jeudi 12 décembre 2013

137 Les passeports de Chopin 2 Le passeport de 1831

Etude des données concernant le passeport utilisé par Chopin lors de son voyage de Vienne à Paris (1831)


Classement : biographie ; Frédéric Chopin





Ceci est la suite de la page Les passeports de Chopin, dans laquelle se trouvent des éléments généraux sur ce sujet (liste des voyages de Chopin « à l’étranger » ; énoncé de questions basiques) et de la page Le passeport de 1830.

Aperçu chronologique
Chopin part de Varsovie pour Vienne en novembre 1830 ; il quitte Vienne en juillet 1831 et arrive à Paris en septembre, après avoir séjourné à Munich et Stuttgart.

Le passeport qu’il détient durant ce dernier voyage est l’objet d’un intérêt relativement élevé dans la littérature biographique. 

Le passeport de 1831
C’est un des deux passeports évoqués dans les biographies de Chopin ; d’une part, parce que Chopin aurait eu du mal à l’obtenir, et, d’autre part, qu’il est en relation avec une phrase, citée par Liszt  et reprise par Antoni Wodzinski : « Je ne suis ici [à Paris] qu’en passant ». Ce passeport est aussi peut-être impliqué à propos de l'épisode du refus de Chopin de faire une « demande de renouvellement » auprès de l'ambassade russe (mais cet épisode est peu clair).

Aucun biographe n’indique que le document ait été conservé (contrairement au passeport de 1837) ; ce qui en est dit vient, semble-t-il, de mentions dans diverses sources.

Je commencerai par compiler ce qui en est dit dans les livres de Liszt et de Wodzinski, puis dans les  biographies récentes les plus conséquentes, celles de Tadeusz Zielinski (Fayard, 1995) et de Marie-Paule Rambeau (L'Harmattan, 2005).


Textes sur le passeport de 1831

Franz Liszt (Chopin, 1852)
Référence : édition Buchet-Chastel, 1977, page 225)
« Lorsqu’il eut terminé ses années de collège et ses études d’harmonie avec le professeur Joseph Elsner, […], ses parents voulurent le faire voyager pour lui faire connaître les belles exécutions des grandes œuvres. A cet effet, il fit de court séjours dans plusieurs villes de l’Allemagne. En 1830, il avait quitté Varsovie pour une des ces excursions momentanées, lorsque éclata la révolution du 29 novembre. Obligé de rester à Vienne, il s’y fit entendre dans quelques concerts ; mais […] le jeune artiste n’y produisit pas toute la sensation à laquelle il avait droit de s’attendre. Il quitta Vienne dans le dessein de se rendre à Londres ; mais c’est d’abord à Paris qu’il vint, avec le projet de ne s’y arrêter que peu de temps. Sur son passeport, visé pour l’Angleterre, il avait fait ajouter : Passant par Paris. Ce mot renfermait son avenir. Longues années après, lorsqu’il semblait plus qu’acclimaté, naturalisé en France, il disait encore en riant : « Je ne suis ici qu’en passant. ». »


Antoni Wodzinski (Les Trois Romans de Frédéric Chopin, 1886, p. 162)
« Il quitta Vienne au mois d’août de l’année 1831. L’Italie ne l’attirait pas. C’est vers Paris qu’il tournait depuis longtemps ses regards, et que maintenant il dirige ses pas.
Sur son passeport pris pour l’Angleterre, il avait fait ajouter ces mots : « Passant par Paris ». Ces trois mots contenaient le secret des vingt années qui lui restaient à vivre. Plus tard, lorsque la France et Paris étaient devenus sa patrie d’adoption, il répétait souvent avec le sourire triste qui lui était habituel :
― Et dire que je ne suis ici qu’en passant ! »


Tadeusz Zielinski 
Dans l’ouvrage de Tadeusz Zielinski, on trouve des références au passeport de 1831 aux pages 291-292, 296 et 487.

