de leur famille paternelle qui continuait à vivre à Marainville. Après la mort de leurs parents, les deux sœurs de Nicolas s’étaient mariées, elles avaient chacun deux enfants. Comment expliquer que, vivant en France, Frédéric ne soit jamais entré en relations avec ses tantes et ses cousins, autrement que par l’hypothèse que son père ne lui ait jamais parlé de sa famille ? Et d’autre part le village de Marainville était-il à ce point oublié du monde que la renommée de leur neveu ne fût jamais parvenue aux oreilles d’Anne ni de Marguerite qui vécurent jusqu’en 1845* ? Autant d’énigmes qui risquent de n’être jamais résolues. Pour des motifs qui nous échappent, graves à coup sûr*, Nicolas dut laisser croire qu’il n’avait plus de famille en France. Son acte de décès porte la mention « né en France de parents de prénoms inconnus ». Les rumeurs les plus fantaisistes couraient donc à Varsovie sur ses origines. Selon Eugeniusz Skrodski, fils d’un collègue de Nicolas, on racontait que « il venait de Picardie et qu’il était le fils d’un fermier des domaines du duc d’Enghien, venu de [sic]  Pologne à l’époque de la Révolution (16) ». Il est probable que Nicolas lui-même cacha le lieu exact de sa naissance susceptible de révéler ses origines paysannes. Si ses états se service indiquent « né à Marainville en France », sa première pierre tombale, dans les catacombes du cimetière Powa’zki, porte gravé « né à Nancy (17) ». On comprend que, dans ces conditions, il n’ait jamais présenté la France à son fils que comme un pays étranger et non comme sa seconde patrie. C’est seulement après dix-huit ans d’exil que Frédéric dira qu’il s’est attaché aux Français comme aux siens.

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Une double culture
Néanmoins l’imprégnation de la culture et de la langue française au foyer des Chopin devait tout naturellement orienter les choix futurs de Frédéric. Les quatre enfants étaient bilingues. Toutes les lettres que Chopin recevait de son père sont écrites en français, alors qu’il lui répond en polonais. Sa correspondance avec ses familiers, comme ses tablettes de poche, mêlent les deux langues, avec plus de naturel et de drôlerie que cela ne se pratiquait dans les milieux aisés, par coquetterie culturelle. Il faut faire bon marché de la légende selon laquelle Chopin avait « un abominable accent polonais (18) ». De même que Nicolas articulait exagérément les voyelles nasales polonaises, ce dont ses élèves se moquaient gentiment, de même Frédéric avait, aux dires d’Ernest Legouvé, « un léger accent étranger (19) ». Maurice Sand, dans une lettre à sa mère*, croque ainsi sur le vif un « Mon Diè » qui révèle que, comme tous les Polonais, Chopin avait du mal à prononcer les [e] fermés du français. Tant qu’il fut sous l’autorité de son père, il fit preuve d’une parfaite maîtrise du français qui était considéré en Pologne comme la langue de culture par excellence. Mais paradoxalement, au contact de la France, il se montra par la suite peu soucieux de la correction de la syntaxe et de l’orthographe, déléguant à ses intimes le soin de les rectifier : « Je suis trop paresseux pour regarder dans Boiste (20) ».

L’esprit français…
C’est probablement aussi au contact de son père que Frédéric acquit ce goût pour les philosophes de Lumières et pour Voltaire en particulier qu’il avait pu lire dans la bibliothèque de Nicolas dont c’était l’auteur de prédilection. Nous savons que, dans les dernières semaines de sa vie, le compositeur se faisait lire le Dictionnaire philosophique car « il appréciait beaucoup la forme parfait de cette langue claire et concise et ce jugement si sûr sur les questions de goût (21) ». L’information confirme, dans les affinités de ce romantique avec le rationalisme de l’esprit français, la présence d’un héritage que, cette fois, Nicolas eut à cœur de lui transmettre. Héritage paternel également, ce scepticisme nettement affirmé, par exemple, à l’égard du courant mystique où s’engagèrent les écrivains polonais Mickiewicz*, Słowacki* et Norwid*. Lorsque Mickiewicz succombe à l’influence de l’illuminisme de Towiański*, Chopin hausse les épaules : « Mickiewicz

