jeudi 8 janvier 2015

176 Edouard Ganche 3 « Chopin sujet polonais » : analyse

Analyse de l’article d’Edouard Ganche « Frédéric Chopin sujet polonais » paru dans Voyages avec Frédéric Chopin (1934)


Classement : écrits sur Chopin ; nationalité de Frédéric Chopin





Ceci est une suite de la page Edouard Ganche 3 « Frédéric Chopin sujet polonais » dans laquelle se trouve le texte de ce chapitre de l’ouvrage Voyages avec Frédéric Chopin (1934)

On trouvera ci-dessous une analyse de ce chapitre.


Analyse

Edouard Ganche annonce qu’il va traiter la question de « l’appartenance entière de Frédéric Chopin à la Pologne comme sujet polonais » de deux points de vue : celui des lois et celui des faits.
L’article se compose bien de deux parties, la première est effectivement consacrée à l’aspect légal de la question ; dans la seconde, en revanche, la problématique « sujet polonais » est abandonnée, l’auteur revient à des énoncés biographiques classiques, qui n’ont pas une grande valeur objective.

Le point de vue légal
Les arguments d’Edouard Ganche sont pour une part fondés, mais en ce qui concerne cette part, traités de façon trop elliptique , pour une part infondés, avec l’introduction de la notion de « sujet russe », qui va à l’encontre de ce qu’il cherche à démontrer, que Chopin est un « sujet polonais ».

Nicolas Chopin
*« Frédéric Chopin, né en 1810, dans le duché de Varsovie, c'est-à-dire dans une Pologne réduite, mais libre, était citoyen polonais pour la raison péremptoire et simple que son père était déjà citoyen polonais » (page 32)
On peut passer sur le fait que l’auteur assimile la citoyenneté du duché de Varsovie à la citoyenneté polonaise, qui peut être considéré comme un raccourci simplificateur, plutôt que comme une erreur.

« Trois articles [cités] du Code civil frappaient le père de Frédéric Chopin et lui ôtaient sa qualité de Français » (page 33)
On peut discuter l’application de l’article 21 au cas de Chopin (« prendre du service à l’étranger sans autorisation ») étant donné que ces faits sont antérieurs au Code civil et qu’au moment où ils ont eu lieu, ils n’étaient pas répréhensibles aux yeux du gouvernement français (qui aurait certainement donné son autorisation si elle lui avait été demandée).
En revanche, l’article 17  paraît applicable (alinéas 2 : prise de fonctions publiques et 3 : établissement sans esprit de retour) au cas de Nicolas Chopin.

« l’interdiction le concernant ne fut peut-être pas complètement étrangère à son abandon du pays natal » (page 33)
Dans cette phrase, Edouard Ganche extrapole de façon incorrecte et infondée : en réalité, Nicolas Chopin n’a jamais été informé qu’il ait perdu la qualité de Français, pour la raison que les autorités françaises n’étaient pas au courant de son existence. Il n’y a donc aucune raison de supposer que Nicolas Chopin ait agi, ou réagi, en fonction d’une « interdiction » qui n’était que virtuelle et dont il ignorait probablement la menace.

« Nicolas Chopin, par une inexplicable et stupéfiante anomalie, ne donna jamais un signe de vie à son père, à sa mère, à ses sœurs et renia sa famille » (page 33)
Edouard Ganche quitte ici le terrain de la légalité pour celui des suppositions sur les relations de Nicolas Chopin avec sa famille, et un peu plus loin, sur son point de vue à propos de la France.

Frédéric Chopin
« Le paragraphe 10 (livre 1er) du Code Civil dit :
Tout enfant né, en pays étranger, d’un Français qui aurait perdu la qualité de Français, pourra toujours recouvrer cette qualité, en remplissant les formalités prescrites par l’article 9. / Toutes ces lois jetaient Frédéric Chopin hors de France » (page 33)
On remarquera qu’Edouard Ganche omet le début de l’article 10 (« Tout enfant né d’un Français en pays étranger, est Français. »), mais surtout, interprète de façon surprenante la phrase qu’il cite. Il est évident que cette stipulation ne « rejette pas Frédéric Chopin hors de France », mais constituerait pour lui un moyen de devenir français.
Cette erreur est suivie par un excursus purement sentimental.
  
