mercredi 25 mai 2016

270 Les Polonais et la Légion étrangère au XIXème siècle

Quelques informations sur les relations entre les réfugiés polonais et la Légion étrangère, principalement sous la monarchie de Juillet 


Classement : histoire ; Pologne ; France ; réfugiés





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Sommaire
Bibliographie générale
La « première Légion » (1831-1835) : l’Algérie
Intérêt limité des réfugiés polonais pour la Légion
Le bataillon polonais de la Légion
Polonais ayant servi en Algérie
La Légion en Espagne (1835-1839) dans la « guerre carliste »
Origines de la guerre carliste
La Quadruple Alliance et l’implication de la France dans la guerre carliste
La cession de la Légion à l’Espagne et sa réorganisation (1835-1836)
Le régiment des lanciers polonais (1836-1838)
Les opérations de la Légion en Espagne
Polonais ayant servi pendant la guerre civile espagnole
Le chant de la Légion en Espagne
Les Polonais dans la « deuxième Légion » (à venir)

Bibliographie générale
*Robert Bielecki, Polacy w Legii Cudzozemskiej 1831-1879, Varsovie, ?? [Les Polonais dans la Légion étrangère 1831-1879]
*La Légion étrangère Histoire et dictionnaire, Robert Laffont/Ministère de la Défense, « Bouquins », 2013, notamment l'article « Les Polonais dans la Légion étrangère au XIXème siècle » (pp. 699-702)

La « première Légion » (1831-1835)
Au début de 1832, au lieu de créer une « Légion polonaise » (anti-russe), comme cela avait été envisagé à la fin de 1831, le gouvernement français prévoit d’utiliser les compétences militaires de certains réfugiés dans le cadre de la Légion étrangère, destinée à combattre en Algérie.
La Légion étrangère a été créée en mars 1831 (sans lien avec les événements de Pologne) pour regrouper les étrangers de l’armée française : gardes suisses, régiment suisse de la garde royale, anciens du régiment de Hohenlohe mais aussi pour faciliter l'engagement militaire des réfugiés (italiens, espagnols) qui se trouvent en France.

Intérêt limité des réfugiés polonais pour la Légion
La perspective d’une entrée dans la Légion étrangère est très mal perçue par la masse des réfugiés polonais qui vont très tôt exprimer leur opposition :
*février 1832 : projet de bataillon polonais de la Légion étrangère (Soult)
*février 1832 : pétition contre ce projet des officiers du dépôt d’Avignon, publiée le 22 février
*28 février 1832 : décision du transfert du dépôt d’Avignon à Lunel, mesure que les Polonais n’acceptent que le 24 mars (il s'agit d'un transfert partiel)

Le bataillon polonais de la Légion en Algérie (jusqu'en 1835)
Malgré tout, des Polonais entrent individuellement dans la Légion, en nombre assez limité, mais suffisamment pour constituer (été 1832) un des sept bataillons, constitués sur une base nationale/linguistique :
1er : anciens gardes Suisses et anciens du régiment Hohenlohe
2ème et 3ème : Suisses et Allemands.
4ème : Espagnols
5ème : Sardes et Italiens.
6ème : Belges et Hollandais
7ème : Polonais.
Ce bataillon est sous le commandement de Thaddée Horain.
Il opère donc en Algérie de septembre 1832 à juillet 1835, avant d’être transféré en Espagne dans le cadre de la guerre civile espagnole de 1833-1840, dite « guerre carliste »

Polonais ayant servi en Algérie dans les années 1831-1835
*Thaddée Horain (Tadeusz Ignacy Horain, 1804-1839) ; né à Varsovie ; chef du bataillon polonais ; chef des lanciers polonais (infra) en Espagne en 1836 ; admis à domicile en 1837 ; officier de la Légion d'honneur ; revient en Algérie ; mort en opération à Djidjelly [voir la page A propos de la famille Horain]
*Alexandre Walewski (1810-1868), fils adultérin de Napoléon et de Marie Walewska ; aide de camp du général Radziwill pendant l’insurrection de 1830-1831 ; réfugié en France ; admis à titre étranger dans l’armée française ; aide de camp du maréchal Gérard ; rejoint la Légion en Algérie (1834) ; naturalisé français ; reste en Algérie au 2ème régiment de chasseurs ; effectue une mission diplomatique auprès d’Abd-el-Kader, puis rentre en France ; démissionne en 1841 ; fait ensuite une carrière diplomatique, puis politique sous le Second Empire.