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finira mal, à moins qu’il ne se fiche de nous (22) ». Quant à Norwid, il doit supporter ses plaisanteries sur ses tendances mystiques, au moment même où son entourage polonais tente de ramener le compositeur au catholicisme in articulo mortis. Dans toutes les circonstances de la vie où la raison lui sembla le céder à la démesure, on le trouve sur ses gardes, prêt à quelque répartie caustique dont l’humour débusquera les attitudes boursouflées, les engagements fébriles ou les théories fumeuses, George Sand l’avait surnommé « le sceptique Chopin », pour avoir plus d’une fois fait les frais d’une réserve érigée en principe.
La position sociale que s’était acquise Nicolas Chopin permit à son fils de grandir dans un milieu de bourgeoisie éclairée, très marqué par les idées progressistes de la France pré-révolutionnaire : son influence a été déterminante dans la formation intellectuelle de Frédéric. Prenons-en pour preuve sa méfiance à l’égard des mouvements révolutionnaires et de l’agitation populaire ; sa sympathie pour les réformistes ; son attachement aux formes de gouvernement qui ont fait leurs preuves, comme la monarchie ; son attirance pour les milieux de l’aristocratie et de la banque qui flattent son goût du raffinement, du confort et du luxe ; on n’a aucun mal à retrouver dans ces convictions quelques uns des principes fondateurs de la philosophie voltairienne dont se réclamait Nicolas, jusque dans ses lettres à son fils.
En fait, le problème n’est pas tant de savoir laquelle de ses deux cultures a le plus fortement marqué Chopin. Les Français et les Polonais se sont suffisamment affrontés sur ce terrain stérile, jusque dans les deux sépultures qu’ils se sont symboliquement partagées : le cœur à Varsovie et le corps à Paris. Mais de se rappeler que le tempérament artistique de Chopin s’est développé au confluent de deux identités nationales, privilège dont il serait dommageable de ne pas le créditer, si, comme le fit Edouard Ganche* en son temps, on s’obstinait à déclarer : « Pour Frédéric Chopin, sa consanguinité française n’était qu’un incident, celui d’un apport entièrement dédaigné (23). »

… et l’âme polonaise
On a souvent assimilé l’attachement de Chopin à la Pologne à l’affection qu’il portait à sa mère, « la seule passion de sa vie », s’il faut en croire George Sand (24). La confusion est aisée en effet, dans la mesure où elle s’est imposée à Chopin lui-même. Ce petit garçon très doux, élevé dans un foyer très uni où, écrit Liszt*, il grandit comme dans un berceau solide et moelleux (25) », développa tout naturellement un rapport

