jeudi 10 décembre 2015

227 La lettre de Chopin à Titus Woyciechowski : version d'Edouard Ganche

Quelques informations sur la lettre à Titus Woyciechowski : réflexions sur « la voix menaçante du peuple » : la version donnée par Edouard Ganche dans sa biographie de Chopin


Classement : biographie de Frédéric Chopin ; période française (1831)



  



Cette lettre est une des plus connues de la correspondance de Chopin, notamment parce qu’il y fait état des manifestations en faveur du général Ramorino, qui ont eu lieu peu après l’arrivée de celui-ci à Paris, alors qu’il logeait non loin de l’appartement occupé par Chopin à cette époque. Ce passage, notamment une phrase, pose un problème d’interprétation, concernant les sentiments exprimés par Chopin au sujet de ces manifestations.

Je donne ci-dessous la version donnée par Edouard Ganche du passage consacré aux manifestations en faveur du général Ramorino.

L’ouvrage dont est extrait ce passage est étudié sur la page Edouard Ganche biographe de Chopin 2 Frédéric Chopin


Référence
*Frédéric Chopin Sa vie et ses œuvres 1810-1849, Paris, Mercure de France, 1937 (19ème édition), pages 84-86 : « Frédéric Chopin en France, Chapitre 1 : 1831-1834 », 


Le texte d’Édouard Ganche

« Page 84

Il [Chopin] s’installe au quatrième étage d’un immeuble sis au numéro 27 du boulevard Poissonnière, et le spectacle de Paris et de la vie des grands boulevards le surprend par sa nouveauté. Les Parisiens se sont passionnés pour les luttes de la Pologne, ils manifestent leur enthousiasme ou leurs colères et Chopin assiste, sitôt arrivé, à la réception du général Ramorino revenant de Pologne :

L’enthousiasme du peuple pour notre général t’est connu, écrit Chopin à Titus Woyciechowski. Paris ne resterait pas


Page 85

en arrière sous ce rapport. L’Ecole de Médecine et la jeune France, qui portent leurs barbes et leurs cravates suivant un certain modèle, ont voulu l’honorer par une grande démonstration. Chaque parti politique – je parle naturellement des ultras, - arbore sa marque distinctive. Les Carlistes portent des gilets verts, les Républicains et les Napoléonistes (ceux-ci forment la jeune France) ont des gilets rouges, les Saints-Simoniens qui professent une nouvelle religion le portent bleu, et ainsi de suite. Près d’un millier de ces jeunes gens, marchèrent à travers la ville avec un drapeau afin de saluer Ramorino. Bien qu’il fût chez lui, et malgré les cris de « Vive les Polonais », il ne se montra point, craignant de mécontenter le Gouvernement. Un des ses officiers vint dire que le général regrettait de ne pouvoir les recevoir et les priait de revenir un autre jour. Mais le lendemain il prit soin de changer d’appartements. Quelques jours après, une foule immense – formée non seulement de jeunes gens, mais de la populace – s’assembla près du Panthéon et s’avança de l’autre côté de la Seine vers la maison de Ramorino. La foule grossit comme une avalanche et dut être dispersée par des charges de police à cheval qui stationnait près du Pont Neuf. Un grand nombre de manifestants s’amassèrent sur les boulevards, sous mes fenêtres, dans l’espoir de rejoindre ceux qui étaient restés sur la rive gauche. La police était maintenant impuissante, la foule grossissait de plus en plus, si bien qu’un corps d’infanterie et un escadron de hussards arrivèrent. Le commandant ordonna à la garde municipale et aux troupes de refouler des trottoirs et de la rue les curieux et la foule tapageuse, et d’arrêter leurs chefs. La panique se propagea avec la rapidité de l’éclair ; les magasins furent fermés, la populace s’attroupa à tous les coins de rues et les cavaliers qui galopaient à travers les rues étaient sifflés. Toutes les fenêtres étaient bondées de spectateurs et l’agitation dura de onze heures du matin à onze heures du soir. Je croyais que cette agitation finirait mal, mais vers minuit les manifestants chantèrent : Allons enfants de la patrie ! et se dispersèrent. Je ne puis te dire la désagréable impression que


Page 86

m’ont produite les voix horribles de ces émeutiers et de cette cohue mécontente. Tout le monde craignait que ce tumulte reprît le lendemain.

Chopin n’aime ni la foule, ni le bruit, et les dissensions politiques le rebutent. Il se complaît exclusivement dans la musique. »


A venir
*commentaires

A suivre




Création : 10 décembre  2015
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Révision :
































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