« Page 291
On était en juillet 1831 et Chopin voulait quitter Vienne dès que les formalités seraient réglées. Pour la première partie du voyage, il s’était trouvé un agréable compagnon : Norbert Kumelski, naturaliste de Lituanie, de neuf ans plus âgé que lui, arrivé en automne à Vienne afin d’approfondir ses connaissances, et qui s’apprêtait à continuer son voyage. Frédéric s’était lié d’amitié avec lui au cours d’excursions dans la campagne environnante qu’il faisait notamment avec Leopold Czapek, pianiste de Varsovie. Kumelski l’accompagna dans les différentes démarches et formalités de départ : le passeport de Chopin, déposé au commissariat, avait été égaré : il dut en demander un nouveau auprès des autorités autrichiennes, et aussi à l’ambassade russe, dont il dépendait en tant que Polonais, donc sujet du tsar* (malgré l’insurrection*).
Comme il ne pouvait guère espérer que les Autrichiens ou les Russes lui faciliteraient son départ pour le Paris post-révolutionnaire, Chopin déposa une demande de passeport et de visa pour l’Angleterre, donnant d’amples justifications à son désir de faire un séjour prolongé à Londres. La police autrichienne signa les attestations nécessaires, mais l’ambassade russe, sans doute parce que le gouvernement insurrectionnel était représenté à Londres, lui opposa un refus et lui rendit son passeport, avec l’autorisation seulement de se rendre en Bavière. Chopin décida de ne pas en tenir compte : ignorant le refus russe, il se rendit directement chez l’ambassadeur Maison, qui lui accorda un visa d’entrée en France. Il ne lui restait plus qu’à obtenir un certificat de santé, exigé à l’entrée en Bavière à cause d’une épidémie de

292
choléra, pour pouvoir se mettre en route ; au cours de différentes démarches administratives, Chopin et Kumelski eurent le plaisir de faire la connaissance d’un compatriote célèbre : l’auteur de comédies Aleksander Fredro, qui réglait les formalités de départ pour les membres de son personnel.
Muni des lettres de recommandation de Kandler et de Malfatti pour Cherubini et Paër, figures importantes du monde musical parisien, Frédéric quitta Vienne le 20 juillet.
[Zielinski décrit ensuite les étapes du voyage : Salzbourg, Munich, Stuttgart ; évoque rétrospectivement le déroulement l’insurrection de la Pologne ; donne des extraits du Journal écrit par Chopin pendant quelques jours alors qu’il se trouvait à Stuttgart] »

296
[Extrait du Journal de Stuttgart
« Mon passeport sera périmé le mois prochain*, je ne pourrai plus vivre à l’étranger – du moins je ne le pourrai plus officiellement. » 

487
« En juillet [1837], Chopin ne se rendit pas à Ems pour se faire soigner, mais effectua son premier voyage en Angleterre. Il avait l'intention de s'y rendre depuis six ans ; son passeport* indiquait même que Paris n'était qu'un étape de son voyage pour Londres. »

Notes
* l’ambassade russe, dont il dépendait en tant que Polonais, donc sujet du tsar : en fait, les autochtones du royaume de Pologne sont selon le Code civil polonais de 1825, article 9), « Polonais, sujets du royaume de Pologne » ; on peut dire que Chopin est sujet du roi de Pologne, mais pas qu’il est sujet du tsar, même si le tsar et le roi de Pologne sont une seule personne. En revanche, à Vienne, il dépend bien en pratique de l’ambassade russe, le royaume de Pologne n’ayant pas de représentation à l’étranger.
*malgré l’insurrection : en janvier 1831, la diète a voté un acte retirant à Nicolas 1er le trône de Pologne
*mon passeport sera périmé le mois prochain : Chopin écrivant ceci en septembre 1831 indique le mois d’octobre 1831 comme période d’expiration, ce qui pourrait correspondre à une année après l’obtention à Varsovie du passeport pour Vienne.
*son passeport : il s'agit du passeport de 1831 (« depuis six ans »)


Marie-Paule Rambeau
Dans l’ouvrage de Marie-Paule Rambeau, on trouve des références au passeport de 1831 pages 235-236 :

« Pour continuer son voyage [à partir de Vienne], il lui fallait un passeport validé par les autorités autrichiennes et russes dont il dépendait comme sujet polonais. Les uns et les autres faisaient traîner en longueur les formalités, avec une égale mauvaise volonté. Il finit par obtenir un passeport visé pour l’Angleterre via la France, bien que l’ambassade de Russie l’eût seulement autorisé à se rendre en Bavière, après s’être soumis à une visite médicale. Une épidémie de choléra venait en effet d’éclater […]. Son ami Kandler succomba au choléra juste après son départ, et, au même moment en Russie, Maria Szymanowska et le Grand-Duc Constantin. La maladie gagnait progressivement toute l’Europe, en suivant le même chemin que lui. »


A suivre
*Le non renouvellement du passeport (1834)
*Le passeport de 1837



Création : 12 décembre 2013
Mise à jour : 5 novembre 2014
Révision : 5 novembre 2014

































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