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affectif privilégié à la mère qui a certainement conditionné ses amitiés et ses amours par la suite. Car s’il est hasardeux de prétendre, comme Bernard Gavoty*, que Chopin avait des tendances homosexuelles, sur le seul témoignage de quelques exubérances stylistiques de jeunesse encore alourdies par leur traduction (26), il est certain qu’il choisit des amis plus virils, plus entreprenants ou plus âgés que lui et qu’il affecte parfois à leur égard un comportement capricieux ou câlin, sauf à se faire rabrouer un peu rudement. Quant au rôle qu’il accepta de jouer dans sa relation à George Sand, il laisse supposer que, selon sa propre expression, il ne détestait pas « être tenu en lisières ».
Lorsqu’il quitte définitivement sa famille en 1830, il a vingt ans*. La nostalgie de l’enfance et celle du pays natal, par un phénomène de cristallisation qu’accentue l’exil, figent dans un passé mythique ce paradis perdu où Justyna guidait sur le piano les doigts malhabiles de l’enfant, en fredonnant des chansons mazoviennes. L’impossible retour à la mère, tout autant que l’interdiction de rentrer en Pologne* composent ce « regret du pays qui le consume », comme le note son ami Orlowski* (27). Regret qui paradoxalement semble s’accuser avec les années, au point que, dix-neuf ans après son départ de Varsovie, il écrit à sa famille, à l’occasion de la fête de sa mère : « J’espère que je ne vous ai pas trop manqué (28). » Cette absence cruellement ressentie n’a-t-elle pas commandé en réalité le rapport de Chopin à la musique nationale polonaise ? Car les rythmes folkloriques, saisis dans sa jeunesse avec parfois une curiosité d’ethnographe, s’épurent et se stylisent ensuite pour évoquer moins les traditions vivantes d’une nation, que la mémoire fragile, sans cesse menacée, du temps révolu de l’enfance polonaise. L’exil accepté* a fécondé plus sûrement le génie de Chopin que ne l’eût fait une vie, même brève, au contact des réalités d’un pays que le mal de l’absence n’aurait pas idéalisé.
De la même façon, la fidélité de Chopin au catholicisme semble plus redevable à une pratique familiale dont il garde le souvenir attendri qu’à des convictions personnelles arrêtées. George Sand, qui le connaissait un peu tout de même, prétend n’avoir jamais connu « de poète plus athée (29) » et qu’en réalité il ne croyait en rien, bien qu’il ne tolérât pas la plus petite discussion sur l’orthodoxie catholique. Attitude que confirme Liszt de façon plus nuancée, en disant qu’il « gardait ses croyances sans les témoigner par aucun apparat (30) » et évitait ostensiblement le sujet. Etait-il gêné de soumettre à examen moins une doctrine qu’un sentiment religieux, insufflé par la mère, dans la mesure où il entretenait une liturgie personnelle étroitement liée au génie

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polonais ? Justyna était très pieuse. Dans toutes ses lettres à son fils elle le recommande à Dieu, sur un ton parfois un peu prêcheur, qui témoigne de son inquiétude à le voir renoncer à la foi qu’elle lui avait transmise. « Crois-tu comme te l’a enseigné ta mère ? », lui demande adroitement l’abbé Jełowicki* à son lit de mort, sachant qu’il lèvera, par cette seule évocation, les dernières réticences du moribond à se confesser avant de recevoir l’Extrême-Onction.
Les sentiments de tendresse et de mutuelle estime qui liaient Nicolas et Justyna créaient un climat familial harmonieux et équilibré qui explique certainement l’étonnante coexistence chez leur fils de convictions à première vue peu conciliables. C’est que l’influence de la mère ne le disputa pas à celle du père. Elles n’entrèrent pas en conflit mais conditionnèrent un caractère à la fois lucide et passionné, un esprit concret, curieux des progrès techniques et scientifiques de son temps, et capable en même temps de sombrer dans les terreurs superstitieuses que réveillent dans la mémoire torturée des deuils successifs. Elles allaient doter le compositeur qu’il devint de ce langage si original qu’on l’identifie dès les premières mesures : ici le génie polonais rythme et colore « la musique de Chopin », faisant résonner cette note slave, tantôt héroïque et tantôt nostalgique, dans laquelle tout un peuple continue à reconnaître son âme. Là le clavier devient l’espace inexploré d’une recherche sonore qui se soucie autant de rigueur et d’équilibre que d’expressivité.


Notes et références de l’auteur (page 25-27)
Abréviations
CFC : Correspondance de Frédéric Chopin
CGS : Correspondance de George Sand
PWM : Polskie Wydawnictwo Muzyczne [Edition musicale polonaise]

Notes de la page 14
N1 Przegłąd Poznański, 1849 (notice nécrologique). L’auteur de cet article est Jan KOŻMIAN et non son frère Stanisłas*. Voir Kornel MICHAŁOWSKI, Bibliografia chopinowska, PWM (Warszawa, 1970). Cette bibliographie exemplaire est, depuis la mort de Michałowski en 1998, tenue à jour dans chaque numéro de la revue Rocznik chopinowski, publiée par la TiFC*
N2 André Gide, Notes sur Chopin, L’Arche, Paris, 1948, p. 91
N3 Gabriel LADAIQUE, Les Ancêtres paternels de Frédéric-François Chopin, Aux Amateurs de livres, Paris, 1987, 2 volumes

