mardi 16 mai 2017

298 La famille Wolowski 2 : selon Pawel Maciejko (citations et analyse)

Quelques informations sur la famille Wolowski : les descendants d’Elisha Shor, selon un livre de Pawel Maciejko


Classement : histoire ; Pologne ; juifs polonais ; juifs convertis




Troisième partie : La nationalité de Frédéric Chopin, notamment :



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Sommaire de la page
Introduction : la famille Wolowski
Référence de l’ouvrage de Pawel Maciejko
Extraits concernant la famille Wolowski
Analyse

La famille Wolowski
Cette famille polonaise est en partie devenue française à l’occasion de la Grande Emigration, à laquelle ont participé François Wolowski (1776-1844), juriste, et son fils Louis (1810-1876), naturalisé français en 1834. Un autre membre illustre de cette famille est la musicienne Marie Szymanowska née Wolowska (1789-1831).
Il s’agit d’une famille anciennement juive de la ville de Rohatyn, issue d’Elisha Shor (mort en 1757), dont les enfants se sont convertis au christianisme au milieu du XVIIIème siècle dans le cadre d'un mouvement religieux messianique créé par Jacob Frank (1726-1791).
Ce mouvement est évoqué plus en détail sur la page La famille Wolowski 2 : selon Pawel Maciejko (présentation de l’ouvrage).

Le livre de Pawel Maciejko
Référence
*Pawel Maciejko, The Mixed Multitude: Jacob Frank and the Frankist Movement, 1755-1816, University of Pennsylvania Press, 2011

Extraits concernant la famille Shor/Wolowski
Page 18
« After a short stay in Lwów, Frank came to Rohatyn, where he established contacts with the Shorrs, probably the most important Sabbatian family in Podolia. The family descended from Rabbi Zalman Naftali Shorr, whose book Tevu’at Shorr was held in high esteem among rabbinic scholars (106 : Tchernowitz, Toledot ha-poskim, 3:258-260) and the Shorrs enjoyed a high status among all Jews. Elisha Shorr, the doyen of the family, was known as a principal leader of the Sabbatian movement in the region; his daughter Hayah was considered a prophetess (107 : Rachel Elior, Ha-halom ve-shivro, I:163-166).Through marriages, the Shorrs were tied to Sabbatians in all the major towns of the province (108 : Balaban, Le-toledot ha-tenu'ah ha-Frankit, I:122). Il Frank managed to win them over, his success in Podolia would be assured. Indeed, before long, Elisha’s three sons, Solomon, Nathan, and Leyb, accepted Frank as their leader. As Frank’s following was growing, Yehudah Leyb Krysa also joined his group. »
Traduction
« Après un court séjour à Lwow, Frank vint à Rohatyn, où il entra en contact avec les Shor, sans doute la plus importante famille sabbatéenne de Podolie*. Cette famille descendait du rabbin Zalman Naftali Shor, dont le livre Tevu’at Shor était tenu en haute estime parmi les rabbins lettrés, et les Shor jouissaient de la considération de tous les Juifs. Elisha Shor, le doyen de la famille, était connu pour être un leader de premier plan du mouvement sabbatéen dans la région ; sa fille Hayah était considérée comme une prophétesse. Grâce à des mariages, les Shor étaient liés aux Sabbatéens de toutes les grandes villes de la province. Si Frank parvenait à prendre l’ascendant sur eux, son succès en Podolie serait assuré. Effectivement, avant longtemps, les trois fils d’Elisha, Salomon, Nathan et Leib, acceptèrent le leadership de Frank. Et comme le groupe lié à Frank grossissait, Yehudah Leib Krysa* se joignit à lui. »
Notes
*Podolie :
*le livre Tevu’at Shor :
*Yehudah Leib Krysa : « after the baptism : Dominik Antoni Krysin’ski » (page 157) ; assez rapidement, il coupe les liens avec le mouvement frankiste ; son fils Louis épouse une catholique sans lien avec le judaïsme.