La Légion en Espagne (1835-1839) dans la « guerre carliste »
La guerre carliste
Il s'agit du conflit survenu après la mort du roi d’Espagne Ferdinand VII entre son épouse Marie-Christine, soutenu par les libéraux/centralisateurs, et son frère Charles (don Carlos), soutenu par les conservateurs (et par la Sainte Alliance). 
Le conflit débute en 1833 et se termine en 1839 par la victoire des libéraux (convention de Vergara*, 29 août 1839).
Notes
*Ferdinand VII (1784-1833), roi d’Espagne de 1814 à 1833
*Marie-Christine de Bourbon-Siciles (1806-1878), reine d’Espagne de 1829 à 1833, régente de 1833 à 1840 (?)
*Isabelle II (1830-1904), fille des précédents, reine d’Espagne de 1833 à 1868
*Charles de Bourbon (1788-1855), frère de Ferdinand
*Vergara : le lieu de la signature est Onate, mais le nom de Vergara est traditionnellement donné à la convention (sauf dans la Wikipédia française)

La Quadruple Alliance et l’implication de la France dans la guerre carliste
Sur ce sujet, l’ouvrage fondamental est :
*Paul Azan, La Légion étrangère en Espagne, Paris, Lavauzelle, ca 1905
Cet ouvrage est repris sur une page du site AALE du Calvados
et de façon nettement plus sommaire sur le site de la Légion étrangère

Dès 1834, les Espagnols sont autorisés à quitter la Légion pour aller combattre dans leur pays (le 7ème bataillon prend alors le numéro 4)
Le 28 janvier 1835 la France, le Royaume-Uni, l’Espagne et le Portugal signent une convention, la « Quadruple Alliance », afin d’organiser le soutien à la régente. Une des conséquences est que la Légion étrangère française sera mise au service de la régente. De son côté le Royaume-Uni autorise la création d'une Légion britannique formée de volontaires, dont le rôle a été moindre (les membres de cette Légion morts en Espagne ont été inhumés au Cimetière des Anglais sur le mont Urgull à Saint-Sébastien (Guipuzcoa). 

La cession de la Légion à l’Espagne et sa réorganisation
En juin 1835, Louis-Philippe détache la Légion de l’armée française ; elle passe officiellement au service du gouvernement espagnol et est intégrée dans l’armée espagnole ; le colonel Bernelle* est fait général de brigade au titre de de cette armée.
Sur le plan de l’organisation, Bernelle commence par mixer les bataillons (les ordres sont désormais donnés en français) ; puis en 1836, il étoffe son corps en adjoignant aux bataillons de combat des unités spécialisées (dépôt, ambulance, génie, artillerie de montagne), et en créant (avril 1836) un régiment de lanciers polonais (infra).
En août 1836, Bernelle quitte son poste ; il est remplacé successivement par le lieutenant-colonel Lebeau ; par le colonel Joseph Conrad (lui aussi fait général de brigade espagnol) (décembre 1836-juin 1837) ; enfin par le commandant André Ferrari (fait lieutenant-colonel, puis colonel espagnol)
La Légion est licenciée par la régente à la fin de 1838 ; ses restes sont ramenés par Ferrari à Pau en mars 1839.
A noter que, dès la fin de 1835, le gouvernement français reforme une Légion étrangère en France, désignée comme « Nouvelle Légion » ou « Deuxième Légion ». Cette unité est formée à Pau et semble d'abord avoir été destinée à un soutien au gouvernement espagnol. Mais l'évolution politique en France aboutit à son envoi en Algérie.
Notes
*Bernelle : Joseph Bernelle (1785-1871)
*Lebeau : Jean-Louis Beaux, dit Lebeau (1780-1849) [notice cimetière du Père-Lachaise]
*Joseph Conrad (????-1837), mort à Barbastro (province de Huesca) le 2 juin 1837 [page Mémorial GenWeb]
*André Ferrari (Andrea Ferrari, 1791-1849), né à Parme ; engagé dans l'armée du royaume d'Italie sous l'Empire ; dans l'armée du royaume de Naples ; s'exile en France ; naturalisé en 1826 ; devient officier de la Légion étrangère ; général de l'armée de la République romaine (1848-1849) ; mort à Terracina [Dictionnaire ; pour les date et lieu de naissance, Wikipédia donne 1770 / Naples, mais 1770 paraît trop éloigné ; point à élucider]

Le régiment des lanciers polonais (1836-1838)
Ce régiment qui est formé de 3 escadrons est d'abord commandé par Thaddée Horain, puis par le lieutenant-colonel Kraiewski.
La recréation d’une unité spécifiquement polonaise amène un certain nombre de réfugiés à solliciter leur engagement au cours de l’année 1836 (c’est le cas par exemple d’Antoine Wodzinski).