15
N4 Ibidem , volume 1, p. 162
N5 Jan DEKERT, élève de Nicolas Chopin, devint chanoine de Varsovie et prononça son oraison funèbre en l’église des Capucins le 6 mai 1844. Plus tard, il intervint auprès des autorités russes pour que le cœur du compositeur fût déposé solennellement en l’église Sainte-Croix.
N6 Sur cette question peu connue, voir l’article de Ciesław SIEŁUŻYCKI : « Mikołaj Chopin w Warszawie, Kaliszu i Kiernozi w latach 1787-1802 » [Nicolas Chopin à Varsovie, Kalisz et Kiernozia dans les années 1787-1802] in Ruch muzyczny n° 3 (1999)

16
N7 Reproduction de l’autographe (BNF) in Krystyna KOBYLAŃSKA, Chopin au pays natal, PWM, Cracovie, 1955, pp. 2-3

17
N8 Les états de service de Nicolas portent la mention : « Joint un certificat médical établi par le Conseil Général de Médecine établissant que Chopin subit une faiblesse respiratoire, phtisie, ce qui, dans son âge, est une maladie grave et incurable suivant 1.2 » in Gabriel LADAIQUE, Opus citatum, volume 2, Annexe N. Il est douteux que Nicolas ait succombé à la tuberculose à un âge aussi avancé. Il devait souffrir d’emphysème pulmonaire. Quoi qu’il en soit, il faut rappeler que la tuberculose étant une maladie infectieuse, Emilia et Frédéric ne furent pas victimes d’une affection génétique.
N9 Kacper Skarbek (1763-1823) X Ludwika FENGER (1765-1827)
Teodor (1791-1812)*
Fryderyk (1792-1866)
Michal’ (1796-1834)
Anna épouse WIESIOŁOWSKA (1794- ? après 1841)*
N10 « Après un séjour coûteux à Varsovie, mes parents revinrent à la campagne, non plus à Izbica en Kujavie mais à Żelazowa-Wola, près de Sochachew [sic >Sochaczew]. Ce village est pittoresquement situé, mais il est fort petit comparé aux autres biens, déjà vendus » Fryderyk Skarbek, Pamiętniki (Poznań, 1878). Le manoir central brûla en 1812. Les Skarbek habitèrent alors le pavillon de droite. L’historique du domaine de Żelazowa-Wola se trouve dans le Guide Chopin illustré, édité par la « Société Chopin » en 1960.
                                                          
19
N 11 L’acte de baptême précise que l’enfant a déjà été ondoyé, « baptisatum ex aqua ». Voir l’article de Henryk NOWACZYK : « Chopin ochrzczony z wody w Żelazowej Woli » [Chopin ondoyé à Zelazowa Wola] in Ruch muzyczny n° 14 (1999)
N12 Reproduction dans Chopin au pays natal, Opus citatum, p. 11

20
N13 Deux exemples probants : « Le 1er et le 5 mars sont proches et je ne peux t’embrasser ». Lettre de Justyna CHOPIN à son fils, in CFC II, 214 et «  F.F. Chopin, né le 1er mars 1810 ». Lettre de CHOPIN à la « Société Littéraire Polonaise », in CFC II, 86
N14 Le programme de la classe de français était une initiation à la langue, à la grammaire, à la prononciation et à la littérature. Reproduit dans Chopin au pays natal, p. 23

21
N15 Fryderyk Skarbek, Pamiętniki, Opus citatum
N16 Eugeniusz SKRODZKI, auteur, sous le pseudonyme de WIELISŁAW de « Kilka wspomnień z mojej młodości » in Bluszcz n° 32 (1882)
N17 « En souvenir de Mikołaj Chopin, ancien professeur du lycée de Varsovie, de l’Académie ecclésiastique catholique romaine, et membre du comité d’examen, né à Nancy en 1770, décédé à Varsovie en 1844. Repos éternel. » L’oraison funèbre de Dekert indique « né dans les environs de Nancy en 1769 ».
Depuis 1948, Nicolas et Justyna reposent sous une même pierre tombale, voisine de celle de Moniuszko*. Elle porte gravé : « Rodzice Chopina » (parent de Chopin).