Page 72
« As the consistory rejected the written rabbinic response to the first manifesto of the Contra-Talmudists, Bishop Dembowski demanded that the parties choose four representatives each and argue their respective positions in a public disputation. The representatives of the Contra-Talmudists were Leyb Krysa, Hayyim Moszkowicz, Leyb Rabinowicz, and Solomon Shorr ; […] ; the debate took place in the Kamieniec cathedral from 20 to 28 June 1757 (44). »
Traduction
« Comme le consistoire* avait rejeté la réponse écrite des rabbins au premier manifeste des Anti-Talmudistes*, l’évêque Dembowski demanda aux parties de choisir chacune quatre représentants pour défendre leurs positions respectives dans une dispute publique. Les représentants des Anti-Talmudistes furent Leib Krysa, Hayyim Moszkowicz, Leib Rabinowicz et Salomon Shor ; le débat eut lieu dans la cathédrale de Kamenets du 20 au 28 juin 1757. »
Notes
*consistoire : désigne ici un organisme de l'évêché catholique (=? chapitre)
*Anti-Talmudistes : à ce stade, les partisans de Jacob Frank se présentent comme des Juifs, mais opposés au courant majoritaire (les rabbins talmudistes) ; ils revendiquent la reconnaissance par les autorités de leur mouvement comme une nouvelle confession juive (comme l'étaient les Karaites en Pologne)
*l’évêque Dembowski : Nicolas Dembowski (Mikołaj Dembowski, 1680-1757), évêque catholique de Kamenets (Kamenets-Podolsk, actuellement en Ukraine) ; il soutient les Frankistes qui sortent vainqueurs de la dispute, mais sa mort peu de temps après la dispute permet aux Juifs talmudistes de rétablir la situation et place au contraire les Frankistes en très mauvaise posture, ce qui les pousse assez rapidement à demander le baptême

Page 107
« The supplication [Supplication of the Jews accepting the holy Catholic faith and requesting holy baptism] sent to Lubienski [le 20 février 1759] was the first Frankist document to express the idea that might convert to Christianity explicitly. The signatories, Yehudah Leyb Krysa and Solomon Shorr of Rohatyn, claimed to speak in the name of «  the Jews of Poland, Hungary, Turkey, Moldavia, Wallachia, and so on », who secretly professed the creed that had been put forward by the Contra-Talmudists during the Kamieniec disputation of 1757. »
Traduction
« La supplique [Supplique des Juifs acceptant la sainte foi catholique et solliciatant le saint baptême] envoyée à Lubienski* [20 février 1759] fut le premier texte des Frankistes à exprimer l’idée qu’ils pouvaient formellement se convertir au christianisme. Les signataires, Yehudah Leib Krysa et Salomon Shor de Rohatyn, proclamaient qu’ils parlaient au nom « des Juifs de Pologne, Hongrie, Turquie, Moldavie, Valachie, etc. » professant en secret la croyance mise en avant par les Anti-Talmudistes pendant la dispute de Kamenets en 1757. »
Notes
*Lubienski : Ladislas Alexandre Lubienski (1703-1767), archevêque de Gniezno, primat de Pologne

Page 127
« It is difficult to assess the exact number of those who converted. On the basis of the records of parish churches where the conversions took place, Kraushar listed 514 Contra-Talmudists who converted in Lwów (4), twenty in Kamieniec (5) and fourteen in Warsaw (6). It is clear, however, that Kraushar’s inventory is incomplete. Some of the leading Frankists – including the future authors of the Red Letters, the brothers Nathan and Solomon Shorr (known after baptism as Michal and Franciszek Wolowscy) and Yerucham ben Lippman of Czarnokozienice (Je’drzej De’bowski) – were not listed. »
Traduction
« Il est difficile d’établir le nombre exact de ceux qui se convertirent. Sur la base des actes des églises paroissiales où les conversions eurent lieu, Kraushar* a listé 514 Contre-Talmudistes convertis à Lwow, vingt à Kamenets et quatorze à Varsovie. Mais il est clair que l’inventaire de Kraushar est incomplet. Certains des principaux Frankistes – y compris les futurs auteurs des Lettres rouges, les frères Nathan et Salomon Shor (connus après leur baptême comme Michel et François Wolowski) et Yeruham ben Lippman de Czarnokozienice* (Jendrzej Dembowski) ne figuraient pas sur la liste. »
Notes
*Kraushar : Alexandre Kraushar (1843-1931), avocat et écrivain, auteur d’un ouvrage sur l’histoire du Frankisme (Frank i Frankisc’i Polscy, Cracovie, 1895, lien)
*Czarnokozienice : actuelle Tchornokozyntsi (Ukraine) (lien)

Page 145
« There is a supplication to Lubienski signed by Solomon Shorr and Yehudah Leyb Krysa and dated 16 May 1759. »
Traduction
« Il y a une supplique adressée à Lubienski, signée par Salomon Shor et Yehudah Leib Krysa, datée du 16 mai 1759*. »
Note
*supplique du 16 mai 1759 : elle demandait l'organisation d'une nouvelle dispute sur des points de doctrine, ainsi que sur la question des crimes rituels, dont les Frankistes prétendaient prouver qu'ils étaient ordonnés par le Talmud. Le débat aura lieu en septembre-octobre 1759. 