Les opérations de la Légion en Espagne
En juillet 1835, la Légion quitte l’Algérie pour Palma de Majorque, puis arrive à Tarragone en août 1835.
Les carlistes se retranchant dans leurs fiefs montagnards (Pays basque, Pyrénées, Catalogne), la stratégie générale de l’armée espagnole est de les contrôler grâce à des bases le long de la ligne Bilbao-Vitoria-vallée de l’Ebre, sans être elle-même en mesure de lancer d’offensive.
La Légion participe à différentes batailles, notamment dans la sierra Arlabon près de Vitoria.
Un peu plus tard, la Légion est envoyé dans la vallée de l’Arga (Zubiri, Larrasoana).
On peut noter aussi les combats suivants : Larrainzar (mars 1837), Huesca (mai 1837), Barbastro (2 juin 1837), marqué par la mort de Conrad.

Polonais ayant servi pendant la guerre civile espagnole
*Antoine Wodzinski, dont le cas est bien connu, étant un proche de Frédéric Chopin. Wodzinski est blessé au cours du combat de Huesca.
*Thaddée Horain (supra)
*Kraiewski : ??? 

Le chant de la Légion en Espagne
C’est le plus ancien chant de la Légion (paroles d’Hippolyte Bon, air composé par Alexandre Choron pour la chanson La Sentinelle)

Nobles proscrits, ennemis des tyrans,
Réfugiés de tous les points du monde ;
La liberté vous ouvre d'autres champs,
Où le canon d'un peuple libre gronde.
Son bruit par l'orage,
Ebranle la vieille Ibérie.
Combattez pour la liberté,
Vous reverrez votre patrie.

Au premier rang, Polonais généreux !
Marchez, l'honneur vous vit toujours fidèle :
Pour vous guider, déjà du haut des cieux,
Votre aigle blanc a déployé ses ailes.
La vierge libre a répété,
En abandonnant Varsovie :
Combattez pour la liberté,
Vous reverrez votre patrie.

Enfants du Rhin, si fiers d'être Français,
En vain les rois ont posé des barrières ;
Rappelez-vous qu'en des jours de succès
La France libre avait d'autres frontières.
L'arbre du peuple est replanté
Guerre à mort à la tyrannie !
Combattez pour la liberté,
Vous reverrez votre patrie.

Italiens opprimés, mais vaillants,
De vos aïeux évoquez la mémoire ;
Vos bords sacrés renferment des volcans,
Et sur leurs flancs dorment des rois sans gloire ;
Au jour brillant de leur clarté,
Surgira l’antique Italie.
Combattez pour la liberté,
Vous reverrez votre patrie.

Du Sud au Nord, bravant tous les climats,
O Légion ! Tu portes ta bannière,
Quand l'univers connaîtra tes soldats,
Tu dois enfin cesser d'être étrangère ;
Tes fils auront droit de cité
Sur une terre rajeunie ;
Tous les peuples en liberté
Leur offriront une patrie.
  
Notes
*Hippolyte Bon (1806-???) ; né à Grenoble ; à cette époque, sergent-major, venu de l’infanterie de ligne à la Légion (détaché) ; devenu par la suite officier
*Alexandre-Etienne Choron (1771-1834) : musicologue et professeur de musique


Autres références éventuellement intéressantes
*Jan Kieniewicz, « El Extranjero en Espagne au temps de la première guerre carliste : l’expérience d’une dissonance dans un conflit minoritaire », dans Claude Dumas et Jacqueline Covo (éd.), Minorités et marginalités en Espagne et en Amérique Latine au XIXe siècle, Lille, PUL, pages 59-72 (lien page 70)


Les Polonais dans la « deuxième Légion »
A venir



Création : 25 mai 2016
Mise à jour : 30 mai 2016
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Sur Frédéric Chopin Questions historiques et biographiques
Page : 270 Les Polonais et la Légion étrangère au XIXème siècle
Lien : http://surfredericchopin.blogspot.fr/2016/05/les-polonais-et-la-legion-etrangere-au.html

































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