22
N18 Adam ZAMOYSKI, Chopin, Librairie Académique Perrin, Paris, 1986, traduit (mal) par Agnès Boisson, p. 149 et 192.
N19 Ernest LEGOUVE, Soixante ans de souvenirs, Hetzel, Paris, 1888, volume 2, p. 159
N20 Lettre de CHOPIN à George Sand du 5 décembre 1844, CFC III, 182
N21 « Souvenirs de Charles Gavard » in Lettres de Jules JANIN à sa femme, édition Mergier-Bourdeix, Klinksieck, Paris, 1973, volume 1, Appendice IV, p. 601

23
N22 Lettre de CHOPIN  à Julian Fontana du 18 septembre 1841, CFC III, 76
N23 Edouard Ganche, Voyages avec Frédéric Chopin, Mercure de France, Paris, 1934, p. 243
N24 George Sand, Histoire de ma vie, Vème partie, chapitre 13, éd. Georges Lubin, Bibliothèque de La Pléiade, Paris, 1971, volume 2, p. 434. Mais George Sand ne projette-t-elle pas dans ce jugement sa relation à son propre fils ?
N25 Franz LISZT, Chopin, Breitkopf et Härtel, 7ème édition, Leipzig, 1923, p. 214

24
N26 Bernard Gavoty, Chopin, Grasset, Paris, 1974, pp. 74-75
Un exemple : l’expression familière « daj buzi » analogue à notre « Bisous », est traduite par un équivoque « donne ta bouche ».
N27 Lettre de Anloni ORŁOWSKI à sa famille, sans date, CFC II, 129
N28 Lettre de CHOPIN à ses parents du 25 juin 1849, CFC III, 419
N 29 Lettre de George SAND à Etienne ARAGO du 11 novembre 1849, CGS IX, 697.
« Mon pauvre malade est mort dans les mains des prêtres et des dames dévotes.
Il aimait les dévots et ne croyait pourtant à rien. Je n’ai jamais connu de poète plus athée ou d’athée plus poète. Il croyait qu’il croyait à une sorte de divinité et d’immortalité fantastique. Au fond c’était le vague du génie et le néant de la religion. »
N30 Franz LISZT, Chopin, Breitkopf et Härtel, p. 182


Notes

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* les origines : Lorraine et Kujavie : il s’agit des régions d’origine des deux parents de Chopin ; la Cujavie (ou Kujavie ; en polonais : Kujawy) est située à l’est de Poznan et au sud de Torun
* son patronyme que ses compatriotes continueront à écrire phonétiquement à la polonaise : la presse polonaise de l’époque utilise concurremment (voire simultanément) les graphies « Chopin » et « Szopen » (ChOpène), parfois « Szopę » (ChOpin) qui serait phonétiquement plus proche, mais qui est moins courante
* il demeura aux yeux des Varsoviens qui l’accueillirent le représentant de cette nation française qui, au lendemain de 1789, avait bouleversé l’équilibre et les idées de l’Europe : le point de vue des Varsoviens n’est malheureusement pas référencé.
* son fils, lui, quitta la Pologne pour un voyage sans retour et s’établit à Paris pour y vivre et pour y mourir : énoncé de type rétrospectif : quand il quitte Varsovie en novembre 1830, Chopin ne sait pas qu’il ne reviendra jamais en Pologne.
* la Grande Emigration : l’émigration qui a lieu suite à l’échec de l’insurrection contre la mainmise russe sur le royaume de Pologne  en 1830-1831, principalement en France, Belgique, Grande-Bretagne ;
* les événements politiques qui firent de la Pologne un pays martyr, rayé de la carte : énoncé historiquement confusionniste ; les événements de 1830-1831 font bien (de nouveau) de la Pologne un « pays martyr », mais il n'a été « rayé de la carte » qu'après les événements de 1863.