Page 239
« At the very end of the century, the Frankist leadership in Offenbach dispatched circular epistles to Eastern and Central European Jewish communities. Some were written in red ink; on this basis, Peter Beer, the first scholar to analyse the dispatches, coined their name, under which they became known also in later scholarship (42). The first copies reportedly started to circulate around 1798 (43), but most of the letters can be dated to January 1800. The epistles included […] another lengthy message signed by three « elders » of the Offenbach court: Franciszek Wol’owski (Solomon ben Elisha Shorr), Michal’ Wol’owski (Nathan ben Elisha Shorr), and Je’drzej De’bowski (Yeruham ben Hananiah Lippman of Czarnokozienice). »
Traduction
« A l’extrême fin du siècle, la direction frankiste d’Offenbach envoya aux communautés juives d’Europe centrale et orientale des lettres circulaires. Certaines étaient écrites à l’encre rouge ; Peter Beer*, le premier chercheur qui ait étudié ces dépêches, leur donna pour cette raison le nom [Lettres rouges] sous lequel elles furent connues par ses successeurs. Les premiers exemplaires commencèrent à circuler vers 1798, mais la plupart de ces lettres peuvent être datées de janvier 1800. Les épîtres comportaient [divers écrits] ainsi qu’un long message signé par trois « aînés » de la cour d’Offenbach : François Wolowski (Salomon ben Elisha Shorr), Michel Wolowski (Nathan ben Elisha Shor) et Jendrzej Dembowski (Yeruham ben Hananiah Lippman de Czarnokozienice). »
Notes
*Peter Beer : auteur d’un ouvrage (en allemand) : Histoire, doctrine et opinion de toutes les sectes religieuses passées et présentes des Juifs, Brno, 1822-1823

Analyse
1) Les fils d’Elisha
Ces extraits indiquent qu’Elisha Shor a eu trois fils :
*Salomon par la suite François Wolowski
*Nathan par la suite Michel Wolowski
*Leib par la suite Joseph Wolowski.
On remarque toutefois que Leib n’est plus évoqué par la suite (bien que l’index renvoie à son sujet à la page 127, mais seuls Salomon et Nathan y sont cités).
En ce qui concerne les noms cités par les sites Internet étudiés dans les pages précédentes, on pourrait penser que :
*le « Jehudah » (qui serait devenu Jean Wolowski)  du site Wirtualny Sztetl pourrait venir d’une confusion avec Yehudah Leib Krysa (par la suite Dominique Krasinski)
*le « Lipman » du site Jewish Virtual Library pourrait venir de Yeruham ben Lippman de Czarnokozienice (par la suite Jendrzej Dembowski).
Quant au « Icchak (Henryk) » du site Wirtualny Sztetl, le problème est entier.

2) « François Eliasz Wolowski » : une ou deux personnes ?
On doit maintenant   poser le problème du dédoublement, envisagé par ces deux sites) entre « Salomon/François Elias » et son fils « François Elias », tandis que pour Maciejko, il n'y a qu'un seul porteur du nom « Salomon/François ». Si on tient compte de la généalogie de Marie Szymanowska (page L’ascendance de Marie Szymanowska), on aurait donc deux possibilités :
a) Elisha (né vers 1680-1757) > Salomon/François Elias (né vers 1705) > François Elias (1732-1813) > François Xavier (1758-1839) > Marie (épouse Szymanowska) 1789-1831
b) Elisha (né vers 1705-1757) > Salomon/François (1732-1813) > François Xavier (1758-1839) > Marie (épouse Szymanowska) 1789-1831.

Or, selon Pawel Maciejko, Salomon/François et Nathan/Michel Wolowski, fils d’Elisha Shor, vivent encore à la fin du XVIIIème siècle (à Offenbach). C’est cohérent si François est né en 1732 ; une naissance vers 1705 est moins vraisemblable. De même, il paraîtrait curieux que ces deux hommes se soient convertis vers l’âge de 55 ans tout en étant perçus comme « fils d’Elisha », c’est plus compréhensible s’ils n’avaient que 25 ans environ.
Par ailleurs, « François Elias » (fils de Salomon) est donné par le site Wirtualny Sztetl comme ayant été secrétaire de Stanislas Auguste Poniatowski, roi de Pologne de 1764 à 1795, information non attestée de façon catégorique, cependant (sur Internet, ce site est le seul qui en fasse état). Il ne serait pas impossible qu’il s’agisse en fait de Salomon lui-même, puisqu’on ne sait pas ce qu’a fait celui-ci entre sa conversion et sa venue à Offenbach, mais il serait tout de même curieux qu'il ait eu un tel emploi (il semble que les Frankistes des origines ne maîtrisaient pas la langue polonaise, surtout à l'écrit ; les traductions en polonais étaient faites par un Polonais proche du mouvement).

A suivre



Création : 16 mai 2017
Mise à jour : 19 mai 2017 (traduction, notes)
Révision : 4 juillet 2017
Auteur : Jacques Richard
Blog : Sur Frédéric Chopin Questions historiques et biographiques
Page : 298 La famille Wolowski 2 : selon Pawel Maciejko (citations et analyse)
Lien : http://surfredericchopin.blogspot.fr/2017/05/pawel-maciejko-citations.html













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