« Quand le duché de Varsovie fut, en 1815, réuni à l’empire russe, Frédéric Chopin devint légalement sujet russe » et « en 1849, lors de sa mort, l’illustre compositeur était sujet russe » (page 34)
Il est étonnant que Ganche énonce aussi péremptoirement une idée qu’on ne rencontre presque jamais dans la littérature, même s'il lui dénie toute importance immédiatement après. En l’occurrence, dans la mesure où il existe, du fait du traité de Vienne, un « royaume de Pologne », que par ailleurs la Russie n’a remis en cause que dans les années 1860, Chopin est « sujet du roi de Pologne », ou même, selon l’énoncé du Code civil polonais de 1825 « Polonais, sujet du royaume de Pologne ».
  
« Il eut la faculté, pareillement aux émigrés polonais, de solliciter la naturalisation française. » (page 35)
En fait, ce ne sont pas les « émigrés polonais » qui pouvaient demander la naturalisation, mais tout étranger vivant en France. Mais, en ce qui concerne Chopin, comme on l’a vu plus haut, sa situation était particulière : né d’un père né Français.
  
« Son père lui écrivait en 1834 : « Puisqu’il semble que tu resteras encore quelque temps dans "l’étranger", je te dirais, mon enfant, qu’il y a dû avoir dans les gazettes de France en date du 11 juin que "tout Polonais ait à demander une prolongation de son passeport". Comme tu es parti avant les troubles et que tu n’y as eu aucune part, tu me ferais plaisir de prendre des renseignements à ce sujet, ce qu’il t’est facile de faire à l’Ambassade. Je t’avoue que je ne désirerais pas que, par négligence, tu te trouvasses mis au nombre des réfugiés. » (page 36)

L’aspect biographique (Frédéric Chopin)
« L’éloignement du pays natal et du pays durement opprimé eut comme conséquence immédiate d’aviver chez l’artiste créateur son attachement à sa Nation, de tendre vers les sources d’inspiration polonaise toutes les forces de son cerveau, de lui donner la puissance de réaliser une représentation idéale d’un peuple dans un art souverainement évocateur, démonstratif et séduisant. Sa musique possède une signification explicite parce qu’il y eut interdépendance entre elle et tous les éléments vitaux de la Pologne. » (page 34-35)

« La seule proposition [la naturalisation] en aurait été reçue par lui avec colère et indignation. « Je me suis attaché aux Français comme aux miens propres », écrivait-il en 1848 » (page 35)
La phrase qu’il cite ne corrobore pas de façon flagrante sa supposition.

« En Espagne même, à Majorque, pendant qu’il accomplit, en 1838, un de ces voyages que l’homme souhaite dans les plus beaux rêves de sa jeunesse, Chopin est-il intéressé, remué par la nature, l’ambiance ? […] toutes ses pensées sont dirigées vers la Pologne, car le plus beau rêve d’amour chez Chopin sera toujours subordonné au rêve polonais. » (page 36-37)

« Dans ses nombreuses lettres à sa famille, il se plaint souvent de vivre au milieu "d’étrangers" » (page 36)

« Constatons comment Frédéric Chopin écrivait très mal le français et recherchait toutes les occasions d’écrire ou de s’exprimer dans sa langue maternelle. » (page 37)

« De l’éducation, de l’instruction polonaise de Chopin, de leur influence prépondérante sur son œuvre, les preuves surabondent. Il n’y eut jamais un Polonais plus polonais que l’auteur des Ballades et des Mazurkas. Peu de Polonais au temps de Frédéric Chopin connurent mieux la Pologne. »

Certains éléments sont intéressants en ce qui concerne la pensée et les habitudes de Chopin, d’autres en ce qui concerne la pensée d’Edouard Ganche sur Chopin. Mais on se trouve dans une région où règne la subjectivité, et qui de ce fait ne permet pas de fonder une véritable discussion.


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Création : 8 janvier 2015
Mise à jour :
Révision : 19 août 2016






























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