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* Frédéric se laissa compter au nombre des exilés politiques : ayant quitté la Pologne tout à fait légalement en 1830, Chopin ne devient officiellement « émigré » que lorsqu’il renonce à faire proroger son passeport par l’ambassade de Russie à Paris en 1834
* Jan Koźmian (1814-1877), journaliste et écrivain, frère de Stanislas Kozmian (Stanisław Egbert Koźmian, 1811-1885)
Ce qu’il écrit de Chopin est évidemment arbitraire (c’est de la rhétorique patriotique).
* il me plaît de reconnaître une coupe, une façon française : ce qu’écrit ici André Gide est tout aussi arbitraire, mais il assume la subjectivité de son point de vue.
* un vrai Mazur : Chopin n’est pas originaire de Mazurie, mais de Mazovie ; le mot « Mazur » doit être mis pour « Polonais »
* sa double culture, française par son père, polonaise par sa mère : légère confusion entre ascendance et culture ; Chopin a certainement été influencé culturellement par ses parents, mais la culture française (notamment la langue) était présente dans la haute société polonaise  et la culture polonaise lui a aussi été apportée par ses études, ses fréquentations.
* la découverte à Marainville [… (Vosges)], du certificat de baptême de son père : l’acte de baptême de Nicolas Chopin a été découvert en 1926, suite à la publication en Pologne de son dossier professionnel du ministère de l’Education du royaume de Pologne, dans lequel le lieu de naissance indiqué était Marainville, alors que dans la vie courante, il se présentait comme né à Nancy.
* François Chopin : voir la page Les familles Chopin de Lorraine et de Pologne

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* François Chopin bénéficia de circonstances historiques favorables à sa promotion sociale : énoncé confus ; il y avait un syndic dans tous les villages, les « circonstances historiques » n’ont rien à y voir. C’est plutôt Nicolas qui a bénéficié à la fois des circonstances historiques et de la promotion de son père.
* le roi Stanislas Leszczynski : (Stanisław Leszczyński), roi de Pologne (1704-1709), puis exilé en Allemagne, devient beau-père de Louis XV en 1725 ; après l’échec de sa tentative de reprendre sa place en Pologne (1733-1734), il devient duc de Lorraine (1737-1766) grâce à l’appui de Louis XV.
* le comte Michał Pac : voir page spécifique. Michel Pac n’est pas venu en France à la suite de Stanislas Leszczynski ; il y arrive vers 1772 (six ans après sa mort), suite à l’échec de la rébellion contre Stanislas Auguste Poniatowski, rébellion dont il était un des leaders ; il achète le domaine de Marainville en 1780.
* Adam Weydlich : voir page spécifique.
* syndic du village : le syndic (de la paroisse en fait) représentait les habitants auprès du seigneur, ainsi qu’auprès de l’administration d’Etat, notamment fiscale.
* il n’avait aucun avenir dans un village : rien n’atteste que s’il était resté en France, il aurait dû reprendre le travail paternel, surtout s’il avait fait des études.
* un village qui accusait cruellement, en ces années de crise pré-révolutionnaire, l’aggravation des conditions de vie de la population rurale : énoncé légèrement rétrospectif ; historiquement, c’est un lieu commun (quelle était réellement la situation à Marainville ?)
* la Manufacture des tabacs : voir page La manufacture de tabac de Varsovie
* Jan Dekert : voir même page
**Jan Dekert fils (1786-1861) devient prêtre en 1825 ; évêque auxiliaire de Varsovie en 1859. Compte tenu de ce qu’indique Marie-Paule Rambeau, il serait l’élève de Nicolas Chopin à un très jeune âge (trois ou quatre ans)
**Jan Dekert père (1738- 4 octobre 1790) est un homme d’affaires important à Varsovie ; il fait partie des fondateurs de la Compagnie des Tabacs (1776).

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*Kosciuszko : Tadeusz Kosciuszko (Tadeusz Kościuszko, 1746-1817). L’insurrection de 1794 intervient après le Deuxième partage de la Pologne (1793) pour contrer la mainmise étrangère (principalement de la Russie) sur le gouvernement polonais ; son échec entraîne le Troisième partage (1795) qui met fin à l’Etat polonais, dont le territoire est désormais entièrement réparti entre la Russie, l’Autriche et la Prusse (la part prussienne inclut Varsovie)
*une lettre : voir page spécifique.

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* en lui évitant la conscription : allusion à une phrase de la lettre, interprétée incorrectement par plusieurs auteurs. La « conscription » n’existe pas en 1790 (Nicolas emploie du reste le terme de « milice », organisation qui n’est pas fondée sur la « conscription »). Marie-Paule Rambeau a raison de dire que cette hypothèse est fragile, mais elle ne semble pas mettre en cause l’existence de la conscription à la date de la lettre
* donner signe de vie autrement que par lettre : à cette époque, il n’y aurait qu’un seul autre moyen : envoyer quelqu’un
* les actes de la succession de François Chopin : Marie-Paule Rambeau ne donne malheureusement pas de références pour l’acte de succession de François Chopin.
Czerniewo : village de Mazovie, à 80 km à l’ouest de Varsovie, pas très éloigné de Zelazowa Wola
Ludwika Skarbek : voir la page La famille Skarbek ;
* Żelazowa-Wola : en polonais : Żelazowa Wola (le tiret est rajouté sans motif, puisque l’initiale conserve la graphie polonaise)
* Mazovie : région (et voïvodie) de Pologne située à l’ouest de Varsovie
Fryderyk : voir la page Frédéric Skarbek

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* Justyna Krzyżanowska : voir page spécifique
* Długie : village de l’actuelle commune d’Izbica de Cujavie (Izbica Kujawska), voïvodie de Cujavie-Poméranie, district (powiat) de Włocławek.
* l’église fortifiée de Brochów : l’église Saint-Roch de Brochów (centre de la paroisse dont dépendait Zelazowa Wola)
* le sculpteur Szymanowski : Wenceslas Szymanowski (Wacław Szymanowski, 1859-1930),
* les légions polonaises : corps de l’armée française formés à partir des soldats polonais de l’armée autrichienne à partir de 1795 ; elles sont d’abord stationnées en Italie, formellement dans l’armée du royaume de Lombardie ; à partir de 1800 en Allemagne ; pour une partie, presque totalement anéantie, à Saint-Domingue ; elles participent à la campagne de 1806-1807 en Pologne, puis à la guerre en Espagne (cf. Daniel Beauvois, Histoire de la Pologne, p. 190 et suivantes).
*Dąbrowski : Jean Henri Dombrowski (Jan Henryk Dąbrowski, 1755-1818), commandant de la Première légion polonaise, nommé général par la suite
* évincer les Prussiens  de Varsovie en s’alliant avec les Russes : lors du Troisième partage de la Pologne (qui met fin à la République des Deux Nations), Varsovie se trouve dans la portion attribuée à la Prusse ; en réalité, les Prussiens sont évincés de Varsovie  dès la fin de 1806, alors que la guerre continue contre les Russes (batailles d’Eylau et Friedland) ; ensuite, lors du traité de Tilsit (juillet 1807), Napoléon se rapproche de la Russie au détriment de la Prusse
* la création du Duché de Varsovie : Etat (1807-1815) créé par Napoléon, avec l’accord de la Russie, placé sous la protection de la France ; après le désastre de Russie (1812), le duché est occupé par les Russes à partir de 1813, puis transformé en « royaume de Pologne », dévolu au tsar Alexandre 1er, lors du congrès de Vienne en 1815
* le 6 avril 1806 : erreur typographique ; Ludwika n’est évidemment pas née avant le mariage de ses parents. Le traité de Tilsit date du 7 juillet 1807.
* Samuel Linde (1771-1847) : curieusement, Marie-Paule Rambeau n’indique pas qu’à cette époque, il était proviseur du lycée de Varsovie (Liceum Warszawskie, créé en 1804 par les autorités prussiennes)

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* les diplômes requis : à l’époque, il n’y avait guère comme « diplômes » que les grades universitaires (baccalauréat, licence, doctorat) ; en l’occurrence, l’enseignement du français comme langue étrangère ne faisait pas l’objet d’un enseignement universitaire.
* Fryderyk […] et François : énoncé peu cohérent. Chopin est baptisé en latin Fredericus Franciscus, déclaré en polonais Fryderyk Franciszek, ce qui en français donne « Frédéric François »
* une époque où les actes de l’état civil étaient laissés à l’autorité des paroisses : un peu simpliste ; en fait, en Pologne avant 1807 comme en France avant 1792, seul était enregistré le baptême de l’enfant, cérémonie religieuse ; l’état civil  est créé en 1808 ; une loi de 1809 établit qu’en cas de besoin, l’officier d’état civil est le curé de la paroisse. L’acte de baptême de Chopin est établi en latin par le vicaire de la paroisse, l’acte de naissance en polonais par le curé, « officier d’état civil ». Il ne paraît pas pertinent de parler de négligence, étant donné que deux personnes ont séparément transcrit la date du 22 février.
* la date de naissance du compositeur : voir page spécifique.

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* 49 ans et 3 mois dans la profession d’éducateur : en 1837, cela fait remonter à 1788.

Page 21
* (...) : cette lacune correspond à la phrase suivante : Chopin przybył do Polski jeszcze przed rewolucyą francuzką, jako pisarz czy rachmistrz przy fabryce tabacznej, przez rodaka swego w Warszawie zalożonej, « Chopin était venu en Pologne dès avant la révolution française, comme secrétaire ou comptable à la manufacture de tabac, fondée par un sien compatriote à Varsovie. » (première occurrence dans l’historiographie de cette manufacture de tabac)
* le village de Marainville était-il à ce point oublié du monde que la renommée de leur neveu ne fût jamais parvenue aux oreilles d’Anne ni de Marguerite qui vécurent jusqu’en 1845 : Marie-Paule Rambeau semble se faire des illusions sur le système médiatique des années 1840 ; a priori, un habitant de Marainville n’avait aucune chance d’entendre parler de Chopin ; il faudrait qu’on ait parlé de lui dans les journaux de Nancy, ce qui n’est pas attesté et devait être assez rare, sinon moins ; qu’un de ces journaux tombe sous les yeux d’un habitant de Marainville ; qu’un lien soit exprimé entre ce « Chopin » et la Lorraine, ce qui est peu probable : les journaux de l'époque ne sont pas très « people » et parle peu de la vie privée des célébrités (cf. l’article publié dans le Journal de Rouen en 1849, dans lequel une toute autre origine est mentionnée).
* graves à coup sûr : la cause de la rupture reste à déterminer ; mais elles ne sont pas nécessairement « graves »

Page 22
* Maurice Sand, dans une lettre à sa mère : Maurice Sand (1823-1889), fils de George Sand (1804-1876)
* Mickiewicz : Adam Mickiewicz (1798-1855)
* Słowacki : Jules Slowacki (Juliusz Słowacki, 1809-1849)
* Norwid : Cyprien Norwid (Cyprian Norwid, 1821-1883)
* Towiański : André Towianski (Andrzej Towiański, 1799-1878)

page 23
* Edouard Ganche (1880-1945) : voir page spécifique
* Liszt (1811-1886) : voir page spécifique

Page 24
* Bernard Gavoty (1908-1981) : voir page spécifique
* lorsqu’il quitte définitivement sa famille en 1830, il a vingt ans : même remarque qu’en page 13 ; en 1830, le départ n’est pas définitif, subjectivement, même si des « pressentiments » ont pu être révélés après coup.
* l’interdiction de rentrer en Pologne :
* son ami Orlowski :
* l’exil accepté :

Page 25
* Jełowicki : pas de renseignements

Pages 25-27)
*N1 : Stanisłas : composite de « Stanislas » (français) et « Stanisław » (polonais) ;
*N9 :
** Teodor (1791-1812) : Anastase Théodore (Anastazy Teodor Skarbek), qui selon le site Geni.com serait né en 1795 (de toute façon après Frédéric, qui est l’aîné)
** Anna épouse WESIOŁOWSKA (1794- ? après 1841*) ; selon le même site, elle serait décédée en 1873 ; elle épouse Stefan Wiesiołowski en 1820

*N17 : Moniuszko : Stanislas Moniuszko (Stanisław Moniuszko, 1818-1872)


A suivre
*Etude du chapitre 1



Création : 29 septembre 2013
Mise à jour : 24 octobre 2014
Révision : 24 octobre 2014





























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